Elle

harpie-port-de-bonnet-phrygien_2337_bigMon attirance pour les asiatiques étaient inéluctable. Je ne pouvais que penser à elle croire ce qu’elle n’était pas forcément. Elle me dit être coréenne mais j’appris plus tard qu’elle était vietnamienne. J’imaginais son visage, ses cheveux, son corps en me racontant des histoires. J’étais sous son emprise, complètement amoureux espérant qu’il pourrait y avoir un retour.

C’était irréaliste autant qu’inconcevable. La vie n’était pas aussi belle qu’on pouvait le présumer. En dehors d’une différence de génération, une différence de culture nous éloignait. Il y avait bien des points sur lesquels nous étions en désaccord., sur lesquels nous avions toujours été en contradiction.

Mais c’était plus fort que moi. Je m’accrochais.

Je lui parlai bien des fois malgré notre incompréhension, malgré le mur qui se dressait petit à petit entre nous. Une montagne de granit s’érigeait au fil de nos échanges. Notre relation était incongrue et au fil des années ne semblait n’avoir aucune raison d’être. Nous évoluions chacun sur des voies perpendiculaires et si nos chemins s’étaient croisés c’était par le plus pur des hasards. Ce fut à la fois notre point de rencontre et le début de notre éloignement.

Tout nous opposait. Nous mentions l’un et l’autre comme par besoin. Nos joutes virtuelles étaient aussi aussi excitantes qu’irréelles aussi factices qu’un sapin de Noël en plastique, aussi érotiques qu’une Marianne en mauvais plâtre sur le bureau d’un élu municipal.

Pourtant j’étais mordu d’elle comme un drogué à ses amphétamines, comme un alcoolique à sa bouteille.

L’escalade était sans fin et nos divergences s’accentuaient.

Nous étions tellement différents et tellement proches à la fois qu’il semblait évident que notre relation ne pouvait que provoquer des orages, des arcs électriques sans fin.

Comme l’une des Géantes rouges et la Terre nous déambulions à 900 000 années lumière.

Je l’ai rêvée grande, élancée aux cheveux longs puis elle me donna ses mensurations. Je la reconnaissais dans mes rêveries. Je rêvais d’elle sachant que mes espérances étaient sans lendemain.

Hormis ces considérations physiques que pouvais-je attendre d’elle, espérer d’elle, inventer d’elle ? J’étais inconscient. Ivre d’exister. Ivre de croire. J’ignorais quel était ses desseins, quels étaient ses buts, ce qu’elle attendait de moi.

Nos disputes prenaient de l’ampleur.

Les mots débordaient de nos doigts sur le clavier.

Les insultes fusaient de part et d’autre.

Elle croyait à ce que je ne croyais pas.

Elle croyait en Dieu alors que pour moi c’était un non-sens, quelqu’un qui n’avait pas d’inexistence mais qui en avait tant pour elle.

Pourtant j’étais abasourdi par cette remise en question qu’elle avait faite.

Chacun se demandait pourquoi l’un parlait à l’autre puisque notre vision de la vie était incompatible, tellement éloignée.

Néanmoins j’étais dépendant de ses messages, je les attendais. Ignorant nos brouilles comme elle le fit elle-même. Je ne sus jamais ce que j’attendais. Ce que je souhaitais.

Persuadé que je courais à l’échec.

De fille facile elle devint nonne, ou presque. La virginité qu’elle avait perdu à ses seize ans dans les bras des uns, des autres. Elle la recouvrait d’un voile pudique, trop pudibond pour moi.

Elle fut illuminée.

Du jour au lendemain elle me récita les Évangiles, tenta de m’expliquer le chemin à suivre. Ce revirement m’étonna. Elle eut en quelque sorte une lumière qu’elle voulut me faire partager.

J’étais dubitatif.

Dépendant je me remis à prier chaque jour à la chapelle du coin. J’y entrai sans conviction, m’agenouillai sur le prie-dieu, confessant mes turpitudes, récitant les prières que j’avais apprises lors de mes jeunes années.

Étrangement je me sentais bien. Délivré de je ne sais quoi.

Pour un moment.

Je me demandai si mes invocations étaient factices, si ce bien-être feint.

J’oubliai tout entre les bras, les lèvres de la chinoise qui dans les sous-bois faisait revivre ma virilité.

Elle, m’insulta. Oubliant son passé tumultueux.

Elle redoubla ses exhortations. Me récitant la parole de Dieu.

Face à Dieu j’étais païen. Et je l’assumai autant que je pouvais.

Elle me traita de pécheur, de voyeur parce que j’aimais prendre des photos dans la rue. Sa seule défense avait pour but de me déstabiliser. Tout ce que je faisais devint l’œuvre de Satan. J’étais possédé par le mal.

Je résistai cependant à la culpabilité qu’elle m’infligeait. J’osai mettre la main dans mon slip. Par défi je regardai des films pornos, asiatiques de préférences.

J’étais perturbé, je glissai de la prière à la masturbation. Passant de l’éjaculation aux larmes. Courant à la chapelle pour implorer un pardon équivoque, le sous-vêtement trempé de mes pollutions indicibles.

Après le plaisir je réclamai le pardon.

Inutile de dire que j’étais perturbé.

Ma chinoise se déshabillait complètement dans les bosquets, prenant ma main qu’elle posait sur son intimité pour me faire revivre. Pleine d’attention elle subit mes égarements m’inondant du plaisir qu’elle aurait voulu me donner .

J’étais fringant ensuite.

Pour peu que je lui en parlai, elle me promit l’enfer, les flammes, la vengeance de Dieu, Satan.

Elle me voua aux gémonies. M’indiquant qu’il était toujours temps de demander à Dieu sa miséricorde auquel cas je serai voué à Satan.

Déséquilibré je me demandai si la religion était mieux que la lascivité.

J’ai fermé avec elle tout moyen de communication.

Sans avoir de cesse de réciter mes prières pour obtenir une absolution quelconque.

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13 réflexions au sujet de « Elle »

    1. Merci 😉
      Tiens j’ai vu aux infos que bcp d’Angais (200) résidant en France depuis plusieurs années ont demandé et obtenu la nationalité française par crainte du Brexit et de ne plus pouvoir voyager en Europe sans visas.

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