Sad story

Cet oiseau, un rouge-gorge semble-t-il, a une histoire que nous partageons. Il vient frapper chaque matin à ma fenêtre. J’ai cherché longtemps quel était ce toc-toc que j’entendais puis un matin j’ai surpris cet oiseau magnifique qui cognait son bec contre le carreau.

Pour faire cette photo il m’a fallu quelques jours parce qu’évidemment le volatile détectait chaque mouvement, le temps que je prenne mon appareil, que je règle celui-ci il s’envolait. Je suis resté en embuscade debout sur une chaise pendant 20 minutes à le traquer en vain.

Puis un jour mon arme à la main, j’ai pu enfin l’immortaliser. Magnifique moment. Il revient encore chaque matin et frappe toujours à la fenêtre.

En fait la semaine passée en rentrant de la plage j’ai trouvé un petit oiseau dans l’évier de la cuisine, il faut dire que l’appartement est ouvert aux quatre-vents. J’y trouve des lézards mais surtout des colonies de moustiques qui me bouffent chaque pore de la peau. Je cohabite avec les lézards pour qu’ils se nourrissent de ces satanées bestioles qui me piquent parfois au travers de mes vêtements.

L’oisillon ne bougeait pas mais était en vie et ne paraissait pas apeuré. D’abord surpris, n’ayant jamais tenu un oiseau dans la main, je ne savais que faire. La personne qui était avec moi l’a pris délicatement et déposé sur l’herbe dans le jardin, puis nous avons bu une bière ensemble tout en parlant de cet évènement inattendu.

Le lendemain matin l’oisillon était couché sur le côté sans vie. J’étais dépité, triste me disant que j’aurai dû lui donner à manger, le laisser dans l’évier et que peut-être aujourd’hui il irait mieux.

C’est sa mère, je suppose qui chaque matin frappe au carreau et cherche son bébé désespérément et me rappelle mon incompétence.

Mon journal

une photo de @Kot

Ah la librairie de mon grand-père, quelle histoire !

J’y vais tous les mercredi après-midi lorsque je n’ai pas de cours, pour ne pas rester seul à la maison, enfin surtout parce que maman le souhaite.

Comme tu le devines j’y ai mes habitudes mais il m’arrive parfois aussi de m’y ennuyer alors je regarde par la fenêtre. La rue est calme, juste piétonne et en pente. Elle est pavée et lorsqu’il pleut, on est à Londres, ici c’est une vraie patinoire. Il arrive que certains tombent sur les fesses alors moi j’éclate de rire, je ne peux pas m’en empêcher mais je ne ris pas toujours comme tu peux le constater.

Grand-père vend tous les bouquins qu’on ne trouve pas ailleurs et si le classement est aléatoire, il sait toujours où se trouve celui qu’un client poussiéreux lui réclame.

Evidemment c’est pas à la librairie que je me ferais des copains !

Des livres y’en a partout et si lorsque j’étais plus jeune j’en tournais les pages aujourd’hui je n’y touche plus. Je n’ai pas envie de finir comme ces intellos que je vois ici et qui ne semblent guère s’amuser. On dirait qu’ils ont toujours besoin de se nourrir le cerveau, moi je préfère les chamallows, y a pas photo !

Heureusement grand-père lui sait rigoler ! Il est resté très siècle dernier, un peu à la Charly Chaplin ou au moins l’idée que je m’en fais. Petit, mince, moustachu avec une démarche de canard. Je l’ai surnommé Daffy, maman râle quand je dis ça.

Je sais qu’avec son père ça n’a pas été facile, elle en parle des fois avec papa à table, et si elle croit que je n’entends pas ou ne comprends pas elle se trompe. Elle était très contestataire, plus jeune, et volontairement provocante. Les taloches, les punitions elle en a eues, même que parfois il l’enfermait à la cave et qu’elle avait la trouille.

Moi, la cave quand il s’agit d’y descendre j’suis pas fier. Y a pas beaucoup de lumière, juste une ampoule nue au plafond et elle pas très forte, enfin je sais pas vu la couche de poussière dessus. S’il m’arrive d’y aller, c’est pour faire plaisir à Daffy, aller lui chercher un bouquin notamment parce qu’il a de l’arthrose dans un genou. J’sais pas ce que c’est ni si c’est douloureux mais en tout cas il a du mal à descendre les escaliers.

Alors, à la cave j’ai souvent les poils du dos qui se hérissent. J’ai jamais vu de souris mais je les entends parfois et une fois j’ai eu peur j’te dis pas ; en soulevant le bouquin que grand-père voulait y avait une faucheuse qui m’a couru sur la main. J’ai crié, crié.

Dis copain si tu reviens demain tu sauras la suite. Pour le moment je vais refermer les pages de mon cahier et essayer de dormir, c’est l’heure. J’espère que je vais pas trop penser aux bébéttes.

Bonne nuit !

La photo du lundi chez Leiloona