La vie est belle

            ® Leiloona
® Leiloona

La vie peut parfois sembler longue ensemble. Il arrive qu’on n’ait plus rien à se dire mais ça ne dure qu’un instant. Les souvenirs sont inscrits au fin fond du cerveau et si l’ennuie se fait sentir la boite de Pandore s’ouvre pour raviver la flamme vacillante.

On semble s’ennuyer, chacun affairé mais détrompe-toi ! C’est une pause bien méritée pour elle comme pour moi. Lui dire que je l’aime la ferait bien rigoler. Ce n’est pas ce qu’elle a envie d’entendre. Elle le sait, elle n’en doute pas un instant.

Je regarde mes mains, qui l’ont touchée, caressée, éprouvée sans que je m’en lasse, sans qu’elle s’en lasse. J’espère. Sur mes doigts est inscrite  l’empreinte de son corps et chaque fois que je les regarde, je suis au regret qu’ils ne parlent pas. Les doigts sentent ce que les yeux ne voient pas.

Sa peau est encore douce…Mais c’est sans intérêt pour toi. Pourtant, elle est toujours attendrissante quand elle est nue sur le lit et je ne la désire que plus. Eh oui ! Ne crois pas que la passion s’étiole avec le temps. Tout est question d’osmose, de vouloir.

Elle aime le rosé frappé, quand le verre mouille la main parce que le contenu est glacé. Cette main qu’elle essuie d’une façon gracieuse alors que ses yeux me cherchent. Cette main qu’elle passe au creux de mes reins, dessinant mes fossettes, cette main irrésistible, qui…

Il y a longtemps qu’elle m’a envoûté mais je n’ai aucune envie d’en rompre le charme. Pourtant tu te demandes pourquoi je suis dubitatif. Ce qu’elle vient de m’annoncer m’a laissé interdit. Je ne sais que dire.

Je devrais m’en aller sur le champ, la gifler ou grimper l’escalier pour m’enfuir. Mais je n’ai pas le courage de partir. J’essaie de digérer ce qu’elle vient de m’apprendre. La claque c’est moi qui l’ai prise elle est aussi violente que si j’étais allé me jeter sur un bus à cinquante kilomètres heures. Je suis K.O.

Je cherche la solution en contemplant le bout de mes doigts, dire que je suis heureux peut-être pas ! L’idée de la partager avec un autre m’est insupportable, elle n’a toujours été qu’à moi et à moi seul. Rire ou pleurer, je ne sais plus, voilà qu’à presque soixante ans ma vie, nos vies, sont bouleversées.

Tu ne vois pas le sourire qu’elle affiche au coin des lèvres, malicieux, parce qu’elle est heureuse. Radieuse même. Quant à moi je perds mon calme, j’ai besoin de courir, de crier, de grimper les marches quatre à quatre, de taper dans le mur. Je suis énervé comme une puce.

Aussi incroyable que ça puisse paraître, je vais enfin être papa.

une-photo-quelques-mots1-300x199Ecrit pour l’atelier d’écriture : Une photo, quelques mots chez Leiloona

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Zelda de Jacques Tournier

« Et nous luttons ainsi, barques à contre-courant, renvoyés sans fin au passé. » Ce sont les mots que Zelda à fait graver sur la tombe de Scott avant de le rejoindre pour l’éternité.

Gilles Leroy puis Jacques Tournier ont à nouveau mis le feu aux poudres l’un avec Alabama song (2007)et l’autreavec Zelda (2008). L’énigmatique histoire de Scott et Zelda fait encore couler de l’encre bien que nous ne saurons sans doute jamais la vérité. Leurs vies d’écrivains restent un mystère, qui des deux avaient le talent ? Scott et Zelda sont à la fois un mythe et une histoire d’amour dans lesquels se mêlent folie et alcoolisme. Lire la suite

Amour dans une petite ville de Wang Anyi

Quatrième de couve :

Dans une petite ville comme les autres en Chine, à l’époque de la Révolution culturelle, un garçon et une fille vivent une passion physique intense et bouleversante. Tous deux danseurs dans la même compagnie luttent avec violence contre l’irrésistible attirance qui les lie l’un à l’autre en défiant tous les interdits.
Les corps qui dansent, qui se battent, qui s’aiment avec une fureur désespérée ou une joie radieuse, leurs odeurs, la sueur, la mélopée des porteurs d’eau près du fleuve où ils se rencontrent en secret, l’ardeur du soleil et le refuge de la nuit : dans une langue envoûtante, lancinante, ces pages racontent l’irruption du désir et des corps à une époque où ils étaient bannis. Les deux adolescents combattent en vain cette flamme qui jaillit du plus profond de leur être et qui incarne la force même de la vie.

Ce roman parue dans les années 1986-1987 en Chine, fit scandale par la franchise avec laquelle était abordée la sexualité. C’est un texte d’une grande violence, curieusement détaché aussi, sans autre morale que celle des corps, de la puissante palpitation de la vie, qui ne connaît ni barrière, ni loi ni tabou.

Biographie de l’auteure

Née en 1954 de parents tous deux écrivains, Wang Anyi, enfant précoce, est capable dès l’âge de quatre ans de réciter des poèmes classiques, dont Le Chant des regrets éternels du poète Bai Juyi (IXe siècle), dont elle reprendra le titre, bien des années plus tard, pour le donner à son roman. C’est encore une enfant quand son père, traité de droitiste en 1957, est démis de ses fonctions dans l’armée. Dix ans après, la Révolution culturelle va ranger sa mère, comme nombre d’écrivains, parmi les « esprits malfaisants ». Elle se réfugie dans la lecture des grands écrivains chinois et étrangers, notamment Balzac. Depuis la parution de ses premiers textes en 1976, elle ne va plus cesser de publier nouvelles, romans et essais, remportant de nombreux prix littéraires. Le chant des regrets éternels, paru en 1995, obtiendra l’une des plus hautes distinctions chinoises, le prix Maodun, en l’an 2000. Elle est élue en 2001 présidente de l’Association des écrivains de Shanghai.

 

« Chaque soir, à la tombée de la nuit, abandonnant le studio plongé dans l’obscurité, ils disparaissent. Comme des fantômes, ils ne ressurgissent l’un après l’autre dans la cour que lorsque la brume fait pâlir la nuit et que les trois étoiles d’Orion se couchent à l’ouest. Cheveux ébouriffés, vêtements en désordre, yeux brillants dans l’obscurité, foulant les dalles humides, chacun rentre à tâtons dans son dortoir. Nuits de bonheur fou, caresses passionnées, corps contre corps, lassitude heureuse, orgueilleuse paresse. Ces caresses semblent s’infiltrer par tous les pores jusqu’à dans leur sang, tant ce sang court dans leurs veines en chantant avec allégresse. Ils soupirent presque de joie, ils voudraient faire part de ce bonheur à tout le monde pour que tous les envient. Pourtant, ils sont contraints de l’enfermer étroitement dans leur cœur sans en rien laisser filtrer. Car ils ont commis une faute. Elle a beau être ignorante, elle sait qu’elle a fauté. Elle ne sait pas ce qui est bien, mais elle sait ce que l’on ne doit pas faire. Lui qui est  intelligent le comprend encore mieux qu’elle : la faute est loin d’être vénielle. Mais elle est si attirante qu’ils ne peuvent résister.. Dès que leur corps se touchent, qu’ils s’unissent, la faute, l’interdit, le mal, tout cela cesse d’exister pour faire place à une joie faite d’excitation, de douleur et de peur. Ce qu’ils ressentent au début c’est de la peur mais c’est aussi le sentiment qu’ils dominent le plus vite. Elle qui est ignorante surmonte facilement cette peur. Lui qui est réfléchi sait encore mieux comment maîtriser cette peur. La peur disparue, il leur reste le regret de cette disparition. Jamais ils n’oublieront combien faire l’amour dans les tremblements de la peur était délicieux. Lutte entre la vive résistance opposée par la peur et la violence de l’attaque du désir dont leurs corps retiraient une jubilation aussi puissante que subtile. »

« Il bondit  alors sur elle. Surprise, Elle se débat vigoureusement. Même si elle aspire à cette attaque, même si elle est venue au bord du fleuve parce qu’elle était torturée par le désir, même si sa volonté est si faible qu’elle va s’effondrer dès qu’elle touchera le garçon, elle est vraiment terrorisée car elle sait que, cette fois, tous ces efforts vont être réduits à néant. Elle a l’impression d’être debout au bord d’une falaise, de voir des nuages blancs qui flottent à ses pieds, elle sait qu’au-dessous s’étend une gorge insondable. Elle de débat vraiment, mais lui a perdu toute raison, il est comme une bête sauvage décidée à se battre jusqu’à la mort. À bout de force, elle se défend en vain. Parce que son corps est resté si longtemps solitaire, que le désespoir a détruit son désir, qu’elle oppose uen résistance sincère et énéergique, parce qu’à cet instant elle n’y est pas préparée, de façon inattendue, elle est submergée par une immense sensation de jouissance telle qu’elle n’en avait jamais connue. Cette plénitude efface tout ce qu’elle avait vécu auparavant. On peut mourir sans regret quand on a connu un tel instant. Cette joie irradie jusqu’aux moindres parcelles de son corps, sa jouissance n’a jamais atteint de tels sommets. Elle a un goût d’éternité, comme une cérémonie d’adieux parfaitement réussie. Lui aussi ressent cet instant comme exceptionnel. »

Au sud de la frontière d’Haruki Murakami

« Aujourd’hui encore, je me rappelle nettement cette sensation si différente de tout ce que j’avais connu jusqu’alors, et de tout ce que je ressentis par la suite. C’était simplement la menotte tiède d’une fillette de douze ans. Mais il y avait à l’intérieur de ces cinq doigts et de cette paume comme dans une mallette d’échantillons, tout ce que je voulais et tout ce que je devais savoir sur la vie. Lire la suite