Samantha

chiara_rosenberg_by_stefanolanza-d6qwon5J’étais à genoux, nu, et sa cravache s’abattait sur moi. Elle m’ordonnait de lécher ses bottes, chose que je faisais sans conviction et qui me valait des coups répétés au même endroit. Ma vie depuis longtemps était semée de ce genre de fantaisie. Je m’étais accoutumé à la douleur et j’en avais besoin, elle faisait intrinsèquement partie de moi.

Samantha, je la connaissais depuis plusieurs années. J’avais une confiance infinie en elle mais elle ne cessait de me surprendre. Les zébrures occasionnées par sa cravache m’entamaient les chairs et durant la semaine qui suivait ma visite dans sa prison dorée, l’eau de la douche me brulait le dos. Quant à mes fesses, pleines de bleus, il me fallait déployer des trésors d’inventivité pour m’asseoir sans trop souffrir.

Pourquoi je retournais régulièrement au 52 de la rue traversière, je ne le savais pas et je ne cherchais pas à le savoir. J’aimais cette rouquine qui me martyrisait, j’aimais la couleur flamboyante de ses cheveux et j’aimais lorsque l’une de ses mèches rebelle cachait son œil peinturluré façon Alice Cooper, d’ailleurs le fond sonore diffusait des standards de l’artiste tel que Bed of nails, Poison, Spark in in the dark ou Die for you.alice-cooper

J’obtins rarement qu’elle fut nue sauf après d’âpres discussions et quelques billets supplémentaires négligemment abandonnés dans la coupe en cristal destinée à cet effet. La première fois ce fut par curiosité, je souhaitais savoir si elle était naturellement rousse et lorsqu’elle dévoila son pubis orné d’un mince gazon taillé en épi de blé, j’eus la réponse à mon interrogation. Il va sans dire que lui imposer une condition me valut une correction exceptionnellement sévère. Elle était déchainée, sa badine me frappait la peau avec une rapidité effarante et je sentais presque des gouttes de sang s’accrocher à celle-ci. Samantha était en sueur, j’en respirais les effluves qui provoquèrent une violente montée d’adrénaline et une tension subite qu’elle refroidit en me giflant.

Il m’arrivait souvent d’avoir les larmes aux yeux, d’espérer un temps mort qu’elle m’accordait temporairement lorsque j’étais pendu par les pieds au plafond. Quelquefois ma poitrine était en sang parce que les pinces qu’elle y accrochait étaient trop serrées ou parce que j’avais trop gigoté espérant me soustraire à leurs morsures.

Ces séances nous épuisaient l’un et l’autre. Et c’est ensuite, allongé sur les sofas que j’écoutais sa voix rauque, signe distinctif d’une fumeuse invétérée, raconter ses passions, ses envies, ses lectures qu’elle me persuadait de découvrir. Elle aimait parler pendant qu’elle me passait un onguent sur les plaies, Elle me contait sa vie d’étudiante, sa vie de dévergondée à la Fac, celle qui la mena sur ce chemin de traverse.

Elle ne cherchait ni indulgence ni compréhension elle parlait d’elle, simplement. Bien souvent elle s’aventurait à fouiller les recoins de mon cerveau pour essayer de comprendre ce qui pouvait mener un homme à recevoir ce traitement si particulier. Je ne le savais pas moi-même. J’avais longtemps réfléchi à la question sans en connaître la réponse. Était-ce du fait de ma vie d’enfant battu ou bien à cause de mes maladresses avec les femmes ? Je ne savais pas. Quant au concept de souffrir pour trouver du plaisir, il me semblait complètement absurde. Je ne perdais pas mon temps à chercher des explications parce que je savais que la vraie raison ne pourrait que nuire à mon équilibre, mieux valait parfois se voiler la face qu’être confronté à ses turpitudes.

« À bientôt » ordonna-t-elle, refermant la porte sur moi.

Texte écrit pour l’atelier d’écriture des mots, une histoire chez Olivia, Les mots du jour : Dévergonderfantaisierebellemèchecheveuxépiblépré – pâquerette – gazonbottecravache

 

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