Le journal de Ma Yan

JournalMaYanLa vie quotidienne d’une écolière chinoise

Traduit du mandarin par He Yanping

Le 4eme de couverture :

Ma Yan, fille de paysans pauvres du nord-ouest de la Chine, dans la province du Ningxia, apprend un jour que sa famille n’a plus les moyens de l’envoyer à l’école. Elle a quatorze ans, et tous ses rêves s’effondrent. Pour crier sa révolte, elle écrit à sa mère. Celle-ci, bouleversée par ce désespoir, confie la lettre, ainsi que trois carnets contenant le journal intime de sa fille, à des Français de passage dans ce village du bout du monde. Parmi eux, le journaliste Pierre Haski, correspondant français de Libération à Pékin… La bouteille à la mer est arrivée à bon port !

 

Ma Yan est l’aînée de 3 enfants, qui vivent dans une province du nord de la Chine, très pauvre. Sa famille dispose d’un lopin de terre de 5m² insuffisant pour faire vivre la famille, surtout depuis 5 ans qu’il ne pleut plus. La famille vit avec 470 Yuans par an (2001), bien en dessous du seuil de pauvreté. Ma Yan aime l’école, elle a bien compris que pour s’en sortir, elle doit faire des études et que c’est sa seule et unique chance. Malheureusement, par manque d’argent, sa mère lui apprend un jour qu’elle n’ira plus à l’école, l’enfant est dépitée, d’abord parce qu’elle veut étudier, ensuite parce que ses frère continueront d’y aller mais elle est une fille, « Tu comprendras plus tard » lui dit simplement sa mère.

Elle tient un journal, de simples cahiers et elle écrit avec un crayon, et pour se faire elle économise longtemps l’argent que lui donne sa mère. Pour aller à l’école, elle et son frère, parcourent 20 kilomètres à pieds, chaque dimanche pour y aller et chaque vendredi pour en revenir, que ce soit sous la pluie, le vent, la neige ou les 40° au soleil.

Si Ma Yan veut réussir à l’école, c’est parce qu’elle adore sa mère et qu’elle est consciente que sa mère est en mauvaise santé, des mains abîmées, un estomac qui la fait la souffrir, une apparence beaucoup plus vieille qu’elle ne l’est en réalité et puis elle veut réhabiliter son père aux yeux de tous dans le village.

« Aujourd’hui j’ai très mal dans mon cœur. Voulez-vous savoir pourquoi ? Parce que, ce matin, mes parents sont venus me dire : « Quand tu rentreras à la maison, tu donneras à manger au bœuf… » Et j’ai refusé. Aujourd’hui quand je suis rentrée, j’ai tout de même donné à manger au bœuf. À cause de ce travail mes mains sont toutes fissurées, et elles font peur à voir (…) Maman, elle, lui donne à manger tous les jours : c’est ce qui explique pourquoi ses mains sont si enflées. Tout ce qu’elle fait, c’est pour l’avenir de mes frères, et pour le mien. Je suis émue jusqu’à en pleurer. » explique Ma Yan à la page 126.

« Ma grand-mère a les cheveux tout blancs : elle travaille encore pour la famille du cinquième oncle. Mon grand-père aura quatre-vingt ans et travaille aussi. (…) Quand on est vieux c’est le moment de profiter de la vie. (…) Il est indispensable aujourd’hui d’étudier, pour ne jamais ressembler à mes grands-parents qui travaillent jusqu’à leur plus vieil âge. Ils ne profitent jamais du bonheur. » lit-on page 110.

« Pourquoi est-ce que nous vivons ? Les gens riches meurent après avoir connu tous les plaisirs. C’est une mort heureuse. Les gens qui n’ont pas d’argent vivent avec les larmes dans les yeux. S’ils meurent, c’est une mort douloureuse. Voilà la vérité. » Énonce-t-elle page 182.

Vient ensuite le désespoir « Et comment étudier ! Mon cœur est brisé. Ce que je déteste le plus en moi, c’est que j’ai beaucoup de larmes. Je ne veux pas les laisser couler, mais je ne parviens pas à m’arrêter de pleurer. »

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Moi c’est ce qui m’est arrivé en lisant ce livre, une émotion tellement forte que j’ai voulu lire ce livre bouleversant d’une traite. Comment rester insensible à tant de pauvreté, de douleurs, à tant de cris, à tant d’idéaux ? Comment rester tranquillement sur sa chaise alors que d’autres vivent une vie de cauchemar ?

Ma Yan et sa mère sont étonnantes, dotées d’une force de caractère incroyable qui les fait vivre .

Pierre Haski n’a récupéré que 2 ou 3 cahiers parce que le papa de Ma Yan, sans savoir, illettré, arrachait les pages pour rouler ses cigarettes.

Un journal exceptionnel.

Un livre à lire bien entendu.

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Reflets sur la rivière obscure de Qiu Huadong

« À la nuit tombée, la couleur noire envahit tout, jusqu’à l’eau de la rivière. L’encre nocturne s’y écoule lui conférant une teinte plus intense que l’obscurité vespérale elle-même. »

C’est ainsi que commence ce petit livre donnant une idée du climat sinistre de ce roman. Elle, Wang mei a vingt deux ans, un diplôme de commerce en poche mais fait un travail d’hôtesse dans un karaoké. C’est une « sanpei » qui à trois devoirs : boire avec le client, chanter avec lui et l’accompagner au lit.

Et ce soir la patronne lui dit : « nous avons un hôte très important, tu dois prendre bien soin de lui. Tu es la plus jolie de nos hôtesses, il faut qu’il soit satisfait. » Lui, n’est autre que Luo Ning, le présentateur vedette du jeu « Toute la vérité » c’est l’émission phare d’une chaîne de télévision, marié avec une présentatrice de télévision d’une autre chaîne. Le couple idéal, beau, riche et envié. Lire la suite

Scintillement sur la main de Qiu Huadong

Lecture faite dans le cadre du challenge du dragon 2012 sur le blog la lecture se partage

Deux amis arrivent à Pékin, bien décidés à réussir. Au gré des relations qu’ils noueront dans les milieux artistiques, notamment avec de jeunes femmes, Qiao Ke l’écrivain et Yang Ku l’homme d’affaires découvriront que l’ambition figure au nombre des traits de caractère les mieux partagés. Portrait d’un monde cruel où les doutes accompagnent ce parcours, semé d’embûches et d’interrogations.

 L’auteur

Né en 1969 dans le Xinjiang, Qiu Huadong est diplômé du département de littérature chinoise de l’université de Wuhan en 1992. Ecrivain par vocation, il construit ses histoires sur son expérience personnelle et sa perception de la nouvelle culture urbaine. Qiu Huadong occupe aujourd’hui un poste de rédacteur littéraire dans une revue. De Qiu Huadong, Bleu de Chine a déjà publié Voyage au pays de l’oubli (2002) et Reflets sur la rivière obscure (2003). Lire la suite

L’orphelin d’Anyang de Wang Chao

Yu Dagang apprend son licenciement, par haut-parleur, au beau milieu de la cantine alors qu’il vient de dépenser ses derniers 40 yuans en tickets. Stupéfait par l’annonce, il en laisse tomber son plat et se rend, sans déjeuner donc, au bureau du personnel pour toucher une indemnité de 1 000 yuans comme les trente autres personnes licenciées avec lui. Mais il doit 500 yuans, depuis six mois, à deux de ses collègues qui l’attendent devant l’usine. Il rembourse séance tenante bien évidemment !

En rentrant chez lui il n’a plus ni argent, ni travail.

À quarante ans, il est célibataire, sûrement un peu simple et s’endort avec la seule idée qu’il n’aura plus à aller au travail le lundi suivant. Lire la suite

La citation du jour de Mian Mian

Pour moi ce sont les mecs qui ont inventé l’amour. J’ai cru un temps que je serais une de ces femmes qui n’ont pas honte de mourir pour un homme, j’en tirais gloire, même, c’était grandiose et héroïque. J’ai longtemps été une faible femme, dans cet univers de mecs. Si faible, j’avais tellement besoin d’amour que je savais exactement comment me faire plaindre, j’étais très douée pour m’apitoyer sur moi-même et en faire étalage.

                                                                                             Page 138

 

Toute histoire à trois versions : la tienne, la mienne et la vérité.

                                                                                             Page 206

 

Citations issues de : Les bonbons chinois de Main Mian aux Éditions de l’Olivier.

 Sex, drug and rock & roll !!! La jeune génération chinoise rattrape le temps perdu dans sa course à l’occidentalité, pour le meilleur et pour le pire. Chronique des années 1989-1996,Les Bonbons chinois de Mian Mian est le récit d’une adolescente plongeant dans la drogue, l’héroïne plus précisément, qui va transformer sa vie et celle de ses amis en une lente déperdition de soi et une perte totale de repères. Prostitution et délinquance, alcoolisme et cures de désintoxication, le quotidien de la jeune fille s’enfonce dans les cercles de l’enfer avec pour seul espoir : préserver un amour impossible pour un guitariste de rock, du nom de Saining, aussi junky et désabusé qu’elle.

Ces bonbons chinois ont un drôle de goût, plus amers que doux. La pilule a du mal à passer. Après s’être fait connaître du grand public pour son recueil de nouvelles Lalala et avoir flirté avec la censure, Mian Mian, âgée aujourd’hui de 41 ans, livre avec Les Bonbons chinois son premier roman. Surprenant de violence – parfois jusqu’à l’agacement ! – la jeune écrivain parvient à restituer le malaise d’une génération perdue.

Trois soeurs de BI Feiyu

Wang Lianfang est Chef du Parti au village des Wang pendant la révolution culturelle. Cette position, lui donne un statut qui rejaillit sur toute sa famille. Mais sa femme ne lui donne que des filles et malgré toutes ses tentatives un garçon ne naîtra qu’en huitième position. Il y a longtemps que Wang Lianfang s’est détourné de sa femme et abuse de son statut pour trousser toutes les femmes du village.

Wang Yumi son aînée, se venge à sa manière de toutes les maîtresses de son père qu’elle humilie sur la place publique. En tant que fille de Cadre du parti, Yumi peut prétendre à un beau mariage et c’est ainsi qu’elle est mise en relation avec un aviateur, fils d’un cadre du parti du  village voisin des Peng. L’histoire d’amour prend forme pendant le congé du jeune officier et si Yumi refuse de céder sa virginité c’est juste pour qu’il ne l’oublie pas là-haut, dans le ciel, quand il vole. Tout est pour le mieux dans le meilleur monde.

Seulement Wang Lianfang est surpris dans les bras de la femme d’un militaire et l’histoire, qui ne pourra être étouffée, lui vaut la perte de son statut. Il sera destitué et les conséquences rejailliront sur toute la famille. L’aviateur mettra un terme à l’idylle avancée, Yuxiu la troisième fille et l’une de ses autres sœurs seront violées par tous les hommes du village. Une fille aussi belle soit-elle n’a guère de chance de trouver un mari convenable sans sa précieuse défense naturelle.

Les trois deux premières nouvelles racontent l’histoire de Yumi et Yuxiu en 1971 pendant la révolution culturelle. La dernière celle de la septième fille, Yuyang en 1982 après la révolution culturelle.

Ce livre raconte le destin passionnant de trois paysannes. Chacune se battant à sa façon, Yumi pour garder sa dignité, Yuxiu avec pour arme sa beauté et Yuyang la cadette parce qu’elle est ambitieuse.

La lecture est facile et truffée de proverbes chinois pour notre plus grand plaisir.

Le sexe est omniprésent et l’on découvre une Chine paysanne puis citadine à laquelle on ne s’attend sûrement pas.

En bref une lecture plus qu’agréable, avec un voyage chez Mao avec quelques citations.

Extrait :

« L’entrepôt avait son secret : ce secret était que tout le monde connaissait le secret de Yuxiu. C’était d’ailleurs aussi le secret de toute la ville. Yuxiu croyait que personne n’était au courant, mais son secret était un secret de Polichinelle. La vie privée n’est protégée que par une feuille de papier qu’il suffit d’effleurer du bout des doigts pour la crever. Si personne ne la touche, elle ne se déchire pas. Au village, les gens sont impatients, ils veulent que la vérité éclate tout de suite. Il n’en va pas de même avec les gens de la ville qui veulent faire durer le plaisir. Pourquoi se presser ? Le papier ne peut envelopper le feu. Il vaut mieux attendre l’explosion. Le secret est infiniment plus intéressant lorsqu’il se dévoile de lui-même. Le secret se découvrirait un jour. Il suffisait d’attendre. »

L’auteur :

Né en 1964 à Xinghua dans la province du Jiangsu. BI Feiyu passe son enfance et sa jeunesse à la campagne. Il commence à écrire très tôt, d’abord des poèmes, ensuite des nouvelles et romans, dont plusieurs ont été couronnés par des prix littéraires. C’est un des écrivains les plus prometteurs de la jeune génération.

Il a reçu le Man Asian Prize 2010 pour Trois sœurs.

 

4ème de couverture :

Ce roman truculent où la tragédie prend souvent les couleurs de la farce est un roman sur le pouvoir, ce démon de la domination des autres qui possède les hommes. Que ce soit dans le village de la Famille Wang, à la vie rythmée par les travaux des champs et bruissant des slogans de la Révolution culturelle, ou dans le Pékin des années quatre-vingt, personne ne se résigne à n’être qu’une vague de l’océan infini du peuple. Si Bi Feiyu se rit souvent de la pitoyable veulerie des hommes, il s’attache avec une attention quasi amoureuse, et une capacité d’identification surprenante, aux figures de trois femmes, trois sœurs qui usent de toutes leurs armes pour modifier le cours de leur destin, dans une Chine qui ne leur appartient pas. Yumi la dignité, Yuxiu la séduction, Yuyang le désir de réussite. Ce sont des âmes fortes et passionnées, qui tentent avec la détermination d’assurer leur pouvoir sur ce monde et sur leur propre corps, que l’auteur a choisi de regarder longtemps, avec une pertinence sensible qui fait sonner juste la corde du cœur.