Escaliers

En cent mots avec Raymond Queneau

escalier

*

La porte grince quand je l’ouvre, je sais depuis longtemps ce qu’il y a derrière mais j’ai toujours les mêmes frissons. Je tâtonne sur le mur pour allumer l’ampoule nue. Je sais que l’escalier est raide et louper une marche serait fatal. La lumière m’éblouit. Sur le mur sont pendus les balais, la pelle leurs ombres désagréables m’inquiètent déjà. Je descends les marches avec circonspection.

Mon cœur s’emballe. Sans doute que j’aime me faire peur. L’endroit est vide sans vie.

Lorsque j’arrive dans la première pièce éclairée par la lucarne, je découvre ce qui traîne sur les étagères recouvertes de poussière. Je n’arrive pas à m’y habituer.

Quelque chose crisse derrière moi, je me fige, ma colonne vertébrale se raidit, je ne bouge plus , aux aguets. Je retiens ma respiration. J’attends avec angoisse, presque tremblant.

Le temps passe, mon dos est contracté. Dans ma tête des choses insensées m’assaillent. Me précipiter dans l’autre pièce encore plus noire n’arrange rien., les outils de mon grand-père s’étalent, fourche, faux, trident, ciseaux à bois dont les dents ou lames brillent dans la pénombre.

Je rebrousse chemin, monte les escaliers quatre à quatre et referme la porte très vite.

– Pourquoi t’es essoufflé comme ça ? demande ma grand-mère.

La cinquième personne qui va vous parler

En cent mots avec Raymond Queneau

– Euh Raymond tu causes à quatre ou cinq personnes parfois ?
– Même plus souvent.
– Moi si je parle avec une ou deux c’est le maximum.
– Ah oui et tes conversations par webcam ?
– Je n’y pensais pas mais t’as raison.
– Donc tu parles à plusieurs personne.
– Mis à part toi j’ai parlé avec trois personnes sur Skype.
– T’as une idée de qui sera la cinquième ?
– Oui je crois.
– Et ?
– Gilda, une pinay de 52 ans avec qui je discute chaque soir.
– Quels sont tes rapports avec elle ?
– Tu attends quoi comme réponse ? Conviviaux.
– Oh tu m’étonnes !

 

 

Écran

En cent mots avec Raymond Queneau

ortf-sigle-g

« Oui j’ai rêvé, j’ai rêvé souvent
D’une cité où dès le réveil
Le gai soleil me ferait chanter
Pendant que les gens s’aimeraient vraiment … » *

Plus personne n’entonne ces paroles d’espoir, quelle tristesse. Sur mon écran de télévision je ne vois que guerre, bombe nucléaire, attentats. Du feu, du sang dont les médias s’emparent et nous abreuvent.

Est-ce que nos journalistes n’en font pas trop, rien que pour le buzz.

Faut-il rêver d’un retour en arrière sans télévision ou bien d’une censure qui n’était peut-être pas si mal.

Je rêve toujours d’une fleur au bout du fusil.

  • Parole de sir Baden-Powel.

 

Contenu et contenant

En cent mots avec Raymond Queneau

– Dois-je parler de mon caleçon aujourd’hui ?
– Quelle drôle d’idée, pourquoi donc ?
– Le thème du jour est contenant et contenu.
– Ton imagination est limitée l’ami.
– Sans doute.
– Bon c’est l’heure de l’apéro tu veux un verre ?
– Ah enfin ! Mais ne me demande pas ce que je veux.
– Avec glaçons ou pas ?
– Avec. Et ne rechigne pas sur la quantité.
– Tu ne sais pas t’arrêter.
– Et toi tu sais t’arrêter d’écrire ?
– Quel rapport ?
– L’excès quel qu’il soit n’a pas de barrière.
– T’es sérieux ?
– À ton avis ?