Quand l’empereur était un dieu de Julie Otsuka

Après l’attaque de la base américaine de Pearl Harbour par les Japonais le 7 décembre 1941, les Nippons résidant aux Etats-Unis sont transférés dans des camps de concentration, assassinés ou renvoyés au Japon.

Julie Otsuka née en Californie, de mère Américaine d’origine Japonaise et de père Japonais nous raconte avec émotion ce pan de l’histoire un peu méconnu.

A travers le regard d’un petit garçon, elle conte avec émotion le jour ou le FBI est venu arrêter son père  « De sa fenêtre, le garçon les avait regardés traverser la pelouse et emmener son père, simplement vêtu de sa robe de chambre et chaussé de ses pantoufles, jusqu’à la voiture noire qui était garée le long du trottoir. Avant cet instant, il n’avait jamais vu son père sortir de chez eux sans son chapeau. C’était ce qui l’avait le plus troublé. Pas de chapeau… »

Le père est envoyé dans un camp de concentration et subira l’inavouable mais communique avec ses enfants par lettres ou cartes qui seront censurées, découpées, raturées mais dans lesquelles il tente de communiquer un peu d’espoir.

Presque cinq mois après, en avril 1942 les familles japonaises seront déportées dans l’Utah en train. Un vieux train poussif, sans eau. Un voyage interminable durant lequel les rideaux devront être baissés, nuit et jour, pour éviter les jets intempestifs des Américains  en colère. Un voyage qui n’en finit pas.

Ce sont ces trois et demi qui nous sont contés ici, d’abord le voyage puis la vie en collectivité où il faut faire la queue pour manger, faire la queue pour aller aux latrines, faite la queue… Vie rythmée par des coups de sifflets et sous le regard de soldats dans les miradors qui n’hésitent pas à tirer si nécessaire.

Et le père, cet absent,  toujours présent au travers des cartes qu’il envoie.

C’est un livre intéressant qui m’a fait découvrir un pan de l’histoire que j’ignorais.

J’ai aimé cette lenteur avec laquelle les choses se déroulent, j’ai aimé le regard de ces enfants sur la vie à laquelle ils sont confrontés. J’ai aimé cette femme et sa capacité à tout prendre en main. J’ai aimé cette façon d’écrire dénuée de sentiments qui n’en est que plus bouleversante

Résumé :

Le sujet déjà ne laisse pas de surprendre (oublieux ou mal informés que nous sommes) : les camps de concentration aménagés – en toute discrétion – pendant la seconde guerre mondiale sur le territoire américain… à l’usage des citoyens d’origine japonaise.
Julie Otsuka a choisi la fiction, mais avoue volontiers que l’histoire qu’elle raconte évoque de très près celle de ses grands-parents, paisibles Californiens qui n’avaient aucune raison de cacher leur ascendance japonaise, arrêtés et déportés par le F.B.I. en décembre 1941, au lendemain de l’attaque de Pearl Harbour, et qui furent maintenus derrière les barbelés, dans des conditions inimaginables, jusqu’à l’été de 1945. Rien que pour ce qu’il raconte, et que l’on sait si peu, le livre de Julie Otsuka vaudrait d’être lu. Mais le miracle est ailleurs. Le miracle, c’est qu’il nous rend témoins de cette histoire en usant de mots qu’on n’attend pas, dans un style si nu, glacé presque, si violemment débarrassé de toute émotion, de toute protestation, que le peu qu’il livre est insoutenable. Insoutenable de sérénité, on voudrait dire de poésie si le mot n’avait l’air ici à ce point incongru.

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