Un écrivaillon

J’ai écrit pour la catégorie hors-jeu, hors-délai, hors-limite pour le concours des Carnets Paresseux, dont le règlement est ici .
Je me suis fait plaisir en espérant faire plaisir également.

La découverte dont elle venait de me parler me fit sourire, je ris sous cape.

Je me suis dit qu’être moqueur n’était sans doute pas la meilleure solution. Il me fallait ménager sa susceptibilité. Février ne comportait que 28 jours, 28 étant un multiple de 4 et la semaine comportant 7 jours, je n’en dis pas plus.

En fait je suis né en février, le même jour que Victor Hugo, Jean Teulé ou Michel Houellebecq.

Qu’elle lut derrière mon épaule ce que j’écrivais suffit à la mettre en colère. Elle me traita de prétentieux, insinuant que même si j’écrivaillonnais un peu je n’avais pas la moindre once de talent et que cette similitude n’était due qu’au hasard.

Elle me lança furieuse « T’as vu ton âge, si tu avais du talent il y a longtemps qu’il aurait explosé. Tu n’es qu’un petit feu d’artifice foireux. »

J’eus la mauvaise idée de pleurer de rire lorsqu’elle m’avoua toute la considération qu’elle avait pour moi. Elle eut du mal à se maitriser. Mon rire franc l’excitait. Elle devint furieuse, s’énerva.

J’étais sans prétention l’écriture n’était qu’un passe-temps qui me servit bien des fois à garder mon équilibre. J’avais comme devise : « J’écris pour tenir debout. »

En effet aussi risible fut-elle cette thérapie m’avait aidé à affronter bien des ouragans. Ecrivant, déformant mon quotidien, ma plume canalisait mes émotions, mes faiblesses.

« Tu es infoutu de terminer ce que tu entreprends, continua-t-elle. Tu n’écris que des nouvelles que tu termines avec des pirouettes parfois un peu légères. »

Je ressentis comme une piqûre qui m’empêchait de bouger ou même de tourner la tête. Comme une aiguille dans la moelle épinière qui m’immobilisait. Le bout des doigts me picotait comme si mon sang n’affluait plus. La transparence soudaine de ma peau me surprit. Assis sur le siège devant l’ordinateur l’engourdissement ou la raideur me bloquait.

« Han ! cria-t-elle tandis que mes yeux se révulsaient, ça t’apprendra à copier tout ce que j’écris plagiaire. »

Le catana qu’elle m’enfonça entre les côtes était un vieux souvenir de mon année Erasmus passée à Tôkyô.

Je ne sus jamais si ce furent les mots ou mon sang qui me quittèrent en premier. L’écho de ma douleur se mua en prières.

1Q84 de Haruki Murakami

1Q84 Livre 1 Avril-Juin

 

J’ai reçu ce livre de PriceMinister dans le cadre de la Rentrée littéraire avec pour contrepartie d’en faire un billet.

1Q84 est un clin d’œil à Georges Orwell et son monde totalitaire mené par Big Brother. Kiu en Japonais veut dire 9, on s’en serait douté. Haruki Murakami crée un monde parallèle avec deux lunes, régenté par un Leader lui-même receiver des Little People, des créatures qu’on ne voit jamais. Dans ce monde certains peuvent entrer sans ne jamais pouvoir en ressortir, le Leader viole des fillettes en sacrifice, ou plutôt…

1Q84 est aussi l’histoire d’Aomamé la fille, et de Tengo, le garçon, tous les deux vivants avec un pacte d’amour qu’ils n’ont jamais franchi.

Leur seul point commun est d’avoir été à l’école ensemble lorsqu’ils avaient 10 ans, de s’être tenus la main parce qu’ils partageaient une galère identique celle d’entrer chez les gens chaque dimanche, avec pour raison des uns d’être Témoins de Jéhovah et, de l’autre, de collecter la taxe sur l’audiovisuelle, chacun profitant du moment où les gens sont chez eux.

Vingt ans plus tard, Aomame est coatch sportif, elle connait chaque muscle du corps humain et sait comment l’étirer, le soulager mais aussi comment ôter la vie en douceur. Sa réputation de coatch la met en rapport avec une femme d’affaires en retraite, qui consacre son énergie et son argent à aider les femmes battues. Cette femme utilise les connaissances et le savoir-faire d’Aomame, pour supprimer les maris impunis. Aomane est donc une tueuse professionnelle. Son destin est tracé sans qu’elle le sache. Aomane entre dans ce monde aux deux lunes, dans l’année 1Q84.

Vingt ans plus tard, Tengo est professeur de mathématiques dans une classe préparatoire mais sa passion est l’écriture. Il écrit des articles pour un éditeur peu scrupuleux qui lui demande de réécrire La chrysalide de l’air un roman écrit par Fukaéri une jeune fille de 17 ans, jolie, fascinante et peu expressive.

Tengo réécrit l’ouvrage qui devient un best-seller. Ce livre raconte la vie de Fukaéri, violentée par le Leader, dans ce monde parallèle, Fukuéri lui raconte son histoire et Tengo à son tour découvre la chrysalide de l’air…

 Haruki Murakami nous ballade dans une histoire ou s’entremêle l’amour, le sexe, la cruauté, faisant fi de tout principe. L’écriture est fidèle à l’ordinaire, poétique, envoutante et ensorcelante. Il ménage le suspense pour nous tenir en haleine jusqu’à la dernière page. Après Kafka sur le rivage le conte philosophique continue et la question devient : Comment passe-t-on d’un monde réel à un monde imaginaire ?

Inutile de préciser que ce Livre 1 à entraîné la lecture du Livre 2 et que ces onze cents pages se lisent d’une traite, sans réfléchir en perdant toute notion de temps.

Pénétrer dans 1Q84 c’est entrer dans l’univers d’un conteur hors norme.

Vous pouvez vous procurer 1Q84 chez PriceMinister