Aujourd’hui sucré 122/365

J’aime boire le café sucré avec le sucre que je connais depuis mon enfance. J’ai essayé de remplacer par l’aspartame ou la stevia mais j’y perds mes marques. J’ai essayé sans rien, brut, sec, amer sans y trouver mes saveurs, mes repaires.
J’ai diminué la quantité de sucre dans mon bol mais il faut que le nectar reste suave, savoureux, onctueux. Qu’il m’apaise la gorge au lever, qu’il excite les sens, qu’il m’éveille délicatement.
Je récidive dans la matinée avec un autre café tout aussi doucereux, velouté.
J’aime aussi le poivre, le sel, la chantilly, la moutarde, le piment, la menthe, le chocolat, tout ce qui excite mes sens.

SONY DSC

Écrit sur le vif : Oui
Ok Pas plus de 100 mots : 109 😳
Élément réel de la journée : Oui
Suivi de la consigne : Oui

Il s’agit d’exercices de style proposés par Raymond Queneau, à savoir écrire un texte chaque jour commençant par « Aujourd’hui » avec un thème que l’on trouve ici. Les consignes sont assez simples; il faut écrire sur le vif, pas plus de cent mots, le texte doit être vrai et suivre la thématique.

Ils participent : La jument verte, Destinée de pacotilles, Litter’auteurs, Un esprit sain dans un corps sage, Les mots autographes, Les lectures d’asphodèle, Les mots de la fin , Des mots et des images, Passion Culture, Rebecca Zartarian-Arabian

Vincent

tasse_06_18_187          4ème volet

1 Sedna    2 Etna     3 Impétus

Il est deux heures du matin lorsqu’il arrive chez lui. Il est fourbu. Déjà en manque de sommeil la nuit passée, celle-ci s’annonce tronquée également. Il repense à la fille de la Rhumerie qu’il a plantée malproprement. Il a été vraiment godiche. Il n’aurait jamais dû la suivre mais décliner l’invitation courtoisement.
C’est une maladresse qui l’ennuie mais il est tellement perturbé. Son smartphone bourdonne. L’enveloppe fermée d’un mail surgit sur l’écran de l’appareil. Il clique pour l’ouvrir. Sedna lui a laissé un message. Pour le lire il doit se connecter.
Il est indécis. Il voudrait savoir ce qu’elle dit mais il est perturbé à l’idée de lui parler. Il a chaud. D’habitude il est insensible à ce genre d’émotion. À situation particulière, réaction particulière.
Vince s’assoit sur le sofa, la tablette à la main, prêt à enclencher le bouton « On ». Face à la télé. Comme la nuit dernière. En hologramme se dessine le visage de Sedna. Il est fasciné. Son cerveau lui joue des tours. Il déraille.
Il se lève d’un bon. Pose la tablette sur le divan. Se dirige vers la salle de bain. Ôte son t-shirt. Attrape la douche. Ouvre l’eau froide. Se penche sur la baignoire. Et s’asperge.
La froidure de l’eau le fait gémir. Il sursaute. Se redresse. Lâche la douche qui tournoie. Arrose partout. Quand enfin il ferme le robinet, la pièce est trempée. Son pantalon et ses chaussettes sont gorgées d’eau. L’eau suinte sur les murs.
Son vocabulaire ordurier franchit ses lèvres. Il en lâche un chapelet. Débite des noms d’oiseaux. Mais pour l’heure il se déshabille. S’essuie. Éructe. Va chercher le seau et la serpillière dans la cuisine. Ses pieds mouillés imbibent la moquette rouge. Dans un sens. Puis dans l’autre. Il éponge. Rince. Étreint ses vêtements.
Il se regarde dans la glace enfin sèche. La colère est partie. Si tout à l’heure l’envie de se gifler lui est venue. Il en sourit. Nettoyer la salle de bain à plus de deux heures du matin est plutôt cocasse.
Quant aux marques de pas, il les sècherait bien avec son petit radiateur soufflant mais à cette heure-ci !
Il allume la tablette. Ouvre le site. Sedna est hors-ligne. Il clique sur l’icône et lit : « Je suis quelqu’un de différent, pour autant je suis capable d’aimer. Je vais être directe, tu me plais. J’ai envie de te rencontrer et de tomber amoureuse. J’ai eu le coup de foudre la nuit dernière. Je te propose une autre façon d’aimer. »
Il regarde le texte. Figé. Il ne sait pas quoi répondre à ça. Il est dans les mêmes dispositions mais sa morale s’y oppose.
Il ouvre un autre onglet. Tape « Transs » dans la barre Google puis clique sur images. Des corps nus apparaissent. Il est stupéfait. Il ouvre de grands yeux. Il ne se sent pas honteux pour autant à lorgner ce troisième sexe.
Par acquit de conscience il ouvre un autre onglet. Tape « Hommes nus » puis images. Mais là les photos qui s’affichent le dérangent. Il ferme l’onglet. Un regard curieux sur l’autre page toujours ouverte. Par curiosité il fait descendre l’ascenseur. Les images se suivent. Il n’est pas aussi choqué qu’il le pensait de prime abord.
Il excite son imagination, s’arrête sur une jolie photo puis superpose le visage de Sedna. La réaction est immédiate. Son propre émoi le surprend.
La nuit s’enfuit. Le ciel est obscur. Il fait coulisser la baie vitrée pour donner de l’air. Prend la boite de Nespresso, opte pour une capsule de « décaffeinato » à cette heure-ci. Le café coule onctueux, les gouttes tombent dans l’ombre noire et rebondissent en un petit geyser qui éclabousse les bords. Vince prend la tasse, son paquet de Marlboro, regarde la tablette encore allumée puis sort sur le balcon pour fumer une cigarette. Il fait frais. Il se vautre dans le transat sur le balcon.
Il se demande s’il est sage d’aller dormir maintenant. Il téléphonera à son patron demain matin pour l’informer d’une quelconque indisposition. Pour l’heure Sedna l’obsède. Il ne peut laisser son message sans réponse et d’autre part elle lui a fait tourner la tête.
Que peut-il lui dire ?
Il entre dans le salon. Saisit sa tablette. Prend une bouteille d’eau. Ressort sur le balcon. S’installe dans le transat. Allume une cigarette. Expulse la fumée qu’il suit des yeux.
Ses doigts caressent le clavier virtuel. Il pèse ses mots avant de les écrire. « Situation nouvelle pour moi. Mon corps dit oui à ce que mon éducation refoule. Cependant je ne suis pas prêt à n’importe quoi. » Il s’interrompt, réfléchit. « Je suis intéressé par une rencontre réelle. Cependant j’ignore quelle sera ma réaction. Voyons-nous demain à 17 heures à la rhumerie. »
La lumière verte clignote. Un message supersonique apparaît : « J’y serai ».
La lumière rouge s’allume de nouveau

Nuages sur Seine_01_03

Un café maison de Keigo Higashino

un_cafe_maison_« Ayané regardait les jardinières du balcon depuis l’intérieur de la maison. Les pensées commencent à fleurir. Elles manquent d’eau mais cela n’altère en rien l’éclat de leurs couleurs. Ce ne sont pas des fleurs voyantes, mais elles ont une vigueur extraordinaire. » Telles sont les première lignes de ce roman.

Ayané est mariée avec Yoshikata Mashiba qui lui dit ce jour-là : « Tu ne peux pas prétendre que tu ignorais mon plan de développement personnel ! (..) Un mariage sans enfant n’a aucun sens pour moi. L’amour dans un couple s’amenuise nécessairement avec le temps. Si deux personnes continuent à vivre ensemble, c’est pour fonder une famille. Le mariage transforme ceux qu’il unit en époux. Les époux deviennent des parents en ayant des enfants ensemble. Ce n’est qu’à partir de ce moment-là qu’ils sont liés pour la vie (..) Par conséquent, je ne peux pas continuer à vivre avec toi si cela ne se fait pas. » Lire la suite