Faire semblant

15487208087_dea3f58e90_oFaire semblant c’est encore ce qu’elle pensait en regardant le menu. Il y a bien longtemps qu’elle n’avait plus envie de le regarder. Il ne le méritait pas. L’amour, mon dieu quel mauvais souvenir ! Elle l’avait aimé le temps de se marier puis avait tout aussi vite déchanté.
Le soir même elle voulut se donner à lui, élan d’amour, élan de tendresse elle y avait réfléchi longtemps après ou bien était-ce un simple besoin de perdre une virginité encombrante ou encore la nécessité de remplacer des pratiques solitaires par une fulgurance qu’elle imaginait !
Elle l’aiguillonna, l’embrassa à pleine bouche, lui déchira presque sa chemise à jabots, arracha le bouton du pantalon, se troussa elle-même pour… mais la petite chose flaccide, informe qu’elle devina recroquevillée lui paraissait bien incapable de…
Il ronflait déjà comme un propriétaire.
Elle eut envie de le secouer, de le gifler, de le griffer, de tordre, de mordre… La nuit de noces qu’elle avait tant espérée se délitait plus vite que les choux de la pièce-montée.
En y réfléchissant aujourd’hui elle se demandait encore si c’était cette nuit-là qu’elle prit la décision d’être vénale. Le laisser prendre son corps, le regarder se démener sur elle, l’entendre ahaner alors qu’au plus profond d’elle-même, elle pleurait de rage. Une pantomime bien loin de ses rêves.
Elle décida qu’elle serait sa chose, son réceptacle, le vivier de ses enfants. Elle lui vendrait son corps le plus cher possible puisque dans ce milieu on ne divorçait pas.
Elle se soumettrait ne lui refusant rien mais ne lui appartenant jamais.
Et l’offrande de son cœur ainsi que celle de son corps il n’en verrait jamais la couleur. Il eut tort de lui présenter le petit-fils d’un cousin éloigné de sa grand-mère, il ignorait que celui-ci ferait sa perte, irrémédiablement.
Ce fut un coup de foudre entre les deux.
Le lointain cousin était un artiste, il jouait de son corps avec délicatesse comme avec violence. Dans ses bras comme au creux de ses reins, elle vivait, existait. Son corps exultait tandis que son cœur battait la chamade Elle n’était plus une contrebasse (harpe) sans archet mais la cible de son Guillaume Tell. Chaque flèche qu’il envoyait la mettait en effervescence et lorsqu’elle touchait son but les fontaines de Jéricho s’ouvraient.
Le mari regardait la présence de ce cousin avec bienveillance. Qu’il fut là et l’atmosphère pesante se dissipait. Il pouvait lire son journal au coin de la table en ignorant presque le repas qu’elle lui préparait sans aucune remontrance. Le matin il lui arrivait même de tremper son doigt par inadvertance dans le café bouillant en consultant les cours de la bourse. Elle en riait sous cape.
Dès qu’il partait, le lointain cousin embrassait, touchait, manipulait, un chemisier trainait au sol, un bas sur une chaise, une culotte sur le pommeau de l’escalier. Des rires, des cachotteries résonnaient dans la maison. Ils faisaient des gammes ensemble, modulant les arpèges, accordant leurs tons jusqu’à…
Certes il n’a jamais changé son petit mari. Depuis longtemps elle ne composait plus aucun repas pour lui. Les enfants avaient quitté le home familial, elle leur avait donné ce qu’elle pouvait. Le cousin vieillissait et sa fougue s’estompait. Leurs rencontres s’espacèrent puis cessèrent totalement.
Pour éviter de se regarder en chien de faïence ils avaient pris leurs habitudes dans cette brasserie. Ce n’était pas Lipp mais la cuisine était de bonne facture. Elle savait depuis longtemps qu’il était aussi avare avec son porte-monnaie qu’avec sa virilité
Elle ignorait ce qu’il avait dans la tête mais ça n’avait pas d’importance. Ils faisaient chambre à part depuis des années. Avec ironie elle pensa qu’ils ne partageraient pas non plus le même cercueil.
Qu’elle éclatât de rire et la question fût aussitôt posée.
Elle apprit depuis toujours à transiger, à masquer, à dissimuler. Combien de fois elle dina avec lui, face à lui, alors que les stigmates de son cousin imprégnaient tous les pores de sa peau. Qu’elle en eut honte qu’aussitôt elle se rappelait la goujaterie de sa nuit de noce !
— Salade composée, commanda-t-elle au serveur qui se pressait vers eux.
— Steak tartare, ajouta-t-il en refermant la carte du menu.
C’est ce moment qu’il choisit en regardant dans la glace derrière elle, pour dire laconiquement :
— Il est grand temps qu’on se sépare maintenant.
Elle songea, tandis qu’une larme qu’elle ne put réprimer glissa sur sa joue, qu’une fois encore elle sera seule. Ce n’est pas qu’elle comptait sur lui, somme toute il n’assistera pas à la chute de ses cheveux ni au reste, dès le traitement commencé.

Écritpour l’atelier d’écriture de Leiloona.

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Le métro (5)

Tous les épisodes sont regroupés .

Nina le regardait entrer, le jaugeant, le soupesant comme un maquignon l’aurait fait d’une salers sur un marché aux bestiaux. Il s’était senti un peu gêné lorsque ses yeux se posèrent sur son entrejambe provoquant ainsi une réaction qu’il ne maitrisait pas. Lire la suite

La tentation de l’après d’Emily Tanimura

« C’est la période de l’attente » Telle est la première ligne de ce livre. Un premier livre d’une jeune femme née en 1979 à Lund en Suède, qui vit maintenant en France.

Après seulement cinq années passées à Paris, elle écrit ce livre dans la langue de Molière et reçoit le prix Montalembert en 2007. Prix décerné pour un premier livre de femme publié en français.

Elle raconte l’histoire, d’une Lolita de 15 ans, qui se déroule dans une petite ville de Suède. La jeune fille entre en dernière année de collège et dit « c’était l’époque où j’aurai voulu que tout change le plus vite possible et en même temps que tout reste pareil pour toujours. » Pourtant c’est l’époque des changements aussi bien dans la tête que dans le corps. Lire la suite

Tokyo décibels de hitonari Tsuji

J’ai laissé une citation ici à propos de ce livre https://hisvelles.wordpress.com/2011/12/15/jeudi-citation-avec-hitonari-tsuji/

Arata travaille à la mairie de son quartier et relève le bruit dans son arrondissement, à l’aide d’un appareil de mesure. Il trace une carte du bruit et découvre que si le passage d’un camion sur la route fait grimper l’aiguille de son appareil Lire la suite

L’infatué.

Quatrième défi des plumes de l’été organisé par notre amie Lisa qui n’a pourtant pas la tête à ça mais que je remercie vivement et à qui j’ adresse d’amicales pensées.

« J’étais un chasseur, les femmes mes proies. La nature avait fait de moi un mâle incapable d’aimer, un mâle animé par le désir physique, sans autre préoccupation.

Bien entendu je ne m’étais jamais marié, ne posséder qu’un seul échantillon de ce que le bon Dieu, s’il en était un, avait créé, m’était inconcevable. Jurer fidélité à une femme était au dessus de mes moyens et si parfois j’avais été fait prisonnier par les fils d’une toile d’araignée, je m’étais toujours échappé grâce à mon envie de vivre, grâce à cette soif de liberté qui m’animait.

Regarder ou entendre quelqu’un pleurer me gênait, j’étais pudique et ce laisser-aller m’était insupportable. Les crises de désespoir me laissaient sans voix et ne provoquaient aucune émotion sauf celle de m’enfuir à toutes jambes.

J’avais, bien entendu, eté traité de démon, de suppôt du diable et de bien d’autres noms d’oiseaux, mais ceux-ci ne m’atteignaient pas. Je savais combien le désamour, the disenchantment disait Shakespeare, pouvait conduire l’être humain à devenir vil, insultant et bas.

Je ne m’efforçais à aucun discours diplomatique lorsque je m’étais fixé une cible, seul mon insatiable appétit guidait ma façon d’évoluer et mon corps parlait pour moi.

Je m’étais astreint, dès mon plus jeune âge à la danse de salon, notamment le tango que je maitrisais parfaitement.

Si lorsque j’avais quinze ans, fréquenter la Compagnie Carlos Gardel, faisait de moi un homosexuel et provoquait quelques railleries chez mes camarades, les quolibets qu’ils m’adressaient, me passaient au dessus de la tête et lorsque je les entendais dire : «  Laisse tomber, c’est de la daube » je pensais évidemment au fumet de la cuisine de ma grand-mère et souriais béatement.

À vingt-cinq ans lorsque j’évoluais au bras d’une cavalière, je percevais leurs regards envieux me suivre sur la piste. J’étais talentueux, je faisais de ma cavalière un diamant qui brillait sous les sunlights et chacun sur les bords de la piste s’employait à dire : « Il est divin. »

Ensuite après ces quelques pas sur la dalle du parvis de l’église, je l’emmenais chez moi, pour mieux la dévorer des yeux, cette compagne d’un soir. J’usais comme les druides de potion magique parce que moi aussi j’avais besoin de tonus et je tenais à ce qu’elle garde un souvenir impérissable. J’aimais qu’après avoir tournoyé dans mes bras, elle jouisse de ma chair. J’aimais sentir sa déliquescence, son abandon, son corps complètement assouvi contre le mien. J’aimais quand le déclin du corps nous menait ensemble vers la petite mort. »

Extrait de la diatribe de : Le danseur vaniteux chap.III de J-Charles G.

Les mots étaient : DALLE – DIVIN – DÉCLIN – DIAMANT – DÉSIR – DÉLIQUESCENCE – DANSE – DÉMON  DÉSAMOUR – DÉSESPOIR –DAUBE – DEVORER – DIPLOMATIQUE – DRUIDE et DIATRIBE.