A l’ombre de

La consigne de la semaine chez les Impromptus littéraires est d’écrire un texte commençant par : à l’ombre de…

L’ombre de mon corps m’agaçait, Elle jouait la dissidente et me contrariait. Bien sûr qu’elle réussît à me faire peur. Elle ne m’obéissait pas. Je fus désarmé face à ses mauvais tours. La vie ne tenait pourtant pas qu’à une ombre mais celle-ci me rendait d’une humeur noire.
Le premier avertissement, je le reçus alors qu’en ombre chinoise je formais un cœur pour mon amoureuse du moment. Je fus dérouté de le voir transpercé. Je tournais la tête, soulevait le drap, j’éteignis la lumière, sans rien voir. Celle qui faisait battre mon organe, déconcertée, me traita de tous les noms, me gifla puis s’en alla.
J’étais abasourdi. Mon ombre me desservait. .
Au fil du temps qui passait, cette immonde démiurge, cette ombre malfaisante, continuait de me harceler. Elle m’obligeait à choisir mon trottoir, le côté mal éclairé celui sur lequel elle ne pouvait rien déformer sauf lorsqu’une soudaine lumière se déclenchait.
J’en étais arrivé là, à me cacher du soleil, de la lumière. Cette ombre me pourrissait la vie et bien entendu elle prit un malin plaisir à continuer de le faire. Ses armes factices avaient dissuadé mes prétendantes . Effrayées elles me quittaient la culotte en bas des genoux, le soutien-gorge abandonné sur ma couette.
Je me masturbais violemment au fond du placard dans le noir le plus complet pour être à l’abri d’une arme tranchante, en proie à des envies irrépressibles. Mes amours impossibles excitaient mes sens. Je ne me contrôlais plus.
Mais mon ombre était là, à l’affût.
Fatalement on m’enferma à l’hôpital psychiatrique. Mes névroses s’amplifiaient. Ma conduite devenait irrationnelle. Le corps médical voulait me protéger de moi-même. Je fus immobilisé par une camisole de force alors que sous la lumière blafarde mon ombre se jouait de moi.
Elle plantait épée, couteau, paire de ciseaux, fourchette imaginaires à chacun des endroits que je ne pouvais dissimuler. Plus je criais, plus mes doses de neuroleptiques augmentaient, seules réponses médicales à mes tourments.
J’avais peur de mon ombre, elle m’épouvantait.
J’avais peur de mon psychiatre, il m’inquiétait.
Ce thérapeute à la paupière fébrile me surveillait, distraitement, il ne croyait pas à mes angoisses , trop occupé à observer les tremblements de sa main gauche. Son état empirait jour après jour. Peut-être qu’inconsciemment son ombre l’oppressait. J’étais contrit pour lui. Le processus s’inversait c’était surréaliste. Un diable livré aux mains de son homologue.
Ma propre ombre me pourchassait, impitoyablement, sans relâche.
Lorsque je fus enfin libéré de mes entraves, je dévissai l’ampoule du plafonnier pour me protéger. Accroché à la douille je reçus une décharge électrique, ma main resta comme scotchée à la lampe. De mes cheveux à la pointe de mes pieds, mon corps fut arc-bouté, tendu, presque cramoisi. Mes muscles bandés tremblaient sous l’agression des 220 volts.
Le médecin se curait les ongles, indifférent.
Mon ombre s’agitait. Je la regardais se battre contre la violence de la tension. Elle passait par toutes les couleurs. Elle se décomposa, se liquéfia pour enfin disparaître.
Je m’habituais petit à petit à la lumière, au soleil. Mon absence d’ombre ne me rassurait pas pour autant. Je me sentais abandonné.

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11 réflexions au sujet de « A l’ombre de »

  1. Cher Peter pan, je me suis régalée à la lecture de cette page. Je suis l’ennemie de la fée Clochette, je vais découdre cette ombre qui te colle aux chausses. Mais comment faire, je suis trop petite et tu es suspendu bien haut maintenant ! C’est malin ! Quelle idée de tripoter cette ampoule ! Et l’autre andouille, le psychiatre, il ne peut pas couper le jus ? 😀
    En tous les cas, bravo, j’aurais bien lu quelques lignes de plus !

    Aimé par 1 personne

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