L’oeil du Japon (1)

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Les plus grands photographes dévoilent les secrets de leurs images.

Est une série de 3 DVD réalisés par Arte que j’ai eu l’occasion de visionner, notamment le volume 2, que je conseille de regarder à ceux qui sont sensibles à cet art.

Un photographe japonais m’a entraîné dans ses dérives et internet à fait le reste .

Nobuyoshi Araki né en 1940 à Tôkyô est un photographe dont l’œuvre tourne autour du « sexe et la mort » (Wikipédia) Il a d’abord pris comme modèle sa femme qu’il a mise en scène. Après la mort de cette dernière en 1990 il a réalisé que chaque photo qu’il a saisie d’elle était une mise en scène de sa mort. Il s’est évertué à photographier aussi les fleurs qui sont aussi la représentation graphique du sexe féminin. Les photos sont parfois très osées mais d’une telle beauté que moi qui n’écris plus rien, j’ai eu envie de partager cette découverte.

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Ici un extrait de la vidéo Arte : http://boutique.arte.tv/f507-contactsnobuyoshiaraki

Fascination c’est sûrement ainsi que j’appellerai son œuvre.

La femme qui voulait mourir de Koji Wakamatsu

femmequivoulait_titleLe 25 novembre 1970 l’écrivain japonais Yukio Mishima1 se suicidait en public, par Seppuku2. Quatre jours après, le metteur en scène Koji Wakamatsu3 commençait son film « La femme qui voulait mourir ».

Ce film raconte l’histoire de deux couples obnubilés par le double suicide4. L’action se déroule dans un hôtel de montagne, au beau milieu de l’hiver, dans un paysage recouvert de neige.

Un couple arrive en voyage de noces. L’homme est plus âgé que sa jeune épouse. Ils sont tous les deux hantés par le double suicide. Pourtant l’homme, dix ans plus jeune, après un échec amoureux s’est risqué à ce jeu du double suicide avec une jeune fille de 17 ans qui n’est autre que la propriétaire de l’établissement dans lequel il est venu passer son voyage de noce. Cette jeune fille il l’a laissée pour morte à l’époque après lui avoir asséner un coup de katana, raté, pour la décapiter. Incapable de se suicider après elle, il s’enfuit la laissant en l’état.

Lorsque les mariés sont arrivés à l’hôtel, ils étaient suivis par un jeune homme, qui n’est autre que l’ancien amant de la jeune mariée. Les deux jeunes gens, ivres de suicide, ne sont jamais passés à l’acte ; raison pour laquelle la jeune fille l’a largué. Mais la jalousie fomente. A son arrivée, il fait connaissance avec la femme de l’hôtel.

Les images du suicide de Yukio Mishima hantent le film.

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C’est un film que j’ai regardé en VOSTFR (Version Originale Sous-Titrée en Français) sur internet, un film de 1970 en noir et blanc. Ce film est interdit depuis toujours au Japon, parce que le suicide public de l’écrivain Mishima est une catastrophe pour le Japon. Le film est classé érotique, parce que les acteurs simulent l’amour -6 ans avant l’Empire des sens de Nagisa Oshima5 et sans commune mesure- pourtant c’est plutôt un film surprenant, pas excitant sexuellement, que j’ai bien aimé : sans doute à cause de Mishima, sans doute à cause du suicide.

Film réalisé en noir et blanc, sans réelle fioriture, allant directement à l’essentiel comme pouvait le faire la nouvelle vague de cinéastes dans ces années-là.

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1 Yukio Mishima, né en 1925 est l’auteur entre autre de : Le pavillon d’or, Le marin rejeté par la mer, L’école de la chair. Il s’est suicidé par seppuku le 25 novembre 1970 au Ministère des Armées et a été décapité par un  ami.

2 Seppuku : ou hara-kiri (coupure au ventre) est une façon rituelle de se donner la mort. L’éventration à pour but de faire sortir l’âme. A l’origine, c’est une ouverture transversale sous le nombril. Une autre version plus douloureuse consiste à ajouter une ouverture verticale pour l’expiation. Puis une autre version, moins honorable et moins douloureuse, consiste à se faire ensuite décapiter pour une mort instantanée.

3 Koji Wakamatsu : né en 1936 et mort en 2012. C’est après 5 mois de prison pour vol, vers l’âge de 17 ans, qu’il entre dans le clan des Yakuzas (Mafia japonaise) pour le compte desquels il surveille les plateaux de cinéma. Il tournera des films engagé (politique, domination homme ou femme, extrémisme…) Il produira L’empire des sens.

4 le Double suicide : est basée sur une pièce japonaise datant de 1721 interprétée avec des marionnettes. Un film : Double suicide à Amijima a été réalisé en 1969.     

(merci à Wikipédia pour tous ces renseignements)   

Un extrait :

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Elle et Louis

http://www.flickr.com/photos/romaric-cazaux/
© Romaric Cazaux

Elle essayait de paraître calme sur son banc mais surveillait tout le monde. Un faux pas et elle risquait gros. Heureusement l’enfant était sage. Elle en faisait ce qu’elle voulait. Jamais il ne braillait.

La poussette était neuve et confortable. Elle se préparait depuis longtemps à cela. Contrairement aux autres mamans aucun homme ne viendrait la rejoindre. Aucun homme ne l’attendrait à la maison. Personne, entre elle et Louis, le bébé.

De temps en temps elle ne dormait pas la nuit. Non que Louis la gêne mais elle était soucieuse. Cet enfant elle l’avait désiré. Elle s’y était préparée, Elle l’avait souhaité, espéré. Elle avait tout mis au point, seule, comme d’habitude !

Elle surveillait ce couple, un peu plus loin. Ils avaient la même poussette qu’elle, ça n’était pas étrange au demeurant. Ce qui l’était, c’est qu’elle changeait d’endroit tous les deux jours, changeait de ville, changeait de parcs, alors retrouver deux fois dans la semaine les mêmes personnes, était une coïncidence surprenante. D’autant plus qu’elle aussi variait ses tenues, ses chapeaux ainsi que la couleur de la poussette. Elle était suivie sans aucun doute.

L’homme était plutôt beau c’est pour ça qu’elle l’avait remarqué. Une légère ressemblance avec Redford dans The great Gatsby. Elle ne les lâchait pas des yeux. Qu’un couple promène son enfant un lundi après-midi et un jeudi, lui parut insolite. Ils lui tournaient le dos, faisant le tour du lac, s’arrêtant pour lancer du pain rassis au canard. C’était trop parfait, trop ordinaire pour être vrai.

Le temps n’était pas si beau que cela. Le soleil avait du mal à percer. Les arbres peinaient à faire leurs feuilles. Et son cerveau tournait à toute vitesse.

Louis ne bougeait pas dans sa poussette. Peut-être dormait-il profondément !

Le mieux serait de rentrer, se dit-elle. Déjà debout, elle se dirigeait vers sa voiture garée derrière les grilles du parc. Elle avait fait aménager son monospace de façon à fixer la poussette sans avoir à la déplier. Lorsqu’elle jeta un coup d’œil, avant de s’installer au volant, le couple au bord du lac avait disparu lui aussi.

Aux infos du soir le speaker rappela que les parents étaient toujours sans nouvelle de leur enfant enlevé à la maternité quatre jours auparavant. Comme chaque soir, le désespoir de la mère l’émut, elle se mit aussi à sangloter. Les yeux encore rougis par les larmes, elle sortit sur le balcon fumer une cigarette. Il faisait déjà noir, les nuages étaient menaçants et l’hiver qui n’en finissait pas la fit frissonner. Elle crut distinguer des mouvements dans la voiture blanche garée au bas de ses fenêtres, ce qui la fit sourire.

Refermant la fenêtre, elle jeta un œil à Louis, toujours sage dans sa poussette, avant d’aller faire ses ablutions du soir. À l’aide d’un coton imbibé de lait, elle fit disparaître la couche de maquillage dont elle avait recouvert son visage. Le regard collé à la glace, elle traqua avec la pince à épiler les poils disgracieux autour de ses sourcils. Elle avait beau y être habituée, elle n’aimait pas cela. Puis elle se déshabilla entièrement, sans même se regarder, rangea soigneusement ses cheveux dans son bonnet de bain avant d’entrer dans la douche.

Quand elle sortit de la cabine, une atmosphère d’étuve régnait dans la petite pièce. Elle aperçut son corps dans la psyché, et admira ses seins sous toutes les coutures, fière d’elle. S’essuyant le corps elle frotta le miroir de la main regardant avec dégoût son pénis flasque pendouillant sur sa cuisse. « Encore quinze jours avant l’opération programmée à Lausanne » murmura-t-elle.

Toujours nue, elle prit Louis, son poupon de latex, dans les bras puis se dirigeant vers la chambre, elle se glissa dans les draps de satin.

C’est toujours nue, toujours avec Louis dans les bras, qu’elle ouvrit la porte aux flics qui tambourinaient à 6 heures du matin.       

© Jean-Charles 2013

Création originale pour l’atelier d’écriture de Leiloona

 

J’étais l’origine du monde de Christine Orban

 

Christine Orban se met dans la peau de Joana Hifferman modèle islandais du tableau L’origine du monde peint par Gustave Courbet.       

J’avais une appréhension avec cette auteure sans savoir pourquoi ou plutôt si, elle ne m’avait pas semblé aussi sympathique que cela dans une émission télévisée.

Mais je dois reconnaître que non seulement je me suis amusé avec ce livre mais qu’en plus se mettre dans la peau de cette femme n’était certainement pas aussi facile que cela. Lire la suite

En un instant, une vie de Bùi Minh Quôc

« Ils vont laver la vaisselle au bord de l’eau — deux gamelles et deux cuillères en tôle d’avion. Leurs bras se touchent. Imperceptiblement. Ils marchent d’un même pas, épaule contre épaule (..) De temps en temps, l’épaule de Tuàn touche celle de la jeune femme. Une fois, à la suite de ce contact, Tuàn a soudain le courage d’entourer de son bras l’épaule de la femme, de la tourner vers lui. Elle esquisse un soupçon de résistance, jette un regard alarmé alentour. Ses lèvres semblent pourtant attendre. Personne. Ils sont seuls, émus, si proches l’un de l’autre dans le grondement tumultueux des chutes d’eau. Au loin, les B57 arrosent de bombes la ligne de front. Les explosions se diluent dans le mugissement des cataractes. Lire la suite