Contenu et contenant

En cent mots avec Raymond Queneau

– Dois-je parler de mon caleçon aujourd’hui ?
– Quelle drôle d’idée, pourquoi donc ?
– Le thème du jour est contenant et contenu.
– Ton imagination est limitée l’ami.
– Sans doute.
– Bon c’est l’heure de l’apéro tu veux un verre ?
– Ah enfin ! Mais ne me demande pas ce que je veux.
– Avec glaçons ou pas ?
– Avec. Et ne rechigne pas sur la quantité.
– Tu ne sais pas t’arrêter.
– Et toi tu sais t’arrêter d’écrire ?
– Quel rapport ?
– L’excès quel qu’il soit n’a pas de barrière.
– T’es sérieux ?
– À ton avis ?

La vengeance du hérisson (4)

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Le hérisson, ce surnom l’amusait, il eut pu être autrement plus vulgaire, autrement plus désagréable. Il ne se laissait pas marcher sur les pieds, simplement. Il supportait mal l’autorité, étrange n’est-ce pas pour un flic !

L’idée qu’il se faisait de son boulot était un peu comme un sacerdoce à une différence prêt : le pardon ou l’absolution il ne connaissait pas. S’il ramenait les brebis égarées, c’était plutôt vers la taule et il se fendait même d’une bénédiction pour qu’elles paient à la hauteur de ce qu’elles avaient commis.

Il ne manquait pas de courage juste de discernement. Froid mais sans calcul, honnête tant que ça ne bousculait pas son éthique. Piquer du hasch destiné à être brulé n’affectait pas sa moralité. Il n’appartenait à personne et le subtiliser à l’administration qui l’avait elle-même confisqué ne l’ébranlait aucunement.

Il avait fini par trouver une bouteille de Scotch, dénichée dans un bar où il aurait bien avalé un ou deux œufs durs tant la faim lui vrillait l’estomac. Mais il avait une telle trouille de ramasser des salmonelles que l’opération était impossible. La bouteille il la sortirait suivant l’ambiance. Il avait beau se traiter de tous les noms, il savait qu’il faisait une énorme connerie en se rendant chez cette nana, cette polak, pas bien jolie mais qui l’émoustillait. L’enquête n’avait rien donnée, suspecte elle était et suspecte elle restait tant que l’assassin ne serait pas démasqué.

– Tant pis, merde ! dit-il alors que les pneus crissaient dans un virage négocié trop vite. Sa voiture aspirait le bitume comme si elle sortait d’une longue pâmoison.

C’était pas la première fois qu’il se mettait en péril, s’il ne pouvait effacer le passé et il ne faisait rien pour que ses lendemains soient plus faciles. Il ne vivait pas dangereusement, il vivait inconsciemment.

S’engageant sur le chemin qui menait vers la maison, il ralentit l’allure, s’insultant avec parcimonie, son égo trop fort l’empêchait de dépasser la mesure.

Elle était sur le pas de la porte, le fusil le long du corps le canon pointé vers le bas, méfiante.

– Ah c’est vous, constata-t-elle alors qu’un sourire éclairait son visage.

Le nuit était noire, sur l’ampoule nue au dessus de la porte d’entrée virevoltait des papillons, enfin c’est ce que le parisien pensait.

– Vous enquêtez à cette heure-ci ? demanda-t-elle remettant le cran de sureté de son arme.

– Puis-je entrer ?

Elle s’effaça pour le laisser pénétrer. La chaleur irradiait dans la pièce, le four à bois ronflait comme une mustang au ralenti. Une odeur d’oignons farcis lui chatouilla les narines et lui creusa l’estomac, depuis quand n’avait-il pas mangé ?

– Je vous offre un café, un thé avec de la crème c’est tout ce que j’ai ?

– Vous ne préférez pas boire un whisky ? répondit-il.

– Je n’en ai pas.

Franchissant la porte d’entrée dans l’autre sens, il couru chercher dans le coffre de sa voiture la bouteille qu’il avait apportée qu’il posa sur la table en bois.

Elle le dévisagea se demandant ce qu’un flic pouvait bien lui vouloir en se présentant vers 9 heures du soir avec une bouteille.

Sur la plaque incandescente du four, les mouches venaient se brûler les ailes laissant une odeur de roussi.

Sans se faire prier Yvett sortir deux verres en pyrex qu’elle déposa faisant claquer leur cul sur la table.

– Glace ?

Il acquiesça tandis qu’il la regardait se déplacer vers le frigo avec souplesse comme une panthère guettant sa proie. Il est vrai qu’elle chassait à la saison et sa démarche s’en ressentait.

La lorgner avec ostentation réveillait sa libido.

– Quel calvaire ! pensait-il je deviens une bête.

Sans réfléchir plus, il se leva et l’enlaça.

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