Vengeance 2

Le thème des impromptus littéraires :
La semaine passée vous avez rendu la monnaie de sa pièce à celui, celle ou ceux qui vous avaient blessé(e).
Et si cette semaine on reprenait les mêmes pour recommencer?
Recommencer en pire ou en mieux, monter d’un cran dans la vengeance ou adopter une toute autre attitude, remettre les compteurs à zéro.
urlMia passa quelques temps à l’hôpital après son l’agression de Fred. Elle eut le temps de réfléchir. Elle fut prise en charge par un urgentiste compétent qui fit des prouesses. Une légère chirurgie esthétique et son corps résorba les marques des coups de cutter.
Lorsque la police lui apprit que Matt était mort carbonisé dans l’incendie de la vieille bâtisse, mille et une questions l’effleurèrent. Son imagination travaillait à la vitesse de la lumière, écouter en même temps Groovy un LP de Chet Baker la stimulait mais elle ne comprenait pas pour autant les motivations de cet incident.
Fred était à l’hôpital psychiatrique. L’enquête conclut à l’homicide volontaire mais le jeune homme retrouvé dans le cercueil de son ami Vince perdit la raison. Les experts plaidèrent l’irresponsabilité, il fut enfermé dans un asile psychiatrique, gavé de neuroleptique au cas où l’envie lui prendrait de récidiver.
Mia criait vengeance, Fred l’avait mutilée et tué Matt. Elle retrouva sa trace par hasard. Le médecin chef refusa de lui accorder un permis de visite dans un premier temps puis finit par lui délivrer une autorisation.
La première fois qu’elle le vit dans cette espèce de tenue informe particulière aux aliénés elle eut presque pitié de lui. Sa tête dodelinait comme un métronome marquant le tempo, il murmurait quelque chose qu’elle ne comprenait pas. C’est en s’approchant qu’elle reconnut les mots qu’il répétait inlassablement « I’m so lucky to be loving you. » tout droit sorti d’un morceau de Chet.
L’émotion la saisit , une larme coula même mettant son rimmel à rude épreuve. Il connaissait sa passion pour le trompettiste et malgré son état essayait de communiquer.
Pourquoi ?
Fred l’avait agressée. Il avait sans aucun doute trucidé Matt. Bien sûr qu’elle lui en voulait, qu’elle le détestait mais le voir dans cet état la peinait. La dualité de ses sentiments la troublait.
Au fur et à mesure de ses visites, elle sentit l’agitation du garçon. Si elle n’en eut pas conscience auparavant, elle comprit enfin qu’il était amoureux d’elle. Cependant cette découverte n’excusait rien.
Seuls au fond du parc, elle se livra à lui derrière le grand chêne, justicière sans doute moins équitable que Saint-Louis. C’est là qu’elle comprit que son propre corps le réclamait depuis longtemps.
Elle aimait à voir ses yeux se révulser. En proie aux tranquillisants, il la désirait néanmoins pour preuve son enthousiasme à provoquer ses attentions.
Le médecin chef de l’hôpital s’étonnait des progrès de son patient sans les expliquer. Et ce n’était ni Mia qui allait épiloguer ni Fred incapable de mettre des mots sur ses sensations.
Dans un premier temps les conclusions du médecin semblaient de bon augure. La santé de Fred s’améliorait, il lui semblait évident que Mia en était l’auteure. Puis s’ensuivirent fièvres, céphalées, douleurs musculaires ou rougeurs que personne ne détecta. Même Fred sous médicaments ne réagit pas à ces changements.
Mia continuait ses visites, entretenait ses relations intimes avec lui, parfois avec des larmes plein les yeux. Elle se donnait avec dévotion, il la possédait avec amour.
Les symptômes d’une maladie quelconque disparurent. Fred était enthousiaste aux visites de celle qu’il vénérait depuis toujours.
C’est lors de son hospitalisation qu’elle sût qu’elle était séropositive. Elle reconnût les premiers symptômes sur Fred, fière de sa vengeance elle pouvait enfin disparaître, sans regret, sans émotion. La nature ferait son œuvre.
Lorsqu’elle quitta l’hôpital ce jour-là les écouteurs du smartphone sur les oreilles, la mélancolie de Kind of blue de Miles Davis la submergeât.

Aujourd’hui ce qui pourrait me faire passer pour un fou 51/365

gustave-courbet-autoportrait-desespereLa folie me fascine, d’ailleurs mon avatar n’est autre que « le désespéré » de Gustave Courbet dont on sait peu de chose, un tableau de jeunesse ai-je lu. J’ignorais cependant que ce monsieur était un personnage très tourmenté.

J’ai essayé de reproduire, le même visage dans la glace et j’ai réussi à me faire peur. Une des grosses différence qu’il y a entre le tableau et moi, si ce n’est l’âge du modèle, est que ce matin je me suis rasé la tête pour des raisons pratiques et qu’en reproduisant la même pause je parais encore plus fou.  J’ai donc détruit ces clichés surtout ne rien conserver de ce qui pourrait me faire passer pour un fou.

Il s’agit d’exercices de style proposés par Raymond Queneau, à savoir écrire un texte chaque jour commençant par « Aujourd’hui » avec un thème que l’on trouve ici.

Les consignes sont assez simples; il faut écrire sur le vif, pas plus de cent mots, le texte doit être vrai et suivre la thématique.

Le fougueux

Joanna hiffernan
Joanna hiffernan

D’aucuns diront qu’ils furent choqués, certes l’artiste fut outrageux repoussant les bornes de son univers, mais quoi qu’en disent les chastes, les pieux et même les aliénistes l’œuvre fut magistrale et tellement réaliste. En tout cas elle ne laissa personne indifférent.
Les fous furieux, les prudes ne manquèrent pas de l’insulter, lui promirent la camisole, tentèrent de ruiner son quotidien mais le fort en gueule s’obstina, but plus que raison et peignit encore plus, les poils de son blaireau crissants sur la toile dans un geste de démence.
Le pinceau à l’ouvrage, la main, le bras ne tremblèrent jamais ; Le rugueux avait la maîtrise de son art et ce qu’il découvrit au fil de sa peinture fut certainement ce que tout rêveur espérait voir à l’ordinaire.
Le stentor, le zinzin avait le contrôle de son œuvre. Il appliquait la peinture avec violence sûrement pour rester maître de ses émotions. L’ode à la femme, l’extravagance de l’homme, furent le détonateur du savoureux mélange entre l’artiste et le modèle. Il l’esquissait, elle s’abandonnait à son regard le feu aux joues.
Allongée sur la bergère dans une pose indécente que le maître lui imposa, elle fut parfois honteuse et d’autres fois ravie. Lui voyait et reproduisait ce qu’elle n’avait jamais vu d’elle. Il dessinait, croquait, exposait son corps en pleine lumière puis recouvrait son œuvre d’un drap qu’il lui interdisait de soulever.
Pour elle, l’image était obsédante. Elle désirait se voir, lasse d’imaginer ce qu’il avait ébauché d’elle. Elle rageait, tempêtait. Le vin qu’il buvait lui donnait un air cinglé, toqué. Il abusait, vidait la bouteille comme si ça vie en dépendait.
Les conséquences de son abandon étaient inévitables, le maître, l’artiste, l’homme lui rendait un hommage enragé, furieux, effréné après chaque séance. Il commentait le grain de sa peau, effleurait sa douce toison qu’il étirait autour de son index ou s’acharnait comme un hussard dans ses escapades farouches lui laissant parfois quelques bleus qu’il ignorait.
On rapporte que le commanditaire de la scène fut ruiné quelques temps plus tard, que Lacan orna ses murs de cette toile, qu’Orban dans un conte, se glissa dans la peau du modèle.
Aujourd’hui encore ce sulfureux tableau provoque bien des débats.

P.S. : Ceux qui me connaissent auront sans doute reconnu « L’origine du monde » de Gustave Courbet dont j’utilise l’avatar depuis quelques années. Le thème choisi par Asphodèle ne pouvait mieux tomber, il m’a suffi d’enfiler mon costume d’avatar pour parler de cet « illuminé » avec qui je partage ne serait-ce qu’un peu de sa folie.

Gustave Courbet-origine-du-monde-1866

Les mots qu’il fallait utiliser pour pour l’atelier d’écriture : Grain, conséquence, ordinaire, manquer, zinzin, camisole, extravagance, quotidien, douce, furieux, maîtrise, artiste, univers, abandon, psychose, conte, rêveur, bleu, aliéniste, bergère, escapade, onduler, outrageux, obsédant.

logo-plumes2-lylouanne-tumblr-com« J’ai exposé mon sexe devant « L’Origine du Monde » : mon geste n’a rien de transgressif. » raconte Déborah  de Robertis pour l’Obs du 5 juin 2014

La ballade de l’impossible, le film.

Ce film entre dans le cadre de l’année du dragon chez Catherine sur son blog.

Après avoir lu le livre de Haruki Murakami : La ballade de l’impossible, il me fallait voir à tout prix le film sorti en 2010. J’attendais impatiemment l’occasion de le pirater (chut!). Profitant de la canicule, j’ai enfin vu ce film en l’empruntant. Lire la suite

Un pas vers la folie

C’était la seule photo qu’elle avait laissée dans la maison. Je la détestais. Mais qui détestais-je le plus ?

Cette image avait une vie dans sa tête. Une vie que je n’avais pas partagée. Une vie d’avant moi, dont j’étais exclu et qu’elle m’avait imposée. Lire la suite

L’adieu

à swani@gmeil.be

Te voilà partie ! Je ne sais si je dois en rire ou en pleurer, j’ai tellement espéré ce moment qu’y être confrontée me laisse comme dans un rêve. Je n’ai évidemment pas dormi, rentré et trouver la maison vide à été un tel choc émotionnel que je me suis laissée aller à verser des larmes. Pourquoi ai-je pleuré ? J’avais enfin ce à quoi j’aspirai. Étais-je prise par le remords et la peur de me retrouver seule ?

J’en doute ! Je t’ai aimée, je t’aime mais vivre au quotidien avec toi a été la pire expérience de ma vie. Cette hargne qui nous animait, ces rapports de force incontrôlables, ces paroles envenimées, tout cela dépassait l’entendement. Il s’en fallait de peu pour que nos mains remplacent nos mots et heureusement nous étions l’une et l’autre un tant soit peu civilisées pour éviter des situations désastreuses.

Heureusement nous n’avons pas adopté d’enfant ensemble ; dans notre folie destructrice, nous l’aurions oublié, perdu ou il serait dans un tel état psychologique que c’eut été une folie. De toi et de nos relations intimes, j’en resterai marquée à vie, nos rapports de force dans ces moments étaient d’un tel emportement que mon corps en conservera l’empreinte à vie. J’ai essayé de revivre ces moments avec d’autres, en vain !

Je me suis posé plusieurs fois la question au cours de ces cinq années de savoir si nous ne nous étions pas trompées de relation. Ce que nous avons pris pour de l’amour n’était-ce pas autre chose qu’une urgence sexuelle, un besoin de nous fondre l’une dans l’autre pour que nos corps s’épanouissent ?

Coelo le chat est sur mes genoux et se laisse caresser sans être hérissé, a-t-il compris  qu’une page était tournée et qu’enfin le calme serait notre quotidien ?

Je viens de découvrir ton message, glissé sous l’olibos d’ivoire : « Rejoins-moi à l’hôtel du Nord samedi prochain à 14 heures, chambre 217 »

J’y serai bien entendu.

Esmeralda.