Un crime

020 - P1090322Je planquais depuis trois jours dans la maison d’en face à 300 mètres. Je les avais suivis en plusieurs étapes de façon à ne pas me faire remarquer. J’étais installé dans une pièce en terre battue plutôt spartiate et froide, un vieux robinet crachait un peu d’eau sans faire trop de bruit. C’était mon seul luxe.
Je savais que So et Abdel trempaient dans un tas de coups foireux et j’avais l’impression que cette fois-ci le poisson était un peu trop gros pour eux. So était une asiate imprévisible, très douée en arts martiaux, elle pouvait se dépatouiller de trois ou quatre malfrats en même temps. Elle utilisait nunchaku et shaken avec habilité. C’était une tête brulée.
De son côté Abdel était un ancien boxeur, toujours armé d’un Glock glissé dans la ceinture de son pantalon. Il avait bien des agressions à son actif mais chanceux au possible il s’en sortait toujours.nunchaku_849507-L
Tous les deux étaient dangereux. Ils m’avaient donné des coups de mains ponctuels. J’avais appris par Joe, une poucave, qu’ils essayaient de me doubler. Joe vendait les informations qu’ il donnait à tout le monde.
Je m’interrogeais. L’endroit était certes isolé mais cette barrière vermoulue et cette porte n’avaient rien de sécurisant. Casser un de ces petits carreaux au diamant serait un jeu d’enfant mais il y avait toujours l’un des deux dans la maison.Shuriken_Shaken_Juji
Je soupçonnais un trafic d’armes , les 4×4 électriques arrivaient de nuit, tous feux éteints pour ne pas se faire remarquer ensuite j’entendais des tirs d’armes derrière la maison.
Je ne sais pas ce que je guettais cependant j’étais sûr qu’ils essayaient de me faire marron. Les armes, la drogue, la prostitution passaient par moi dans le lyonnais et je n’avais pas l’intention de me faire doubler. J’étais connu, reconnu et ces deux là ébranlaient ma suprématie. J’aurais pu demander à Nico et à Bosco de s’occuper de la chose mais je craignais la maladresse. Il y a des taches que je faisais seul mais quand il s’agissait d’exécuter quelqu’un je le faisais devant tout le monde. Le respect passe par le meurtre, le sang froid.
Petit à petit la maison se remplissait. Je reconnaissais certains malfrats des bas-fonds, des petites frappes de l’Est, des caïds de Marseille, de Tanger et d’ailleurs. J’étais surpris de voir que certaines de mes filles se mêlaient à ce gang disparate, pour tout dire j’enrageais.
J’avais le sentiment qu’on essayait de me mettre au rencard. Mes cheveux blancs en étaient-ils la cause ? Je menais mon job sans sentiment, d’une main de fer, sans faiblesse.
Cette nuit toutes les frappes de Villeurbanne à Vaux-en-Velin, de Décines à Bron ou encore de Bron à la Mulatière tous les lieutenants étaient présents.
Je regrettais d’être seul, mon armée de l’ombre aurait décimé ses vendus. Seul contre tous je ne pouvais rien. J’endêvais.
Pendu à mes jumelles elliptiques, je me signais. Je sentais la remise en question. Je n’en menais pas large.
Le feu d’artifice que je pris d’abord pour des atteintes à ma personne, affichait mon nom dans la nuit noire, un Bon anniversaire en jaune vert et noir illuminait le ciel. La Païwa, Lola Montes, Mata Hari et la Castiglione, toutes de sourires vêtus, mes chères filles ouvrirent la vieille barrière et se précipitèrent vers moi en chantant « Happy birthday Monmon » J’étais époustouflé en recevant les quatre balles dans le buffet !

Poucave = mouchard

Monmon = Edmond Vidal du gang des lyonnais.

Texte écrit pour les impromptus littéraires.

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