Le restaurant de l’amour retrouvé de Ito Ogawa

En rentrant chez elle, Rinco s’aperçoit que son petit ami a vidé tout l’appartement qu’ils occupaient ensemble. « Quand je suis rentrée à la maison après ma journée de travail au restaurant turc où j’ai un petit boulot, l’appartement était vide. La télévision, la machine à laver et le frigo, jusqu’aux néons, aux rideaux et au paillasson tout avait disparu. »
Elle ne possède maintenant que ce qu’elle a sur elle. Le peu d’argent qui lui reste dans les poches, lui permet de prendre l’autocar pour retourner restaurant-amour-retrouvechez sa mère, qu’elle déteste ; Mère qu’elle a quittée dix ans plus tôt pour partir à la ville.
Face à ces circonstances dramatiques, elle perd la voix et son seul moyen de communiquer devient les fiches cartonnées et le stylo qu’elle a toujours sur elle. En quittant la campagne dix ans auparavant, Rinco avait rejoint sa grand-mère maternelle dont elle avait apprécié le savoir-faire culinaire, sans penser qu’un jour ce savoir lui serait utile. « La silhouette de ma grand-mère en train de s’affairer dans la cuisine m’apparaissait nimbée d’une lumière à la fois divine et sublime, et il me suffisait de la contempler de loin pour me sentir apaisée. Le simple fait de l’aider me donnait l’impression de prendre part, moi aussi, à une tâche sacrée. »
Elle retrouve sa mère identique à elle-même vivant avec une truie qu’elle lui demande de prendre en charge. Cette truie sera le déclencheur pour la jeune fille. Sa mère s’occupe du « Bar de l’amour » et au fond du jardin Rinco aménagera un petit restaurant où elle pourra mettre en avant la virtuosité de sa cuisine, l’art d’accommoder, de mélanger qu’elle a appris en regardant sa grand-mère et en écoutant.

Ce livre fut un réel plaisir d’abord parce qu’il sent bon, plein d’odeurs, plein de saveurs puis il renverse les idées préconçues. Si Rinco et sa mère sont en conflit c’est sans doute parce qu’elles n’ont jamais su se parler, un manque de communication. Il n’est pas que drôle ce livre, si on rit, on pleure, on s’aime et se désaime avant de s’aimer à nouveau.

« Rêveuse, je repensais à l’histoire d’amour de ma mère que je venais de découvrir lorsque tout à coup Néocon s’est péniblement redressé en disant « Faut que je pisse un coup », a ouvert la porte du bar et est sorti. » Néocon c’est le prétendant de sa mère.

Et quelque part on peut lire : « Le comble ça a été l’aveu que m’a fait ma mère. Un peu après vingt-trois heures, de retour de l’Escargot, j’étais dans mon bain lorsque tout à coup la porte de la salle d’eau s’est ouverte sans prévenir et ma mère est entrée toute nue. Sous le choc je suis restée pétrifiée. [..] Interloquée, comme une adolescente que son père aurait surprise dans bain. [..] Sans se soucier le moins du monde de ma réaction, ma mère a engagé la conversation : « Il faut que je te parle. Tu me fais de la place ? »

Ou encore :
« Mes souvenirs les plus chers, je les range bien à l’abri dans on cœur, et je ferme la porte à clé. Pour que personne ne me les vole. Pour les empêcher de se faner à la lumière du soleil. Pour éviter que les intempéries ne les abîment. »

L’auteur : Ito Ogawa est née en 1973, elle écrit des contes pour enfants et des chansons pour le groupe Fairlife avant de sortir son premier roman en 2010, adapté au cinéma au Japon.

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