La vague

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Debout contre un palmier, le chapeau tressé vissé sur la crâne, il regarde. Il aimerait encore être amoureux mais sûrement qu’il se l’interdit. Il n’a plus l’âge pour ça. C’est pas l’envie qui manque mais la raison qui l’emporte.
Pourtant si quelques unes l’attirent et semblent éveiller sa conscience ou pire ; il reste de marbre. Sa collection d’échecs pourrait figurer au musée de la femme dans la collection « Les perdants ». Les amoures il les a cumulées, fier de lui, sans savoir qu’il en paierait le prix.
Il fait chaud, il hésite à plonger dans la lagon, pour oublier ses pensées, pour se rafraîchir les idées. L’eau semble bonne, certainement chaude, à voir le plaisir que prennent les baigneurs… les baigneuses.
Il pose son chapeau, quitte ses lunettes de soleil, descend vers la plage, le sable brûlant le ferait presque danser. Sans réfléchir il plonge, esquisse quelques mouvements de crawl imparfaits, s’ébroue comme un vieux crooner.
Elle est là, tout prêt de lui, dans un maillot qui ne cache que l’essentiel mais souligne la perfection de ses courbes. Elle lui sourit lorsqu’il fait surface, gêné il n’esquisse qu’un rictus à faire fuir un banc de poisson-demoiselles, son rire redouble.
L’homme qui la rejoint et la soulève de ses bars puissants l’embrasse à pleine bouche, elle lu rend son baiser au centuple.

Il s’esquive en brasse indienne qui ne fait que peu de remouds. Une vague l’élève, il l’a vue mais ne l’a pas traversée, se laisse porter puis redescend prêt à affronter la suivante. La houle le porte, le malmène, il se laisse faire, il ne se débat que pour retrouver son souffle lorsqu’il aperçoit une autre vague, bien plus haute, trop tard pour s’inquiéter. Elle est énorme, charrie une quantité d’eau invraisemblable. Elle le soulève, le jette, puis abat ses flots sur lui, il tourne dans tous les sens, à du mal à reprendre sa respiration. Elle le ballote dans tous les sens, puis l’étouffe de son écume.
Il est heureux. Il vient de vivre un moment inhabituel, une jouissance extrême qui si elle mit sa vie en danger est d’une ampleur exceptionnelle.

Une autre vague, un autre jour le fera basculer dans cette plénitude.

La jeune femme au bord de la plage, le regarde comme un « martien ». Il est vivant ; Dieu soit loué. Mais il ne peut dissimuler son érection incontrôlable.

 

 

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Bonne année

Je n’ai pas consulté mon horoscope pour cette nouvelle année et ça ne m’intéresse pas. En fait pour la première fois je commence l’année dans un état de déprime indicible et sans raison particulière. J’avais une parfaite insouciance face à l’ennuie, que je connaissais pas parce que la moindre curiosité m’attirait mais pas aujourd’hui.
Je n’ai pas bu outre mesure pour me trouver dans cet état de déliquescence qu’on peut rencontrer sous d’australs cieux lorsque le soleil est comme une brûlure mais que l’humidité tord vos articulations est fatiguant même si c’est un choix.

Je ne suis pas triste, j’ai juste le sentiment de n’avoir plus rien à faire dans cette vie et sans entrer dans des considérations pécuniaires, ramer pour survivre m’use.

Certes si manquer d’argent au quotidien pour satisfaire ses envies, que la retraite ne sert qu’à payer les factures sans faire un seul écart, je ne pourrai que m’en prendre à moi, je devine vos pensées délictueuses mais je n’en fais pas cas.

Hors de question de remettre ma vie en question et il est sûrement trop tard pour ça. Si j’en avais la possibilité, balancer mon corps aux requins serait un juste prix et l’idée d’être déchiqueter m’agrée plus que d’être bouffer par les vers ou d’être consumé par le feu.

« Ceci est mon corps, ceci est mon sang, prenez et buvez. » Évangile selon Saint-Marc 14, 12-16 22-26.

Non je ne me prends pour Dieu ou celui que vous croyez comme tel, j’ai juste quelques réminiscences de mon éducation Judéo-chrétienne et à savoir les sacrifices ne sont pas l’apanage de cette religion.

Je n’ai pas l’intention de me suicider ou d’attenter à ma vie pour cela il faut un courage que je n’ai pas, ou peut-être que la peur d’échouer m’habite.

À quoi sert de perdurer ?

Mourir à 60 ans me semblait plutôt bien alors qu’aujourd’hui on s’accroche à la vie dans des conditions qui ne sont pas toujours souhaitables. Qui n’a pas un aïeul en maison de retraite atteint d’une maladie invalidante ?

Je n’en suis pas encore là, ou peut-être pas loin, l’idée qu’on me nourrisse, qu’on me lave, qu’on me branche la télé pour occuper mes derniers instants, m’est insupportable.

J’aimerai mourir, crever, dignement sans qu’on ait à changer ma couche souillée que mon corps soit incapable de stopper.

Je voudrai juste mourir avant qu’il ne soit trop tard, avant que mes descendants ne comprennent que c’est un service à leur rendre, avant qu’eux-mêmes ne puissent penser que je ferai meix de quitter ce monde.

C’est juste un acte de respect envers eux.

question ?

Enfermé dans son placard, il est hagard. Il ne sait pas s’il souffre, il n’y fait plus attention. Depuis quelques années il entaille son corps, là où personne ne peut voir. Il ne sait pas pourquoi. Il n’est pas sûr qu’il apprécie les sévices qu’il impose à son corps. Mais comment s’en empêcher ?

Certes sa vie n’a pas d’intérêt, c’est sa façon de penser.

Il se sent seul. Certes il est seul depuis toujours. Il ne sait même pas depuis quand il se détruit ni pourquoi. Son cutter est son seul ami. Sans doute que la première fois il s’est tailladé les veines. Il n’a pas souvenir de la douleur qu’il s’est infligé. Mais cela changerait-il quelque chose de s’en rappeler ?

Rien n’a d’importance. Il y a si longtemps qu’il a été rejeté par ses parents, il dérangeait. Qu’il se détruise semblait une atteinte à son milieu familial.
Qui est responsable ?

Il sent la chaleur et l’odeur de son sang qui suinte.

Est-il prêt à mourir ?

Il est replié sur lui-même. La main sur son abdomen. Il a peur. Il saigne plus que de raison. Il a beau compresser ses blessures, ses humeurs s’échappent. Cette fois il est allé fort. Il a l’impression que ses intestins s’échappent de son corps.

Dans son placard il ne voit rien. Ses sensations sont au bout de ses doigts.

Il n’a aucune compassion pour lui-même.

S’il pleure, s’il souffre c’est en silence.

Il n’a pas d’espoir.

Le sang coule entre ses doigts, chaud, gras.

Le Notre Père qu’il entame, rythmé par sa pression sanguine, semble comme un sacrilège.

Sa vie s’enfuit.

Il délire.

Pourtant !

Qu’a-t-il fait de mal ?

Quel est son péché ?

Qui l’a aidé ?

Il est mort.

R.A.S. chinoise de hong-kong

Bonjour,
Je suis interrogatif je te vois presque chaque visiter mon site sans laisser de traces. Peut-être que nous nous connaissons, peut-être que nous avons déjà eu l’occasion d’échanger. Je me souviens d’une chinoise ayant fait ses études à Paris. Si tu es celle à laquelle je pense, je suis flatté mais tes silences sont ennuyeux.

Bimbo

La vitesse me grisait au point de me faire trembler mais c’était mon exutoire, mon orgasme. Conduire ma voiture à toute vitesse ne me faisait pas bander mais le taux d’adrénaline qui montait dans mes veines était un plaisir exceptionnel, divin.

Je ne le faisais que rarement sur autoroute parce que c’eut été le moyen de me faire piquer au premier péage et comme j’utilisais de fausses plaques d’immatriculation que je changeais régulièrement, inutile de me jeter dans la gueule du loup.

J’étais mécano, passionné et presque tout mon salaire passait dans ma voiture. Je n’avais pas d’autres vices, ne fumais pas, ne buvais pas. Je n’avais pas de petite amie et n’en cherchais pas. Ma voiture répondait à mes désirs sans poser de questions. Les rares fois ou elle me joua des tours c’est parce que j’avais omis de la bichonner.

C’était une voiture ordinaire pour éviter de me faire repérer mais sous le capot c’était un bolide qui répondait toujours à mes envies. Je l’adorais.

Elle et moi étions des amants fidèles, enjoués, si je ne dormais pas dedans c’est que les sièges baquet n’étaient pas étudiés pour et qu’elle comme moi avions besoin de faire baisser la température, de nous accorder un repos bien mérité.

Il suffisait que je la sollicite pour qu’elle réponde et le plus petit cliquetis m’obligeait à mettre les mains dans le cambouis pour en trouver la cause. Je ne cherchais jamais bien longtemps tellement je la connaissais ; réglages ou réparation effectués je percevais sa joie, le moteur ronflait à l’envi et il me semblait deviner qu’elle était heureuse.

J’ai bien entendu eu quelques mésaventures et semer mes poursuivants fut un jeu d’enfant. Chaque fois j’eus le sentiment que même si je n’étais pas un conducteur hors norme, elle voulait s’amuser, m’étonner et me montrer ce dont elle était capable.

Elle me rendait fou de joie.

Je m’éclatais la nuit de préférence, évitant les week-ends, lorsque la maréchaussée était moins présente et qu’elle avait pris un certain nombre de chauffards en flagrant délit et méritait un repos salutaire. Je l’en remerciai et brûlais de temps en temps un cierge à Saint-Christophe pour le récompenser de sa bienveillance. Conduire vite et aimer la vitesse ne signifiant pas mettre la vie des autres en péril.

En pleine nuit sur les routes de campagne, je pouvais pousser mon bolide dans ses derniers retranchements, j’aimais enchaîner les lignes droites et les virages, jouant de ma boite de vitesses comme un musicien jouerait de son instrument.

Et puis…

Vint la tâche d’huile d’un véhicule mal entretenu. Un dérapage incontrôlé. Des chocs dans des arbres à gauche, à droite, ma voiture qui fît des tonneaux pour enfin s’immobiliser sur le toit après maintes plaintes effroyables.

Je raconte mon histoire avec mon dictaphone, cloué dans mon fauteuil roulant sans pouvoir bouger, pensant toujours à ma voiture qui n’a jamais faillie, que j’aurais sans doute du surnommer Bimbo pour tous les plaisirs qu’elle m’a fourni.

 

Confidence

C’est par hasard que je viens d’apprendre une vérité qui me déstabilise, au cours d’un repas convivial chez mon frère aîné. Dire que je me suis effondré est à des années lumières de la réalité. À ce moment-là penser que je pourrais vivre avec ce secret de polichinelle m’a semblé impossible.

À savoir que jusqu’alors j’étais le seul de la fratrie à l’ignorer et que bien entendu j’étais concerné au premier chef. Un froid glacial m’a saisi et je me mis à frissonner alors que la température oscillait autour de 29° Celsius.

J’appris avec beaucoup de tact que j’étais un bâtard et que mes cinq frères et sœurs n’étaient que mes demi-frères et sœurs.

Un choc violent comme si j’avais combattu contre Cassius Clay ou pire comme si j’étais tombé du 56ème étage de la Tour Montparnasse.

Savoir :

– Que mon père n’était pas mon père, ce qui en soit n’a pas tant d’importance mais explique le fait qu’il me prît pour son souffre-douleur.

– Que ma mère ait fauté, ce qui ne me regarde pas sauf à faire de moi un paria, me semble impardonnable.

– Que mon géniteur n’ait pas pris garde alors qu’il était lui-même médecin de famille est inexcusable.

Qu’ils soient morts les uns les autres ne justifient pas mon pardon, les silences ont des limites.

Mes frères et sœurs n’ont compris qu’au fil du temps et déduit cela par recoupements ou cachotteries auxquelles ils assistèrent inconsciemment. Le non-dit étant une règle dans toute la famille malgré les phrases cinglantes que mes oncles ou tantes assénaient.

Je vivais dans mon monde, soixante-huitard dans l’âme, je reniais tout et militais pour la fin de la guerre au Vietnam. Les repas familiaux m’ennuyaient, je ne pensais qu’au Napalm que ces putains d’américains déversaient au Vietnam pour exercer leur suprématie.

Je voulais combattre.

Mais aujourd’hui ma guerre n’est-elle que le prix du silence ?