Time de Kim Ki-duk

TimeTime (Shi Gan) est un film Coréen de Kim Ki-duk sorti en 2007 réalisé après l’Arc.

Seong Hyeon-ah
See-hee avant la chirurgie. Seong Hyeon-ah
18117667
Ji-woo — Jung Woo-ha vu dans Kundo

L’histoire :
See-hee (Park Ji-yeon) vit avec son copain Ji-woo (Ha Jung-woo) et supporte difficilement que ce dernier regarde les autres filles. Son cruel dilemme est de n’avoir qu’un seul visage et un seul corps à montrer, elle craint la lassitude de son compagnon et l’usure du temps.
Dans un salon de thé, ce jour-là, elle lui fait une scène épouvantable parce qu’il a rendu service à deux jeunes filles et que l’une d’elles lui a donné sa carte. Si See-hee fait l’amour avec Ji-woo la nuit suivante c’est sans doute un peu comme un cadeau d’adieu ou pour se prouver qu’avec le temps il s’est lassé d’elle.
Le lendemain elle disparaît, quitte son appartement, son travail, résilie son abonnement téléphonique. Ji-woo la cherche, en vain. Elle est introuvable.
See-hee est dans une Clinique Esthétique décider à se faire refaire le visage malgré l’avis du chirurgien. Elle devra patienter six mois avant que les cicatrices ne soient complètement résorbées.
Ji-woo est toujours amoureux d’elle. Il la cherche désespérément, croit la voir partout. Sa tristesse est incommensurable. À tel point que ses amis organisent une rencontre avec une fille pour lui mais c’est l’échec total. Ji-woo ne pense qu’à See-hee.
Le garçon est photographe est son terrain de jeu favori se trouve sur l’île de Mo à 50 kilomètres au large de Séoul. Il adore les sculptures monumentales du Park-museum de Baemigumi. Ils étaient allés là-bas, par la navette, avec See-hee. Ils avaient fait ensemble de jolies photos. Six mois plus tard dans cette même navette pour l’île, il croit voir See-hee accoudée au bastingage mais ce n’est pas elle. Pourtant…
Elle s’appelle Sai-hee (Seong Hyeon-ha) et lui redonne vie. Il reprend goût à l’amour avec elle jusqu’à ce qu’il découvre que cette Sai-hee n’est autre que See-hee qui lui à temps manqué. Blessé Ji-woo lui hurle qu’elle a tout gâché et s’en va à son tour.
Il se fait refaire le visage. Sai-hee hante le salon de thé où ils avaient leurs habitudes et croit voir en chaque jeune homme qui entre le portrait de Ji-woo passé lui aussi au bistouri.

See-he après la chirurgie. Park Ji-yeon

Mon avis :
Encore un excellent film de Kim Ki-duk dans lequel il dénonce un des travers de la société coréenne, à savoir la chirurgie esthétique et la facilité avec laquelle les coréens et coréennes se font refaire le visage et le corps (Au féminin.com ou Liberation ).
Cependant ce qui m’a le plus intéressé c’est sa façon de traiter de la jalousie à travers le culte de la beauté.

Le réalisateur :
Je voue une tendresse particulière à ce cinéaste qui a un parcours atypique. Paysan d’origine né en 1960, militaire pendant 5 ans,il s’exile 2 ans dans un monastère pour devenir prêtre. Ensuite il passe 1 an en France où il découvre quelques films cultes (Le silence des agneaux, L’amant…) Puis rentre en Corée en 1993.
Il est en Corée du Sud ce qu’un Mocky est en France contesté et adulé, adoré et maudit.

foto_festival_cinema_venezia_2012_premiati_01_1
KIm Ki-duk récompensé par un Lion D’or à la Mostra de Venise

Kim Ki-duk dit dans le Korean Cinema Today : “People have asked me if I am a ‘moral’ person. I usually reply that I am not. I am not perfect. But I am a person who is not afraid to show the dark and poor sides of Korean society. This is my moral cause. I could make much cleaner films than my previous projects, but I am afraid I might be blamed for doing something “normal.” At the same time, I am afraid that I will not have the creativity to make mainstream films in the future because of my background with controversial subjects.”

On trouve le film en VO sous-titrée en anglais, c’est la version que j’ai vue.

coreelogo2francecoree20152016

La vie rêvée des plantes de Lee Seung-U

lee-seung-u-la-vie-revee-des-plantesQuatrième de couverture :

Énigmatique et pénétrante, l’atmosphère de La vie rêvée des plantes irradie d’un mélange déroutant d’infinie délicatesse et de violence extrême.
Comme dans le jeune cinéma coréen, l’audace narrative l’emporte ; on est pris à la gorge. Contraint d’espionner sa propre mère pour un mystérieux commanditaire, Kihyon est confronté à d’obscurs secrets de famille. Par tous les moyens, il tente de réparer les blessures du passé, entre une mère au comportement étrange, un père réfugié dans la culture des plantes et un grand frère adoré et haï, amputé des deux

jambes à l’armée.
La folle passion de Kihyon pour l’ancienne petite amie de son frère n’arrange en rien la situation. Dès lors, sa confession, lourde de silence et de résignation, de culpabilité et d’espoir insensé, nous plonge dans les formes les plus crues et les plus élevées de l’amour.

 

Kihyon est détective privé. Un commanditaire anonyme le paye pour espionner sa mère. Ce faisant il découvrira un certain nombre de secrets de famille.

Le livre commence ainsi :

« -Pourquoi riez-vous ? »

Lorsque, ouvrant des yeux ronds, elle m’a posé la question, moi je songeais à tout autre chose. Rouge à lèvre moiré, short moulant, la fille n’avait pas l’air d’apprécier. Sans doute me prenait-elle pour un client réfractaire. Bien entendu je ne me souciais guère de savoir si elle avait un tant soit peu d’humour. Je me disais seulement que son rouge à lèvres faisait un peu bizarre. Rien de plus.

Le détective est en train de choisir une prostituée dans le quartier chaud de Séoul. Il effectue cette tâche pour son frère ainé, amputé des deux jambes à l’armée. La prostituée est thérapeutique.

Mais avant d’être amputé son frère était photographe, photographe de rue, il saisissait les scènes dérangeantes des manifestations populaires dans cette Corée du Sud d’après guerre dirigée par le dictateur Park Chung-hee.

Non seulement, son frère était un photographe exceptionnel mais il avait la chance d’avoir une copine, Sunmi, magnifique jeune fille, bibliothécaire et accessoirement auteur-compositeur et interprète d’une seule et unique chanson, écrite et chantée pour ce frère dont elle est profondément amoureuse.

Mais Kihyon est aussi amoureux de Sunmi et chaque fois qu’il l’entend chanter cette chanson il enrage. Il aimerait que Sunmi chante pour lui. Quand il entend le rire cristallin de la jeune fille au travers de la cloison, c’est une torture pour lui.

Il vivait tous les quatre. Le père, le mère et les deux garçons. Chacun prenant ses repas séparément, le père parlant à ses plantes et la mère vacant à ses occupations.

Je n’en dirai pas plus à propos de ce livre magnifique. Il y a quelques temps qu’un livre m’avait mis dans des états pareils. D’abord il est dérangeant parce qu’il est cru. Ensuite il est émouvant parce qu’il draine une profusion de sentiments, de l’amour à la haine.

Kihyeon est le fil rouge de cette enquête. On peut le haïr tellement il est vil parce qu’il est amoureux de Sunmi comme on peut l’aimer tellement il bon pour son frère et Sunmi.

C’est la mère de Kihyeon qui lui explique, en parlant longuement, les crises de l’aîné : « Il se masturbe, il se met du sperme partout, c’est affreux. Après ces moments d’agitation, il s’effondre littéralement et s’endort comme une souche. Le psychiatre qu’on est allé voir dit que les pulsions sexuelles sont un exutoire à son trouble mental. Quand la tête perd son équilibre, il paraît qu’on cherche une issue pour ne pas exploser. C’est ce qu’on a refoulé trop longtemps qui surgit dans ces moments-là. Les crises prennent des formes différentes selon chacun, mais pour ton frère, ça se passe ainsi. »

Puis cet autre lorsque Kihyeon va retrouver son père dans le jardin : « Il s’est retourné en posant un doigt sur ses lèvres. Il était accroupi devant un arbuste dont il caressait les feuilles. Je ne comprenais pas pourquoi il me faisait signe de me taire, et, sur le coup, je n’ai pas réussi à lui demander.

Je l’entendais murmurer tout en caressant les feuilles. Aucun doute, il était en train de parler à la plante. Ce qu’il disait était inaudible, et puis les arbres, ma foi, n’ont pas d’oreilles. Celui-là n’entendait pas plus que moi. »

Ce qu’en pense la librairie Mollat :

 vie-revee-plantes-seung-lee-2aoe7_2iynl_.html

Je redirai pour terminer que c’est un livre MAGNIFIQUE.

 Lee-Seung-U-©Zulma-

 Challenge : Printemps coréen sur le blog : La culture se partage