Le cygne noir

Atteindre le sommet elle en avait rêvé des nuits entières. Aujourd’hui son cœur battait dans sa poitrine comme un gong surpris par un coup de maillet. Perchée sur le toit de l’immeuble, elle avait le vertige, ses jambes flageolaient, heureusement qu’une immense baie vitrée la protégeait de tout danger.

Elle commença la danse très jeune. À l’époque les cours commençaient au rez-de-chaussée, les étages se gravissaient comme des échelons, les petits-rats en bas et les étoiles, la tête dans les nuages. Son corps avait souffert. Les mouvements répétés inlassablement l’avaient musclée et augmenté son amplitude. Parfois, elle se sentit écartelée ce qui provoqua bien des pleurs tant la douleur était incontournable mais les larmes aux yeux elle bousculait son corps comme si de rien n’était. Pourtant elle hurlait au fur et à mesure que son corps se déformait.

Sa mère ne voulait pas qu’elle soit danseuse mais son père l’avait aidée à atteindre son but. C’est lui qui massait ses abattis et ses orteils lorsqu’elle souffrait. Il épongeait ses larmes sans rien dire, très fier de ses efforts. Maintes fois elle lut sur ses lèvres les mots qu’il n’aurait jamais dit tout haut. Il connaissait son entêtement il était heureux qu’elle continua ce qu’il n‘avait jamais réussi.

De la barre fixe au grand écart, des entrechats à l’arabesque, elle acceptait ses souffrances, heureuse quand son corps obéissait à ses injonctions. Cependant il était difficile d’enchainer l’entrainement et l’école. Elle était épuisée mais elle ne voulait surtout pas le décevoir, ce père qu’elle craignait et qu’elle aimait à la fois. En pleine croissance ses hanches, ses chevilles et ses pieds devinrent douloureux. Elle ménagea sa colonne vertébrale, luttant contre une prise de poids qui, molestant son corps pour y faire face.

Faire plaisir à son père était une réelle souffrance mais ses efforts eurent des résultats. Il l’adorait ne sachant comment faire pour la réconforter, la récompensant à chaque nouvelle torture comme à chaque nouvelle victoire.

Danseuse étoile évidemment son premier ballet fut « La mort du Cygne » mais succéder à tant d’autres fut une gageure qu’elle dut relever. Elle aurait voulu que son père soit là. Elle aurait voulu sentir son regard, qu’il l’encourage, la soutienne. Elle aurait voulu découvrir la joie sur son visage. Elle aurait voulu…mais il est décédé d’un cancer foudroyant.

Il était tout pour elle. Elle fut accablée ne comprenant pas qu’il l’abandonne. Elle savait combien il l’admirait. Il avait fait d’elle ce qu’elle était, laissant sa nature s’épanouir. Il croyait qu’elle aimait danser alors qu’elle ne faisait que réaliser son vieux rêve à lui mais elle ne lui dit jamais.

Puis il s’éclipsa, vaincu par la maladie, laissant un vide énorme. Elle n’avait pas d’amis car il s’occupait d’elle ne laissant aucune place pour un autre. Sans lui elle eut l’impression de sombrer dans un océan de désespoir, d’errer entre lassitude et découragement.

Elle l’aimait, lui en voulait de la laisser seule. Il lui manquait. 

C’est en faisant les pointes, sur le toit de l’immeuble, qu’elle apercevait sa dernière demeure là-bas sur la colline, ce caveau prétentieux qui s’élevait en haut du cimetière. Elle l’injuriait chaque jour, l’exhortant de regarder ne serait-ce qu’une fois son ventre s’arrondir, ce lourd fardeau qu’il lui avait laissé.

Elle le détesta soudain réalisant qu’il avait gâché sa vie, l’accusant de fuir ses responsabilités. Elle le vomit d’avoir profité de sa faiblesse, le damnant pour les siècles à venir. Sa rage ne fit qu’amplifier au fur et à mesure que son ventre grossissait.

Une sorte de folie l’animait.   

Elle ne voulait plus être la danseuse étoile qu’il espérait. Du fond de la salle, elle prit son élan, vira et virevolta, regardant son corps danser dans les glaces, tourna, pirouetta à une telle vitesse que la vitre explosa lorsqu’elle s’élança dans le vide…

Yo También un film de A.Pastor et A.Neharro

Yo tambien, que l’on peut traduire par : moi aussi.

Daniel est trisomique 21 et travaille dans un centre social qui s’occupe de d’enfants handicapés. À 34 ans il ne rêve que d’intégration et tombe amoureux de Laura. Un amour pas facile à vivre d’autant plus que Laura traîne derrière elle, une relation difficile avec sa famille et notamment avec son père mourant.

Si l’histoire racontée de cette façon peu sembler inintéressante et en faire fuir un certain nombre, c’est pourtant un film optimiste dans lequel les personnages sont attachants. Lire la suite

Ma vie de geisha de Mineko Iwasaki

Quatrième de couverture :

Mon nom est Mineko. Ce n’est pas le nom que mon père m’a donné à ma naissance. C’est celui qu’ont choisi les femmes chargées de faire de moi une geisha, dans le respect de la tradition millénaire. Je veux raconter ici le monde des fleurs et des saules, celui du quartier de Gion. Chaque geisha est telle une fleur par sa beauté particulière et tel un saule, arbre gracieux, souple et résistant. On a dit de moi que j’étais la plus grande geisha de ma génération ; en tout cas j’ai frayé avec les puissants et les nobles. Et pourtant, ce destin était trop contraignant à mes yeux. Je veux vous raconter ce qu’est la vraie vie d’une geisha, soumise aux exigences les plus folles et récompensée par la gloire. Je veux briser un silence vieux de trois cents ans. Lire la suite