Chapter 5

Nina s’enfuit, se mit à courir comme elle l’eut fait à quatorze ans après avoir volé une montre au Monoprix. Elle ne voulait pas réfléchir. Les deux cognacs l’avaient un peu abrutie. L’espoir qu’elle avait mis dans cette rencontre, pour retisser le lien familial venait de se briser à jamais. Elle était seule, désespérément seule.

Le ciel se couvrit d’un seul coup, reléguant le soleil derrière des cumulus gorgés d’eau. De grosses gouttes s’écrasèrent sur le sol, ricochèrent sur le bitume dans un mouvement presque figé. La pluie était froide. Nina leva la tête, repoussa ses cheveux en arrière, ferma les yeux, offrit son visage à l’averse. Sans bouger. Larmes et pluies, pluies et larmes mélangées. Rimmel qui s’étalait sur les joues. T-shirt qui collait à la peau dessinant une poitrine enfermée dans un soutien-gorge rembourré. Un jean déjà trop serré qui s’alourdissait sous l’offensive du temps. Elle ne voulait pas pleurer. Et puis pleurer sur quoi ? Pleurer sur ce père qu’elle n’a pas connu, pleurer sur elle–même, pourquoi ?

Elle regarda les 247 marches qui la défiaient pour monter à la cathédrale. Ces pierres asymétriques, luisantes sous la pluie. Son pantalon mouillé l’encombrait mais il lui fallait faire cet effort inutile, grimper ces marches en courant, comme un dépassement pour oublier. Oublier que, ce qu’elle espérait ne serait jamais. Illusions perdues.

Elle n’avait pas envie de revoir sa vie en détail, trop triste. Bien trop triste. Sans famille. Elle devait réfléchir se prendre en mains. Stopper ces vols à l’étalage.

Les premières marches lui firent mal, le corps un peu raide, les pieds mal assurés sur des rebords glissants. Elle essaya de caler sa respiration pour ne pas s’asphyxier, repoussant toute pensée qui ne serait pas liée à l’effort immédiat.

Ses cheveux noirs, frisés sous la pluie, trainaient derrière elle comme un voile. On eut dit que la nature ne voulut pas gâcher la magnificence de l’instant et s’arrêta aussi subitement qu’elle débuta.

Était-ce le signe d’un nouveau commencement !

Si Nina ne faiblit pas, empilant les marches une à une, sa respiration régulière l’aidait dans sa progression. Mais elle revit les images s’imposer, sans pouvoir les chasser. Le corps disloqué en l’air, les visages satisfaits des agresseurs, le sang. Les policiers. Les pompiers. Le capitaine. Elle voulut tirer le rideau pour cacher sa tristesse. Elle rata la marche, recula en glissade, s’affala contre la rampe.

Juste un cri d’amertume, d’énervement. Elle frotta sa cheville, ignorant le mal, shoota dans une marche. Transcendée par la rage, elle reprit sa course effrénée. Ce n’est qu’au sommet qu’elle avisa, savoura sa joie à la Rocky Balboa puis laissa le vague à l’âme la submerger.

« Papa » murmaura-t-elle, des mots étrangers, à la fois troublants et douloureux. S’ils effleuraient ses lèvres, c’était par besoin d’appartenance, une reconnaissance dont elle avait besoin.

Ses cuisses étaient raides dures, peu habituées à l’effort violent. Nina hésitait entre s’asseoir et reposer ses muscles ou marcher lentement pour se détendre. L’effort fut violent. Une douleur se fit ressentir à la cheville. Elle se baissa massant l’articulation, espérant ainsi atténuer la souffrance.

En s’accroupissant, l’image rejaillit. Le corps de son père allongé par terre, le rictus de la bouche et le sang qui s’étalait. Elle vomit une espèce de liquide jaunâtre qui lui brula la gorge au passage. Le cri qui accompagna son éructation la laissa interdite.

« Je peux faire quelque chose pour toi ? «  s’enquit un jeune homme, derrière elle alors qu’elle s’essuyait la bouche d’un revers de main.

Elle ne bougea pas, ne relevant pas la question. C’est lorsqu’il se campa devant elle, une main dans la poche du pantalon, qu’elle leva la tête pour le trucider sur place.

Impassible, il réitéra son offre, s’agenouilla pour regarder la cheville qu’elle massait. « Un peu d’Arnica pendant quarante-huit heures et la gêne s’estompera » ajouta-t-il tandis que dans sa tête, elle changeait déjà le chargeur de son colt 45.

Il ignora la menace, prit d’une main assurée la jambe contusionnée, massa délicatement l’articulation. Médusée, elle ne dit rien, ne bougea pas non plus. Elle suivit du regard les gestes répétitifs, le massage circulaire autour de sa cheville. Elle le dévisagea, de la tête jusqu’à la main, observant son air concentré.

Il la questionna, les yeux noirs brillants plongés dans les siens : « Je ne te fais pas mal ? » Elle soutint le regard, amusée, sans répondre. « Tu es muette ? » continua-t-il.

La réponse fut laconique, un « non » timide auquel il ne s’attendait pas. Quant à elle, elle sentit la hargne qui l’habitait fondre d’un coup comme si le pourpoint dont elle se revêtait, venait d’exploser.

« Viens, dit-il, il faut marcher un peu. Appuie-toi sur moi si besoin. On va descendre par derrière tranquillement. Pose ta jambe. Si tu te mets à boiter maintenant, tu en auras pour trois jours, ce n’est pas ce que tu veux j’imagine ! »

La bonté du garçon l’étonnait. Il ne demandait rien, se proposait de l’aider. Néanmoins elle restait sur ses gardes, pas impossible qu’ensuite il ait des exigences. Elle les connaissait les mecs. Cependant elle avait besoin de cette gentillesse, de son attention et vouloir profiter de cet instant lui semblait de bon augure.

Elle enroula son bras autour du sien, du même côté où elle s’était endolorie. Alors il l’avertit : « Non, c’est de l’autre côté que tu dois te mettre comme avec une canne à l’opposé de la blessure. » Elle le contourna, se mit dans la même position comme si elle se cramponnait, les bras autour du sien.

Il marcha lentement, ajusta son pas au sien. La regarda serrer les dents lorsque son pied toucha le sol. Il s’arrêta devant la pharmacie « Attends-moi » commanda-t-il. Elle le regardait discuter avec la pharmacienne. Elle vit la fille sourire, secouer la tête, alors qu’elle envoyait ses longs cheveux en arrière qui redescendaient lorsqu’elle baissa la tête vers le moniteur informatique. Elle tourna les talons, lui apporta un petit tube bleu, éclata de rire tandis que Nina incrustait ses ongles dans les paumes de ses mains, au fond de ses poches.

Lorsqu’il sortit du magasin, qu’il lui donna une dose du médicament à glisser sous la langue, elle retrouva son calme, reprit possession de son bras pour marcher même si ce n’était qu’un prétexte, elle avait besoin de chaleur humaine.

Elle refusa qu’il l’accompagne jusqu’au foyer. Sa condition irrémédiable d’orpheline lui pesait. Elle n’avait pas envie d’en parler, elle venait de décider que ce serait son secret qu’elle ne partagerait plus, jamais. Mentir était facile elle en était coutumière.

Lorsqu’il lui communiqua son numéro de téléphone, elle déposa le papier au fond de sa poche. L’évidence la cloua. Elle devait trouver le moyen de se procurer un téléphone, de l’argent, de vivre comme les autres.

Le visage aux cheveux noirs ondulés en arrière qui la regardait gentiment lui inspirait confiance. Les sourcils broussailleux, le sourire au coin des lèvres, la peau un peu tannée. Il émanait de lui une douceur et un réconfort dont elle sentait le besoin. Il l’apaisait.

« Viens boire un café » entendit-elle alors qu’il poussait déjà la porte d’un bar, se dirigeait vers la terrasse et qu’elle lui avait emboité le pas. Il l’attendit, la laissa choisir sa place.

Il lui donna le petit tube bleu, lui indiqua la posologie.

« Tu n’as pas froid ?

— Je ne sais pas, je n’y pensais pas » Son pantalon était encore humide et épousait ses formes. Elle se leva, dit simplement : « Excuse-moi, je reviens. »

« Qu’est-ce que tu veux boire ?

— Ben tu m’as proposé de boire un café !

— Et ?

— J’aime pas ça !

Il pouffa de rire alors qu’elle le contemplait interloquée. Elle se détourna puis lança :

— Un chocolat alors. Revenant en arrière Nina s’appuya des deux mains sur la table, visage à hauteur du sien et demanda :

« Tu t’appelles comment ?

— Angelo. »

Ichi Rittoru No Namida le film

C’est l’histoire d’Aya Kito une lycéenne de 15 ans, que sa mère emmène en consultation chez le médecin parce qu’elle fait des chutes à répétition. Lors de la dernière , elle s’est fait une coupure au menton mais le médecin est surpris que ses mains ne soient pas blessées. il en déduit qu’elle n’a pas mis ses mains en guise de protection. De ce fait, il préconise une série d’examens à l’hôpital.

Après une IRM, la doctoresse découvre que la jeune Aya est atteinte d’une atrophie cérébrospinale. En d’autres termes, elle annonce à la maman que la maladie est dégénérescente, que sa fille perdra l’usage de ses mouvements, de ses sensations et qu’elle est condamnée. La maladie est connue mais il n’existe aucun traitement pour la soigner.

 1 Rittoru no NamidaAya s’accroche, elle veut vivre, NORMALEMENT. Elle ne veut pas quitter le lycée, ses amis. Pourtant son état s’aggrave de mois en mois. Elle marche de plus en plus mal, monte les escaliers de plus en plus difficilement.

Elle admire sa mère et comme elle, veut rendre aux autres. La doctoresse, connaissant les dispositions de la jeune fille pour l’écriture, lors d’une consultation lui offre un journal intime pour qu’elle consigne son quotidien. Elle lui explique qu’ainsi elle pourra faire avancer les choses et rendra service à tous ceux qui comme elle auront cette maladie. C’est ce que fait Aya pendant six ans.

Les journaux ont été publiés lors de sa 25ème année sous le titre : « 1 rittoru no namida » soit « 1 litre of tears »

Le film est tiré de ses journaux intimes qu’elle écrivit tant qu’elle put parce que c’est une histoire vraie. Aya a résisté 10 ans à la maladie, avant…

Évidemment c’est un film qui fait couler des larmes mais on ne peut que louer le courage de cette jeune fille qui jamais n’en voulut à la terre entière.

La performance de l’actrice Onishi Asae, 21 ans à l’époque du tournage est assez impressionnante

Voici le lien pour voir ce film en VOSTFR      (Version Originale Sous-Titrée en FRançais)

en cherchant bien vous trouverez aussi le drama et ses onze épisodses

 1 Rittoru no Namida 2

Le trailer mais il n’est pas en français :

http://www.dailymotion.com/video/x5iddc_trailer-1-litre-of-tears-the-movie_shortfilms#.UY48wsoZluI