An incredible love

beautiful-tree-and-riverElle s’éloignait et je la regardais tristement. J’étais sous son emprise. Quand elle me serrait dans ses bras je n’arrivais pas à l’enlacer. Mais j’étais bien. Je savourais l’instant.
Je la contemplais lorsqu’elle se déshabillait pour enfiler son maillot de bain. Elle se mettait nue devant moi. Je me souviens qu’une fois elle m’enlaçât après avoir quitté ses vêtements. La sève couru dans mes veines aussi vite que la lave du Sakurajima. Je m’accrochais aux branches pour résister.
Elle s’était placée sous mon ombre, hors de vue des autres, ignorant l’état dans lequel elle me mettait. Je n’étais plus tout jeune cependant il m’était difficile de résister. Me raidir n’avait aucun sens. J’admirais. Autant que faire se peut je la protégeais sans la toucher. Sauf quand elle s’adossait contre moi.>
Quand enfin elle s’allongeait après avoir étendu sa serviette. Je soufflais. Reprenant ma vie sans la quitter des yeux. Ses plongeons dans la rivière m’éclaboussaient. Mais à elle je pardonnais tout même si l’humidité m’enracinait de plus en plus.
Je souhaitais qu’on m’entaillât pour évacuer mon énergie.
Je fus le protecteur de sa virginité jusqu’au jour fatidique où j’observai ses épanchements. La jalousie m’étreint. J’essayai de ne pas voir mais c’était plus fort que moi. J’étais noir de colère. Sans le dire.
Mais elle revint seule et dans ma mansuétude je lui pardonnais. Bien sûr j’étais amoureux.
Elle prît l’habitude de se déshabiller devant moi. J’observais, les sens en alerte. Jamais lassé. Lorsqu’elle s’étalait au soleil, le corps à peine masqué. J’étais plein d’émoi. Surveillant alentour que personne ne pût voler son intimité. Je devins possessif et mes sentiments me rongeaient.
De temps elle me serrait dans ses bras posant même sa tête contre moi. J’étais heureux et triste à la fois.
Soudain elle disparut plusieurs jours d’affilé. Je trépignais, impatient de la revoir. Elle revint bronzée, la peau tannée. Se déshabilla et s’étendit nue au soleil. Son corps uniformément bronzée. Je me sentis mal, jaloux que d’autre ait pu la voir ainsi. Je m’énervai. Ivre de jalousie.
Puis elle disparut de nouveau. Je regardais avec ostentation l’empreinte de son corps sur le sol. La place qu’elle choisissait chaque fois. Je scrutais l’eau dans laquelle elle se baignait parfois.
En vain.
Je retins mes larmes.
Mes branches s’affaissaient pleines de désespoir. Mes feuilles m’abandonnaient. Mes racines s’asséchaient. Je n’étais qu’un arbre en pleine croissance qui la couvrait de son ombre.
Je me sentis inutile tout à coup. Je refusais l’eau que dame nature m’offrait, je dépérissais.Aujourd’hui encore comme un vieux végétal noueux je me languis d’elle.
La nature a repris ses droits.

La marcheuse film de Nael Marandin

La marcheuseLe film :

Lin Aiyu est une prostituée chinoise sans papiers. Arrivée seule de sa province du Dongbei (Nord de la Chine) elle travaille d’abord au service d’une famille chinoise du Wenzhou (Sud de la Chine) depuis longtemps installée en France. Corvéable à merci, et l’animosité régnante entre les populations du Nord et du Sud fait qu’elle quitte cette famille.
Elle s’installe avec sa fille, qu’elle a fait venir de Chine, chez un vieux et riche médecin invalide qui l’héberge contre des soins journaliers qu’elle prodigue au vieil homme.
Pour gagner de l’argent elle se prostitue sur les trottoirs de Belleville, argent qu’elle envoie en partie à ses parents restés au pays.
Un soir en rentrant chez elle, elle est agressée par le caïd de l’immeuble d’en face, qui est en cavale en raison de dettes qu’il n’a pas honorés. Il squatte dans l’appartement qu’elle occupe chez le malade.
Elle lui propose de l’épouser pour avoir des papiers en échange de quoi elle rembourse sa dette.
Mais les choses ne se passent pas forcément comme elle le souhaite.

Mon avis :

Un bon film qui ne défend ni n’accuse la condition des prostituées chinoises. Le sexe traité sans tapage ni fioritures. Un film financé par le CNC et la Région et l’aide d’un producteur. Quelques longueurs sans doute. À voir.

À propos du tournage :

La marcheuse est un film dramatique de Nael Marandin, acteur, scénariste et réalisateur français, dont c’est le premier long métrage. Nael Malandrin parle le chinois et a fait ses études en Chine. Il habite Belleville et pour garder un lien avec ce pays il est bénévole à la mission de Médecin du Monde « le Lotus Bus » qui s’occupe de l’accès au soin pour les prostitués chinoise de Paris.
Interview du réalisateur ici et

Le rôle principal est interprété par Qiu Lan, une actrice chinoise qui fut danseuse principale dans l’Opera « Nixon in China » au théâtre du Châtelet. Issue du cours Florent, elle a joué, entre autres, dans Monsieur Papa de Kad Merad ou La vérité si je mens 3 de Thomas Gilou ainsi que dans des séries télévisées et également dans le très beau clip « D’un Ave Maria » illustrant la chanson de Pascal Obispo.

Qiu Lan

Le rôle de Cerise, sa fille dans le film est interprété par Louise Chen dont on ne trouve aucune trace sur internet.

Capture d’écran (29)

Le caïd est Yannick Choirat acteur que l’on a pu voir dans le films de Jacques Audiard « De rouille et d’os » aux côtés de Marion Cotillard. Il a à son actif de nombreux films pour la Télévision et le Cinéma et figurait au générique de Caméra Café saison 1 et 2.

Capture d’écran (31)

Les ombres et les lumières de l’été

J’étais en embuscade, face au soleil couchant, sur les bords de Seine. L’appareil réglé, prêt à appuyer sur le déclencheur, en rafale.
Je voulais un contrejour. Une fille qui me ferait appuyer sur le bouton comme un malade, pour immortaliser l’instant.
J’avais une idée précise de celle que je voulais même si cela n’avait que peu d’importance, face au soleil.
Je souhaitais qu’elle ait les cheveux longs, les yeux en amande, qu’elle soit grande et mince, qu’elle vienne de gauche pour aller vers la droite et non l’inverse, qu’elle tourne la tête vers moi et qu’elle me fasse un grand sourire, illuminant son visage.
J’étais impatient, voire fébrile. J’avais une idée très précise de ce que je voulais obtenir avec la collaboration de cette inconnue.
L’œil dans le viseur, j’étais ébloui par le soleil. Il ne passait que des hommes ou que des filles trop petites, ou trop enrobées.
En fait je captais malgré tout les images de chaque passant, ce qui me permettait d’affiner mes réglages, mais ma princesse ne se présentait pas.
Pourtant en face de moi le soleil déclinait, il semblait vouloir partir ailleurs, de l’autre côté de la terre et tirer sa révérence.
Parfois ébloui, je pris pourtant l’homme en vélo, la femme enceinte promenant son bébé dans la poussette, l’homme en djellaba avec sa barbe plutôt longue, une petite fille en bicyclette, le jongleur qui avançait en lançant ses quilles, le jeune footballeur dribblant un adversaire imaginaire, la vieille femme élégante avec son chapeau sur la tête enfin tout ce qui se présentait entre moi et le soleil.
En place depuis une heure, je m’impatientais. Je pensais au naturaliste, caché au bord d’une étendue d’eau, attendant de saisir l’envol d’un canard.
Je n’étais pas capable d’attendre aussi longtemps sans m’énerver.
Cependant sur ma carte memoire les photos s’entassaient. J’enrageais. La patience n’est pas ma vertu principale. De plus j’avais des paillettes de toutes les couleurs dans les yeux à force de fixer la lumière au travers de l’objectif.
Je laissais l’appareil bien à plat sur la rambarde puis allumais une cigarette pour faire passer le temps et réhabituer mes yeux à la lumière du jour.
Soudain une fille passa, presque celle que j’espérais. J’attrapais trop rapidement mon appareil et déclenchais dans l’urgence face à l’astre éblouissant. Hélas, les photos n’étaient pas nettes.
Je pestai. Rageur je jetai mon paquet de cigarettes par terre et l’écrasai d’un talon furieux. Je m’en voulais de m’être laissé distraire par un vice incontrôlable. Le paquet malmené laissa apparaître les filtres orangés d’un côté et les cigarettes éventrées d’où s’échappaient le tabac à peine blond.
Je me résonnai.
Je voulais une silhouette dans l’ombre face à la lumière du dieu Ra. Je savais que ce n’était pas évident surtout lorsque la photo était déjà composée dans la tête.
Il ne restait qu’à la prendre, qu’à saisir l’instant.
Je ne faisais que de la photo de rue et de ce fait je savais qu’il fallait mitrailler pour avoir une ou deux belles photos réussies.
J’attrapais la bouteille d’eau dans mon sac sans décoller l’œil du viseur et bus comme un ivrogne en mal de sa potion. Je me massais les reins, la position que je m’infligeais faisait souffrir ma vieille carcasse.
Je me relevai me massant le bas du dos comme je pouvais. Je jetai machinalement un coup d’œil à gauche et je la reconnus aussitôt.
La voilà. C’était elle.
Mes reins plièrent avec difficulté lorsque je me collai derrière le viseur, mon doigt tremblait sur le déclencheur.
J’étais prêt malgré tout.
L’exaltation me fit sourire nerveusement. Je laissais approcher, affinant la mise au point. Elle tourna la tête vers moi. Exactement l’image que je souhaitais.
Je souriais en appuyant.
Pas de réponse.
Je réessayai.
Toujours rien.
J’éteignis l’appareil, le rallumai.
La batterie était suffisamment chargée.
La carte Sd était déjà pleine.
La jeune fille me fit un coucou du bout des doigts, accompagné d’un sourire éblouissant. Avait-elle compris que je n’avais pas pris une seule photo d’elle ?

Thème de la semaine pour la dernière des impromptus : les ombres et la lumière de l’été