Mois sans tabac 6eme jour

6 novembre 8h01

Hier j’ai failli craquer en passant devant le tabac, mon pied droit avançait tandis que le gauche reculait. La petite voix ne manqua pas de m’encourager :
– Vas-y rentre ! De toute façon tu tiendras pas le coup, je te connais.
Surtout ne rien répondre, je m‘abstins donc. Cependant je me posai des questions. Était-ce une manière de vouloir me déstabiliser ou au contraire de m’encourager !
J’ai faim et je mange. Je mange et j’ai faim. Et comme je n’ai pas besoin de prendre du poids, je marche. Ici ça monte ou ça descend alors je m’épuise vite. Cependant j’ai comme l’impression de respirer mieux, que mes poumons me brûlent moins lorsque je fais des efforts, excellente nouvelle en tout cas.
Et puis l’autre bonne nouvelle c’est qu’en 5 jours j’ai économisé 52,50€, c’est la banquière qui va être contente.
Je défiai cependant la petite voix en entamant : ‘We are the champions , my friends, And we’ll keep on fighting ‘till the end… »

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Mois sans tabac 3eme jour

3 novembre.
3ème jour sans cigarette. D’abord je n’en ai pas et par chance autour de moi personne ne fume. Mais j’y pense tout le temps. Je ne pense qu’à ça.
J’apostrophe la petite voix :
– T’as mis une sourdine aujourd’hui !
– J’attends calmement la chute.
– Y’ en aura pas.
– Tu me fais rire. Je te vois t’agiter. Tu marches, tu manges, tu bouges tout le temps. T’es continuellement en mouvement, et forcément…
– Forcément quoi ?

En trois jours ma vie a été révolutionnée. Je marche plus facilement et je teste mes limites. J’ai tenté un peu de relaxation mais c’est pas facile, quand j’arrive enfin à me détendre je visualise un magnifique paquet de cigarettes, qui me tend les bras mais…

– FUMER TUE, FUMER TUE chantonne la petite voix.

Mois Sans Tabac 2ème jour

2 Novembre
Je suis fier de moi, la journée d’hier s’est bien passée. J’ai économisé 10,50 €, c’est pour l’instant ma seule satisfaction.
J’ai pas envie de substituts., trop peur de l’addiction.
– Eh t’as vu ta tronche ? balance la petite voix.
– Ben j’ai pas dormi de la nuit.
– Haha la grosse crise de manque.
– Sans doute.
– Si tu veux pas fumer, prends un antidépresseur.
– Ben oui pour remplacer un truc par un autre !
En fait je ferai n’importe quoi pour une clope, j’ai envie…
– Hahaha laisse-tomber ta décision et vas t’acheter un paquet. Tu me fais pitié, dit le petite voix.
Je ne l’ai pas écoutée, je sais depuis longtemps qu’elle est pernicieuse.
Tiens donc depuis deux jours je marche beaucoup plus. Est-ce que … ?

Mois sans tabac 1er jour

1er novembre.

Me voilà gonflé à bloc pour arrêter de fumer. J’ai la niaque. Je sais que je vais réussir même si je doute.
À 7h15 lorsque je me suis réveillé et la première chose qui m’est venue à l’idée a été de m’encourager, de me féliciter pour ma prise de décision. :
– Bravo mec ! Tu vas montrer à tous ta volonté de fer,
La petite voix s’est esclaffée :
– Quel con, tu vas en chier.
– Toi, la petite voix tu t’écrases !
– Tu sais « Mois Sans Tabac » à pour sigle MST.
J’étais surpris, je n’avais pas réfléchi à ça. L’amalgame m’ennuyait même si…
À 9h30, je fais mes poches de pantalon pour dénicher une hypothétique cigarette. J’ai soulevé les coussins de la banquette, ceux du salon de jardin, j’ai regardé sous le lit. Rien. Que dalle !
J’ai la vue qui se trouble, les mains qui tremblent. Je ne tiens pas en place, je me fais couler une tasse de café, puis une autre, m’assoie puis me relève, je regarde mes ongles comme un défi.
La petite voix ricane :
– T’as pas oublié de te peser.
– Pourquoi ?
– Tu vas prendre du bide mec et bientôt tu t’ verras plus pisser.
– Mais non je vais faire du sport.
– Petit rappel y’ a maintenant 3 heures que t’es debout et que t’es tranquillement installé dans le canapé.
– Euh !

Ma fille a eu l’excellence idée de m’emmener crapahuter dans l’après-midi ; Ça a été un peu difficile. Mais consolation je n’ai pas fumé une seule cigarette.
J’espère qu’il va passer vite ce mois et l’autre derrière aussi.

En fin

Elle lui tenait compagnie depuis fort longtemps mais ce jour-là même si elle lui faisait bonne figure elle se sentait déprimée. Sa maladie empirait , à rester assis toute la journée, il avait pris du poids et même avec l’aide de l’aide-soignante, s’occuper de lui devenait diffi­cile.
Elle vivait dans le souvenir continuellement à la recherche des meilleurs moments qu’ils avaient partagés c’était un peu son antidote pour pouvoir faire face. Si au début elle lui par­lait beaucoup elle avait cessé car évoquer leurs souvenirs n’éveillait en lui aucune réaction. Il la regardait avec des yeux vides et ne répondait jamais. Lui qui avait un regard si expres­sif, si malicieux n’exprimait plus aucune sensation.
La seule chose qui éveillait son regard ou le seul être qui pouvait provoquer une étincelle était l’évocation de leur chienne Youpie, une bâtarde de couleur noire qui partagea leurs vies pen­dant 18 années. Lorsqu’elle lui montrait des photos il s’agitait un peu, ses yeux s’enflam­maient et parfois une larme coulait, solitaire sur sa joue. Elle s’interrogeait toujours, savoir si c’était bon pour lui, et craignant une rechute cessa d’y faire allusion.
Elle aimait repenser à leur mariage, cette douce cérémonie qui enfin les unit, même si elle eut quelques inquiétudes pour sa nuit de noce. Cependant les racontars dont certaines s’étaient faites confidentes eurent pu gâcher sa journée mais il n’en fut rien et Raymond fut un homme précautionneux et attentif si bien que cette première nuit si elle ne fut pas excep­tionnelle resta pour le moins inoubliable. En tout cas elle fonda les bases d’autres nuits époustouflantes.
Raymond fut toujours scrupuleux, trop protecteur même si parfois c’était un peu prégnant. Cependant elle aimait sa force tranquille, sa façon d’être heureux d’un rien, d’embellir les choses, son optimisme inébranlable. Il était son chêne, son réconfort, son abri, celui qui lui donna une vie merveilleuse.
Certes il y eut des bas dans leur longue vie commune et si quelques uns tournèrent autour d’elle, elle ne succomba jamais. Quant à lui, elle ne se posa aucune question, pas de nature jalouse , l’idée qu’il put aller ailleurs ne l’effleura même pas. Elle l’aimait inconditionnelle­ment, lui vouant une adoration sans borne.
S’ils se séparèrent pendant huit mois mais toujours réunis lors de fête de famille, elle état sûre, sans pouvoir l’expliquer, qu’il reviendrait vers elle. Certes elle vécut ces quelques mois difficilement, se remit en question puis sereine l’attendit.
Elle l’adorait son Raymond mais était surtout peinée de le savoir si dépendant maintenant.

La douleur qu’elle ressentit dans la poitrine la surprit. Elle tomba de sa chaise, s’écroula sur le sol ses dernières pensées furent pour lui, sa détresse si profonde, elle s’en voulut de l’abandonner, elle murmura des choses inaudibles.

Raymond assis sur sa chaise ne bougea pas d’un poil, la vie aussi l’avait oublié.

J’ai tenté une nouvelle expérience pour l’atelier d’écriture Bricabook mais mon manque d’habitude s’est fait ressentir

Maybe in a Bukowski word

 

Je joue avec mon verre et je suis désolé de voir comme il se vide, trop vite. Ça m’inquiète , je ne sors plus que pour acheter du whisky et du vin.

Mai ça me fait du bien de sortir., de quitter ma chambre sale. Mes draps n’ont plus de couleur excepté celles de la crasse dans laquelle je vis. Combien de fois j’ai renversé mon verre ? Combien de fois ma clope les a brûlés ?

Je ne me lave plus, je pue sans doute mais je me suis habitué.

Je bois, je picole à n’en plus finir. Je ne parle plus à personne et personne n’essaye tant je deviens agressif.

S’il fut un temps où je pleurai sur mon sort, il est passé. J’ai pleuré sur moi mais depuis mes glandes lacrymales sont asséchées. Crois-moi mon frère de galère pleurer sans larme est pire que les larmes. Ça brûle, ça donne des nausées.

Ma seule activité est de lever mon verre, d’allumer une cigarette. Je ne mange plus, depuis longtemps seul l’alcool me tient en vie.

À part boire, fumer, cuver, dormir, dégueuler ou chier partout, j’écris. J’écris sur les murs, je gomme, je surcharge. J’ai pas de limite.

Je vais à la boite aux lettres parce que j’attends encore des réponses de mon éditeur, de l’argent. Le dernier courrier reçu, je l’ai lu à moitié puis jeté par la fenêtre.

La nuit dernière j’ai gueulé comme une truie, le voisin a tapé dans les murs jusqu’à ce que je me taise. Mais j’ai monté le son, ce con m’a réveillé. Lorsqu’il est venu cogner dans la porte je lui ai cassé une bouteille sur la tête, une bouteille vide bien sûr.

J’ai regardé le sang coulé, il s’est affalé comme un pantin , sonné. J’ai refermé la porte.

Plus tard les cognes ont tambouriné, j’ai gueulé que la porte était ouverte. Ils m’ont frappé ces salopards, j’ai vomi sur eux. Ils m’ont tabassé plus ort. Ça sentait le dégueulis et le sang dans la chambre.

J’aime pas prendre des coups mais j’aime quand mon sang coule, je le bois. Chargé d’alcool c’est comme une auto-perfusion. Je blasphème « buvez mon sang… »

J’ai un Christ sur le mur sans couleur, j’ai tout léché les soirs de manque, il est tout blanc maintenant.

J’ai plus de fric, j’ai soif, je suis en manque. Je tremble.

Plus un mot sur ma vieille remington, pas de ruban, mais je joue avec les touches, j’écris comme un fou mais la vieille page grise reste blanche .

J’entretiens toujours mon vieux Smith et Wesson 910, datant de la guette du Vietnam comme mon ami, mon frère. La détente sur la tempe, le bruit est impressionnant. Angoissant.

La balle est partie aujourd’hui, j’ai senti le sang couler ou l’alcool. J’ai juste tiré la langue une dernière fois.