Bimbo

La vitesse me grisait au point de me faire trembler mais c’était mon exutoire, mon orgasme. Conduire ma voiture à toute vitesse ne me faisait pas bander mais le taux d’adrénaline qui montait dans mes veines était un plaisir exceptionnel, divin.

Je ne le faisais que rarement sur autoroute parce que c’eut été le moyen de me faire piquer au premier péage et comme j’utilisais de fausses plaques d’immatriculation que je changeais régulièrement, inutile de me jeter dans la gueule du loup.

J’étais mécano, passionné et presque tout mon salaire passait dans ma voiture. Je n’avais pas d’autres vices, ne fumais pas, ne buvais pas. Je n’avais pas de petite amie et n’en cherchais pas. Ma voiture répondait à mes désirs sans poser de questions. Les rares fois ou elle me joua des tours c’est parce que j’avais omis de la bichonner.

C’était une voiture ordinaire pour éviter de me faire repérer mais sous le capot c’était un bolide qui répondait toujours à mes envies. Je l’adorais.

Elle et moi étions des amants fidèles, enjoués, si je ne dormais pas dedans c’est que les sièges baquet n’étaient pas étudiés pour et qu’elle comme moi avions besoin de faire baisser la température, de nous accorder un repos bien mérité.

Il suffisait que je la sollicite pour qu’elle réponde et le plus petit cliquetis m’obligeait à mettre les mains dans le cambouis pour en trouver la cause. Je ne cherchais jamais bien longtemps tellement je la connaissais ; réglages ou réparation effectués je percevais sa joie, le moteur ronflait à l’envi et il me semblait deviner qu’elle était heureuse.

J’ai bien entendu eu quelques mésaventures et semer mes poursuivants fut un jeu d’enfant. Chaque fois j’eus le sentiment que même si je n’étais pas un conducteur hors norme, elle voulait s’amuser, m’étonner et me montrer ce dont elle était capable.

Elle me rendait fou de joie.

Je m’éclatais la nuit de préférence, évitant les week-ends, lorsque la maréchaussée était moins présente et qu’elle avait pris un certain nombre de chauffards en flagrant délit et méritait un repos salutaire. Je l’en remerciai et brûlais de temps en temps un cierge à Saint-Christophe pour le récompenser de sa bienveillance. Conduire vite et aimer la vitesse ne signifiant pas mettre la vie des autres en péril.

En pleine nuit sur les routes de campagne, je pouvais pousser mon bolide dans ses derniers retranchements, j’aimais enchaîner les lignes droites et les virages, jouant de ma boite de vitesses comme un musicien jouerait de son instrument.

Et puis…

Vint la tâche d’huile d’un véhicule mal entretenu. Un dérapage incontrôlé. Des chocs dans des arbres à gauche, à droite, ma voiture qui fît des tonneaux pour enfin s’immobiliser sur le toit après maintes plaintes effroyables.

Je raconte mon histoire avec mon dictaphone, cloué dans mon fauteuil roulant sans pouvoir bouger, pensant toujours à ma voiture qui n’a jamais faillie, que j’aurais sans doute du surnommer Bimbo pour tous les plaisirs qu’elle m’a fourni.

 

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2 réflexions au sujet de « Bimbo »

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