Des chiffres et des nombres

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J’ai eu 62 ans le 26 de ce mois. L’évènement n’arrive qu’une qu’une fois dans la vie. Devrais-je y voir un signe annonciateur ?
Annonciateur de quoi ?
La question m’interpelle.
J’aime les chiffres, je fus autrefois comptable, ceci ne signifiant pas que je fus fort en mathématiques mais simplement que les chiffres me parlaient.
Pourtant ils sont souvent incompréhensibles.
Mon père est né le 4 mais il est mort le 10 à 81 ans mais pas à 18. À cet âge j’aurai pourri dans son liquide séminale comme un vieux spermatozoïde rabougri.
Une de mes sœurs est décédée à 32 ans dans son bain, le lundi 21 tandis que son fils appelait le 15, il n’avait que 8 ans. Ironie du sort il s’appelle Samu.
J’étais dans la chambre mortuaire, seul, laissant libre cours à mon incommensurable chagrin. J’eus l’impression qu’elle bougeait, quel frisson ! Non seulement mes 32 dents claquèrent mais mes 7 vertèbres cervicales se raidirent d’effroi.
C’est surprenant la mort.
Je suis né après guerre vous l’aurez deviné. Le baby boom, le réchauffement de la planète. La 1ère de mes sœurs est morte à 6 ans en 50. Aucune corrélation. Ma grand-mère qui a vu le jour en 1907 s’est éteinte en 2014. Une vieille bougie. Sans flamme, consumée.
Ma mère est née en 24, elle eut 42 ans un jour mais aujourd’hui elle en a 91 pourtant elle n’est pas née en 19. Elle a du mal à tenir debout sur ses 2 jambes. Elle n’entend plus. Elle habite dans le 92.
Putain de chiffres !
Dans la famille tout le monde déteste les nombres. Pas moi. Ils me parlent.
Je les additionne, les multiplie, les divise ou les retranche.
Je m’amuse, les pose, les écris, les dessine.
Je les efface, les rature.
Et je me tourne les pouces en scandant la table des 9. Quand je marche je compte 1 plus 2 égal 3, 3 plus 2 égal 5, 5 plus 3 égal 8 ainsi de suite jusqu’à ce que je m’embrouille. Alors je recommence à l’infini.
Nous sommes régis par des nombres, naissance 54, âge 62, année 2016, mort encore incertaine.
Mourrai-je de mort naturelle ou dans un crash en avion ou bien…
Pépé naquit en 98, papa en 23, ils avaient 25 ans d’écart. Ma sœur, la plus jeune des filles, est née en 52, c’est l’inverse. Elle eut 25 ans en 77, 77 c’est le département de mes grands-parents.
Les chiffres tournent, se retournent.
Ma sœur aînée a vu le jour en 45 moi en 54, chiffres inversés. Elle est née la première, moi presque le dernier. Mon petit frère naquit en 1955. Du premier au dernier ils ont 10 ans de différence, pourtant le mois prochain il aura 1 an de plus, l’écart sera réduit. Normal puisque une année a 12 mois.
Du haut de mes 2 yeux fatigués je contemple mes 10 doigts perclus d’arthrose. Je m’étonne parfois d’écrire encore. Mes 28 phalanges se raidissent jour après jour.
Les chiffres parsèment notre vie.
Finalement c’est peut-être normal puisqu’il n’en existe que 10, de 0 à 9 qui se combinent à l’infini.
En définitive j’aurai dû simplement écrire que c’était mon anniversaire il y a quelques jours sans vous inonder de tous ces chiffres.

PS : Aucun des chiffres sus-cités n’est sorti au loto.

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La formule préférée du Professeur

Elle est aide-ménagère d’à peine trente ans, il est professeur de mathématiques de plus de soixante ans. Elle est la neuvième que l’agence d’intérim présente chez ce professeur, fera-t-elle l’affaire ?

Le professeur a eu un accident de voiture, sa mémoire s’est arrêtée en 1970 quant à sa mémoire immédiate elle est limitée à quatre-vingt minutes. Il vit avec des bouts de papiers qu’il colle sur sa veste pour se souvenir. Pour l’aide ménagère il a dessiné un visage de femme mais qui ne lui ressemble pas.

L’important pour lui c’est la magie des chiffres, la passion des formules de mathématiques avec lesquelles il donne un sens à la vie. Elle apprendra à découvrir ces choses qu’elle ne connait pas.

Découvrant qu’elle a un fils de dix ans qu’elle laisse seule à la maison pendant qu’elle travaille chez lui, le professeur exigera, parce qu’il ne comprend pas qu’on puisse laisser un enfant seul à la maison, qu’il vienne la rejoindre ici après l’école. Il surnommera l’enfant root et petit à petit l’initiera aux mathématiques.

 

Mon avis sur ce livre est tranché j’ai aimé ce livre que je n’ai pourtant pas fini. Mais l’écriture de Yogo Ogawa est une belle écriture et l’histoire me plaisait. Si je n’ai pas fini c’est parce que je me suis un peu ennuyé, le déroulement est très lent sans vraiment d’action.

Pas particulièrement attiré par les chiffres, j’ai cependant appris des petites choses sur les nombres premiers, les nombres amis, les nombres parfaits.

Par exemple que 28 est un nombre parfait, le deuxième après 7, que ses diviseurs sont 1, 2, 4, 7 et 14 et que la somme de ses diviseurs nombres premiers)  est égale à 28. Il n’y a pas grand intérêt à savoir tout cela mais c’est amusant. En tout cas le livre n’est jamais une démonstration du théorème de Fermat.

« C’est justement parce que cela ne sert à rien dans la vie réelle que l’ordre des mathématiques est beau. Même si la nature des nombres premiers est révélée, la vie ne devient pas plus aisée, on ne gagne pas plus d’argent. Bien sûr, on a beau tourner le dos au monde, on peut sans doute trouver autant de cas que l’on veut pour lesquels les découvertes mathématiques ont fini par être mises en pratique dans la réalité. Les recherches sur les ellipses ont donné les orbites des planètes, la géométrie non euclidienne a produit les formes de l’univers selon Einstein. Les nombres premiers ont même participé à la guerre en servant de base aux codes secrets. C’est laid. Mais ce n’est pas le but des mathématiques. Le but des mathématiques est uniquement de faire apparaître la vérité. »

« Dans mon imagination, le créateur de l’univers faisait de la dentelle quelque part tout au bout du ciel. Avec un fil si fin qu’il laissait passer la lumière. Le dessin n’existait que dans la tête de son créateur, personne ne pouvait s’en emparer, ni prévoir le motif qui allait suivre. L’aiguille se déplaçait sans arrêt. La dentelle se poursuivait à l’infini, faisait des vagues, ondulait au vent. On ne pouvait s’empêcher de vouloir la prendre pour l’exposer à la lumière. En extase, au bord des larmes, on la caressait de la joue. Et l’on souhaitait pouvoir représenter avec ses propres mots les motifs ajoutés. Un minuscule fragment suffirait, si l’on pouvait le faire sien et le rapporter sur la terre. »