En attendant la pluie

Texte écrit pour les Impromptus Littéraires

Le thème de la semaine : »Une pluie douce ou torrentielle, espérée ou redoutée … en vers ou en prose comme il vous plaira
Faites nous rêver, faites nous peur, faites nous sourire … »

05-apres-la-pluie-au-loin-granvilleÉtendu sur un transat, je dorais au soleil, le regard caché par mon panama. Je rêvais. Préférant masquer mon regard, les filles en maillot de bain avaient sur moi un impact qu’elles n’imaginaient pas.
Je rêvais délicieusement.
Je ne soulevais mon chapeau que pour attraper la paille de mon soda, me désaltérant à souhait. Mes rêveries lascives me mettaient en émoi et ma posture sous le soleil ne laissait aucune équivoque.
J’appréciais ces vacances. Mon corps avait besoin de soleil et rougissait chaque jour de plus en plus. Je surveillais chaque soir devant la glace la différence de couleur entre la partie exposée de mon individu et celle que je ne montrais qu’à mes potentielles amantes.
Je déclinais. Les prétendantes ne se manifestaient plus. Mais je n’avais plus d’efforts à faire pour ranger ma location estivale. Mes slips traînaient tout autant que mes tee-shirts. Je ne repliais plus la banquette, mes draps baptisés s’étalaient au grand jour.
Bref ! Seul le soleil caressait ma peau, à mon grand dam ma libido ne se nourrissait que de souvenirs.
J’entendis vaguement « Bonjour monsieur, Gendarmerie Nationale » sans bouger. J’étais persuadé que mon imagination me jouait des tours. Je replongeai dans mon rêve éveillé.
La main qui secoua mon épaule sans délicatesse me surprit. Je me relevai d’un seul coup, faisant tomber mon couvre-chef. Le regard ébahi, prêt à en découdre, j’étais interloqué. « Qu’est-ce qu’il y a » ? dis-je agressif à la jeune militaire chapeautée qui me faisait face. Blonde, son regard froid me toisa disant « Votre tenue est indécente ». J’étais stupéfait. Son ton péremptoire eut pour effet de rétracter mes ardeurs. J’aimai bien les gens qui consacraient leur vie à maintenir l’ordre dès lors qu’ils se tenaient loin de moi. Oser imaginer cette gendarmette en micro bikini avec sa casquette sur la tête était rédhibitoire. Son air pincé et sa main sur la crosse de son arme me fit reprendre mes esprits, non seulement.
Une grosse goutte s’écrasa sur mes mollets puis une autre sur mes épaules. En un rien de temps la chemisette de la gendarmette lui colla à la peau dessinant les contours d’un sous-vêtement affriolant. Je louchai sur l’étoffe.
Gênée, les bras en croix sur sa poitrine, elle tenta de cacher ce que le ciel offrait à mon regard. Elle fusilla du regard son collègue qui louchait sur elle.
Je me recroquevillai sous le parasol regardant à la fois la pluie tomber et l’indécence de la jeune femme. L’eau dégoulinait de sa casquette. Pour la première fois je me surpris à remercier le bon Dieu, mais sans excès, reconnaissant sa bonté.
« Que je ne vous y reprenne pas » furent les seuls mots audibles que j’entendis. Elle tenta de claquer les talons pour faire demi-tour mais le sable mouillé atténua le mouvement. Son collègue me fit un clin d’œil.
Je regardai les gens remonter la plage en courant, abrité sous mon parasol. Je n’avais pas l’intention de bouger. La pluie propice à de tristes pensées semblait vouloir dire qu’il était l’heure d’accepter les outrages du temps.
J’essayai de me convaincre de partir à la montagne l’an prochain, de faire de l’exercice pour oublier, que probablement le bruit des cloches des vaches laitières me ferait penser à autre chose. Un pis-aller sans doute.

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