Méprise

nom masculin
Pauvre diable, personne ridicule.
voici les lettres
mot commence par C

Après réflexion, j’ai pensé à coquefredouille.

Jeu organisé sur le blog ici

 

Méprise

Il haranguait les badauds avec virulence traitant de couille molle celui qui passait trop trop près de lui. Il se levait de temps en temps avec douleur, levant le poing comme une menace.

Difficile d’ignorer que c’était un coquefredouille trop aviné par la liqueur son propos loufoque n’impressionnait personne. Une ridule prononcée au coin de l’œil annonçait un homme entre deux âges.

Il tanguait comme s’il traversait une felouque de la proue à la poupe, levant sa fiole à chaque foulée pour se rincer le gosier.

Lorsqu’une fille s’approchait un peu trop , il faisait mine de se défouler essayant de la rendre folle mais aussitôt la foule l’entourait et là il tentait un regard plein de douceur.
Mais quelle puanteur il dégageait !

S’il était frêle il avait pour le moins une langue lourde ravinée par le cidre et postillonnait à tout va. Si la maréchaussée en vadrouille intervint pour une fouille en règle, il ne se laissa pas faire. Dans ses poches de treillis, ils trouvèrent une douille, une corde et une cuillère qu’ils confisquèrent mais pas de quoi l’emmener au poste de police.

Très énervée, une coulée de bile au coin des lèvres, il éructa. Son teint avait la couleur de la cire. «  Il frôle l’apoplexie » pensèrent certains ne trouvant rien de mieux que lui jeter une vieille pièce rouillée.

« C’est pas drôle » hurlèrent quelques âmes sensibles.

«  Vous voulez qu’on lui déroule un tapis rouge ? » répondirent d’autres sans cœur.

« Et s’il s’écroule on fait quoi ? » demanda quelqu’un.

Énervé l’homme gratta une cloque sur son coude de laquelle un liquide jaunâtre purula.

Les applaudissement fusèrent, l’école de théâtre était dans la rue. Le professeur enthousiaste le félicita « Tu as frôlé la perfection, dit-il, ton interprétation était bien fouillée cependant le thème était de jouer une personne ridicule pas un clochard, je suis désolé mais tu es recalé. »

La foudre s’abattit sur le comédien.

 

Gen-Pi

Naturisme

Image du net
Image du net

Elle répond au doux nom de Gen-Pi mais quoi qu’il en soit elle vit dans l’hexagone. Tout comme les autres elle aime les caresses et je ne l’en prive pas.
Elle manifeste sa bonne humeur chaque fois que je passe la main sur elle. Elle se redresse ou se laisse aller à ces flatteries.
Quoi qu’il en soit j’aime la flatter et je devine ou ose espérer qu’il en est de même pour elle.
Nos manières d’être ensemble ou nos façons d’y parvenir sont assez naturelles et ne nécessitent pas qu’on les étale.
Mais puisqu’il n’en a jamais été question jusqu’ici autant dire que je l’aime et je m’oblige à croire qu’à toutes les onomatopées qu’elle laisse échapper, le plaisir est partagé.
Je fais en sorte qu’elle soit heureuse et si toute les bousculades que je lui inflige sont parfois un peu rudes, il faut dire que c’est pratique courante dans mon éducation.
Elle a le poil court et rêche, impossible de le prendre à contresens sans en subir les conséquences.
Rien que de la voir vous fuiriez à grandes enjambées. Son poids est conséquent et inutile de parler de ce régime « Comme j’aime » sans qu’elle vous rentre dedans. Ses kilos elle y tient et ils font tout son charme.
Poser ma tête sur son bidon tout rondouillard est un grand moment que je ne partagerai avec personne, tout comme lécher ses tétines.
Lorsque nous sommes sous le jet d’eau après nous être étalés un peu partout, c’est un moment savoureux. Néanmoins toutes nos odeurs nous échappent et c’est regrettable.
Je suis persuadé qu’on aime avec tous les sens : la vue, le toucher, l’odorat, l’ouïe et le goût. Je l’aime à l’aveugle, je la sens sans la voir… et pour le reste je resterai discret.
Je suis un peu plus jeune qu’elle mais chez moi l’adage reste d’actualité : « C’est dans les vieux pots qu’on fait la bonne soupe. »
Lorsque je fourrage entre ses cuisses sa peau toute rose m’escagasse les sens, j’en suis fou. Gen-Pi est une cochonne autant le dire et elle aime se faire désirer. Elle n’hésite pas à me précéder et à balancer sa partie charnue. Elle aime que je la convoite. Elle aime se sentir irrésistible.
J’en suis fou. Elle me rend dingue.
Plus je me conduis comme un cochon plus elle est heureuse, plus elle remue sa queue en tire2cr-bouchon.
Mais j’en ai marre de toutes ces mains qui la caressent au Salon de l’Agriculture.

Écrit pour les Impromptus Littéraires

Le thème de la semaine :

Mettez un coup de projecteur sur l’animal de votre choix. 
Qu’il soit à poils ou à plumes, à deux, quatre ou mille pattes, à chair froide ou chaude, sauvage ou de compagnie, réel ou imaginaire, donnez-lui le premier rôle, le bon ou le mauvais. 
Vous opterez pour le style et le genre littéraire de votre choix.
Montaigne disait : « Il se trouve plus de différence de tel homme à tel homme que de tel animal à tel homme. » ; La Fontaine en a fait son œuvre…

En fin de compte

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Ma femme s’appelle Julienne c’est peu courant comme prénom, et si lorsque nous étions plus jeunes je lui avouai qu’elle me glaçait les sangs ça barda pour moi. Ma franchise me coûta bien des soucis. En fait ce qui me semblait à portée de mains se trouva subitement reporté à des années lumières.
Nous étions liés depuis des années et je la désirai ardemment. Elle me confia sa première fois à la lumière tamisée de la cheminée, J’étais aussi vierge qu’elle, aussi rougeoyant et la chaleur de l’âtre n’arrangeait rien.
L’exaltation, la jeunesse, ma vigueur incontrôlée me valurent des revers cuisants. La peau de chèvre étalée sur le carrelage devant le foyer ne m’empêcha pas d’attraper quelques brûlures aux genoux. Dans ma fougue je n’y prêtai aucune attention, cependant, après coup, ma ténacité me valut bien des douleurs.
Ma dulcinée reconnaissante nappa mes articulations d’une crème de jour qu’elle étalât généreusement sur mes articulations.
De là à penser qu’elle me soignât en remerciement de ma générosité, il s’en fallut de peu. Pourtant !
C’est bien bien longtemps après, les cheveux blanchis par les années que nous bavardâmes de cette première fois dont je m’enorgueillissais depuis des années, quant elle me parla de la brûlure cuisante que je lui infligeas et de mon manque de commisération face à son désarroi.
Quarante ans après je ne m’attendais pas à ce flot de réprimandes. Elle m’assaisonna de remontrances, me reprochant mon égoïsme, mon aveuglement à prendre mon plaisir comme un hussard.
J’étais sidéré.
Devais-je lui être reconnaissant de s’être tue toutes ces années ?

Le thème des Impromptus littéraires :

Pour la semaine à venir, nous vous proposons deux logo-rallyes au choix. Deux thèmes et dix mots par thème qui devront être obligatoirement utilisés dans vos textes (prose ou vers).

1 – Cuisine : glacer, lier, blanchir, napper, julienne, crème, assaisonner, barder, cuire, tamiser.
2 – Sport : athlète, appel, podium, course, transpirer, muscle, souplesse, dénivelé, compétition, randonnée.

J’ai choisi Cuisine vous l’aurez remarqué.

Rimes volées 2

Le thème des Impromptus cette semaine est le suivant :

Nous vous proposons d’emprunter les rimes du poème «Fenêtres ouvertes» de Victor Hugo sur un thème de votre choix et donc sans vous inspirer du poème, pourvu que vos vers ou vos phrases se terminent par ces mots et dans l’ordre suivant:
paupière
Saint-Pierre
ici
aussi
truelle
ruelle
gazon
maison
chauffées
bouffées
Merci
voici
rouge-gorge
forge
steamer
mer
from Tf1 http://goo.gl/jGrcNM
from Tf1 http://goo.gl/jGrcNM

Couverte de fard à paupière
Elle traînait rue Saint-Pierre
Claudiquant sur les trottoirs d’ici
Une belle-de-nuit tapinait aussi

L’ivrogne goûtait de la truelle
À la hussarde dans la ruelle
S’il arrosait son gazon
Se caletant derrière une maison

Elle le pourchassait, lèvres chauffées
Le corps agité de trop de bouffées
Il l’avait aimée, elle voulait dire merci
Et dessécher ses bourses aussi

Qu’il piaffât comme un rouge-gorge
Elle ahanait comme un soufflet de forge
Telles les volutes de fumée d’un steamer
De plaisir elle ondulait, vaguelettes sur la mer

Rimes volées

Le thème des Impromptus cette semaine est le suivant :

Nous vous proposons d’emprunter les rimes du poème «Fenêtres ouvertes» de Victor Hugo sur un thème de votre choix et donc sans vous inspirer du poème, pourvu que vos vers ou vos phrases se terminent par ces mots et dans l’ordre suivant:
paupière
Saint-Pierre
ici
aussi
truelle
ruelle
gazon
maison
chauffées
bouffées
Merci
voici
rouge-gorge
forge
steamer
mer
même pas peur

Il regardait la Marianne de la République au travers de ses ses paupières
Closes. Pour lui ça ne faisait aucun doute avec la clé du Paradis Saint-Pierre
Pouvait ouvrir les portes à ceux tombés sous les balles ici
Certainement que ce passant était meurtri, un enfant parti, assassiné aussi.
Essayer de se reconstruire, de panser ses plaies, il les colmatait à la truelle
S’il se voulait tolérant il criait néanmoins vengeance. Chaque nuit dans une ruelle
Il coinçait ses bourreaux, vomissant sa peine comme un chat régurgite du gazon
Et se purge. Il tremblait malgré la cheminée, arpentant chaque recoin de la maison
Quelques jours qu’il ne dormait plus. Le cannabis qu’il inhalait bouffées après bouffées
Était sans effet. Son corps se vidait de toute part. Que certains disent « Merci »
Lui ne pouvait. Pour un concert son fils l’avait quitté. C’était déjà voici
Quelques temps, l’an dernier. Il se sentait blessé dans son âme, comme un rouge-gorge
Étalant sa couleur sang à la face du monde, blessé, respirant comme une forge
Il était temps de s’exiler sur les bords du fleuve à bord d’un steamer
D’en suivre les méandres, d’essayer d’oublier et de remonter jusqu’à la mer.

Les marches du métro

©Marion Plus
©Marion Plus

Comment oublier ! Ce jour-là j’eus envie qu’ils sortent, envie qu’ils regardent la couleur du ciel, envie qu’ils profitent de cette belle journée de printemps.
Maman avait travaillé comme concierge toute sa vie et papa à fixer des pare-chocs dans une usine automobile.
La loge que nous habitions était insalubre, nous devions tirer l’eau à la pompe chaque jour, les commodités étaient au fond de la cour. L’espèce d’appartement ne comportait que deux fenêtres l’une sur la rue l’autre sur la cour.
Mes parents avaient économisé trois francs six sous toute leur vie pour acheter ce petit studio deux rues plus loin, toujours en rez de chaussée. S’ils avaient la chance d’avoir l’eau au robinet et des toilettes personnelles, Dieu Râ n’avait pas ses entrées.
L’appartement était humide, froid en hiver et irrespirable lors des canicules, le béton chaud refoulait autant ses humeurs que ses cancers.
Je sortais avec eux en fin de semaine. Les convaincre de le faire était un combat qui se négociait dès le lundi j’en avais l’habitude. Au fil de jours je sentais la résistance de maman faiblir. Ses arguments étaient chaque fois les mêmes.
Je les aimais, je les chérissais. Imaginer ma vie sans eux était inconcevable. Je tenais, c’était mon cheval de bataille, à leur rendre l’amour qu’ils m’insufflèrent, au centuple.
Chaque fin de semaine en voiture je les conduisais à Notre Dame, à la Tour Eiffel, au jardin des Plantes, à la Bibliothèque Nationale, au Trocadéro partout où il y avait de la vie.Je savais qu’ils appréciaient,
Cette semaine là, je n’avais pas ma voiture. Un bel accrochage l’immobilisait chez le carrossier. Puisque j’avais réussi tout au long de la semaine à convaincre maman et papa de sortir, je ne devais pas lâcher du lest et penser à une autre solution.
J’avais bien compris que les laisser seuls un week-end serait ouvrir une porte vers l’inconnu. Je redoublais de vigilance. Je voulais les emmener à chaque exposition intéressante, avoir le même égard qu’ils avaient eu pour moi. Je leur étais redevable de toute la culture qu’ils me dispensèrent et je tenais à entretenir leur curiosité.
Mes parents avaient fui le régime de Salazar et s’étaient débrouillés pour survivre à Paris, certes ils n’avaient pas eu les les meilleures conditions mais ils avaient appris à vivre avec, sans se plaindre.
C’était la fin du printemps et presque la fin du mois. J’avais argumenté pour prendre le métro. Vivre l’instant comme une épopée. Nous mêler à la foule pour aller au Musée Guimet nous régaler de l’exposition « Du Nô à Mata Hari, 2000 ans de théâtre en Asie. » Vivre et comprendre cette culture si différente de la nôtre les excitait.
À la sortie de la station Iéna, je compris que j’avais présumé de leur force.. Maman peinait. Les marches devenaient de plus en plus hautes. Ses chaussures devenaient de plus en plus lourdes à soulever. La respiration de papa n’était plus que sifflements.
J’étais derrière veillant à leur sécurité. Le croyant, juste avant que mon père bascule en arrière. Le soleil était au zénith, le ciel d’un bleu sans nuage. Lorsque maman s’écria « Marcelo » je restai sans réaction, figé, regardant le corps de mon père tomber en arrière. Ma mère tenta de le retenir mais le quintal de mon père l’entraîna dans sa chute.
Je survis à cet accident sans le vouloir. Depuis je suis enfermé à l’asile, pardon à l’hôpital Esquirol, le cadre est agréable, les jardins magnifiques. De temps en temps, malgré les sédatifs qu’on m’inflige, la vue d’un escalier me perturbe. La camisole de force est la seule réponse à mon agitation.
Aujourd’hui j’ai vu écrit « Fête des pères » sur les murs. J’ai perdu le nord. Je n’arrive pas à oublier que je les ai tué.

Atelier d’écriture de Leiloona, les autres participations sont ici