La page blanche (suite 3)

Cette première confrontation policière alors qu’il n’était que l’agressé l’avait un peu révolté. Le temps de lui trouver un pantalon, ce qui dura fort longtemps il fut assailli de question dont il se sortit plutôt mal.

Policiers de quartiers à la recherche de délinquants, ils n’avaient pas soupçonné qu’il était sous l’emprise d’amphétamines et c’était tant mieux.

Ce premier avertissement aurait dû l’alerter il n’en fut rien.

Vincent continua l’usage des comprimés qui lui donnaient une pèche d’enfer et lui permettaient d’assouvir sa lubricité. Les consommatrices  comme lui n’étaient pas regardantes et passer de la danse aux figures du Kamasoutra était une fin inéluctable.

Pourtant se réveiller vers 16 heures, la tête bourdonnante, sans comprendre où l’on était, allongé sur un matelas crasseux, dans une chambre aux papiers décollés, à regarder effaré les cafards courir sur le mur tandis qu’une fille couverte de bleues, à l’allure pas très saine ronflait à côté, relevait plutôt du film sordide que de la réalité.

Sortir du cauchemar à tout prix !

Le regard halluciné, attrapant une bouteille d’eau pour se rincer la bouche, il fit le tour de l’endroit. Visiblement, il était dans un squat, une maison abandonnée aux fenêtres du rez de chaussée murées. Il semblait que l’endroit regorgeait de gens comme lui, comme elle, de drogués en marge de la société.

« Merde » se dit-il en regardant l’heure à l’horloge de son mobile, il devait travailler cet après-midi, tant pis il téléphonerait pour faire avaler une couleuvre à son patron.

Il ne devait pas perdre cette place. Il avait cessé toute relation familiale depuis un an et ce boulot était son gagne-pain, sa seule façon d’être encore en vie, pour combien de temps d’ailleurs ?

Pour l’instant mieux valait fuir l’endroit. Pas question de se retrouver à vivre avec ses frères de galère. Il savait que Matt, son ami d’enfance, pourrait l’accueillir sans poser de question.

Il ne savait pas où il était mais il savait où il devait aller.

Est-ce que ses frayeurs pourraient le faire réagir et le ramener sur le droit chemin ?

Dans la cellule, le chauve secouait les grilles avec violence et balançait vulgairement son bassin alors que sa langue baveuse léchait les barreaux.

Je me posais plein de question en écrivant cela et je doutais de pouvoir continuer. J’avais mis les pieds dans un engrenage qui à la fois me fascinait et me faisait peur. J’étais perplexe devais-je faire de ce Vincent le héros ou l’antihéros d’une histoire avec laquelle je jouerais sur la sensibilité des lecteurs ? Quelle vie devrais-je lui donner dans les prochaines pages ?  Pourrait-il se sortir de ce mauvais pas et mener une vie comme tout le monde ?

Mes réponses étaient vagues.