Un jour de brouillard

©Romaric Cazaux
©Romaric Cazaux

J’avance d’un bon pas. La brume se lève doucement. Le froid hivernal a contraint les promeneurs à rester chez eux. Il me faut me réchauffer je viens de subir un affront. C’est rare dans ma carrière et surtout ennuyeux.

D’habitude, c’est le sourire qui égaye mon visage. Là il est de sortie en quelques sortes. Je grimace. Le froid mordant déforme mon visage. L’entraînement me manque. Les gelées matinales obligent les gens à se terrer chez eux. Cela ne me facilite pas la tâche.

J’aime le risque à dose limitée. Le but n’est pas de se faire prendre. Je dérobe, subtilise, vole pour l’argent, pour le plaisir.

Je suis invité à toutes les réceptions, mon nom est connu de tous. Je suis un gentleman. Si j’ai l’air has been c’est par provocation, par défi. J’aime porter chapeau, redingote et gants de cuir.

Tout le monde me regarde de la place Dauphine à celle de la Nation. Tant qu’ils observent ma tenue vestimentaire ils ne surveillent pas mes mains, j’épate la galerie. Sur la ligne 1, celle qui file de Neuilly à Vincennes, je fais le plein. Ensuite je dépose mon butin aux Puces de Clignancourt : portefeuilles en peau, toiles ou plastiques après les avoir délestés de leurs billets roses de 500 ou jaunes de 200 euros. Je les aime ces gros billets, je les chéris.

Le Behike est mon cigare préféré, c’est un Havane roulé à la main par une vieille employée de la manufacture El Laguito. Il vaut deux billets jaunes alors je dois travailler tous les jours pour en fumer un le soir en regardant la fascinante Carole Gaessler présenter son journal de la nuit.

Entretenir une ou deux maitresses nécessite d’avoir un compte en banque bien garni, ce que je n’ai pas. Mais une application pour mon smartphone, fort pratique, dénichée sur internet me permet de pirater les cartes bancaires dans les lieux publics et de les utiliser à mon envie. Je suis royal avec l’argent des autres.

Asphodèle, l’une de mes amoureuses, avide de belles choses me réclame tout le temps de lui offrir La bague Peau d’âne de chez Van Cleef & Arpels. J’y réfléchis souvent et j’ai beau lui expliquer que je n’ai pas assez d’argent, que je ne suis pas Arsène Lupin, elle n’en démord pas et me prive de toutes ses attentions.

 J’enrage.

Celestine, l’autre de mes amoureuses, écœurée de trop de nougats, ne me réclame que des weekends à la montagne, du caviar Beluga accompagné d’une vodka blanche de chez Petrossian ou simplement des macarons de chez Sève qui accompagne le thé qu’elle sert vers cinq heures après la sortie des classes.

J’en bave.

Pour l’heure je presse le pas, le froid me saisit. J’ai failli me faire prendre la main dans le sac, presque. Dans la rame de métro alors que j’avais en main un portefeuille bien gonflé, une ravissante blonde à frotté ses seins sur mon avant-bras. Je me suis mis à trembler, à être moins assuré et ma main à perdu de sa dextérité. J’ai laissé tomber et suis parti le feu aux joues. J’ignore encore si c’était le balancement de la rame ou simplement un effet de mon imagination mais il est clair que la sensualité d’une femme fait dérailler mon mode opératoire.

Le gravier crisse. Quelqu’un marche aussi vite que moi. Je presse le pas en proie aux doutes. Le brouillard m’insupporte, m’empêche de respirer, me pique la gorge. Les pas se rapprochent. J’accélère. Je cours. On me talonne.  

Essoufflé je ralentis l’allure. Je tousse comme un perdu, une crise d’asthme se déclenche. Mon chapeau tombe je me penche pour le ramasser. Soudain on me tire les bras en arrière. Je hurle, me débats. Des menottes se referment sur mes poignets. Je tousse de plus belle, crache, je ressens comme une brulûre aux poumons. Je suis penché en avant, le visage pourpre, les yeux globuleux, en larmes.  Dès que la crise s’atténue, je tourne la tête pour essayer de comprendre ; la blonde du métro me sourit, son collègue, dans la poche de qui je fouillais, me dit « Vous êtes en état d’arrestation. »

Pourtant je sais bien qu’il ne faut pas que je sorte les jours de brouillard.       

Atelier d’écriture de Leiloona

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31 réflexions au sujet de « Un jour de brouillard »

  1. En même temps, tu avais pour toi deux brunes superbes, et même pas jalouses l’une de l’autre, puisqu’on est copines…quelle mouche t’a donc piqué d’être allé te frotter à cette blonde…J’ai envie de te dire que tu l’as un peu cherché !
    Blague à part, c’est émoustillant de se retrouver l’héroïne d’une de tes nouvelles…je suis toute chose. C’est une jolie surprise,et de plus, c’est remarquablement écrit, comme toujours.
    Quel talent ! et quelle santé, j’ai envie de te dire 😉

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    1. J’ai rigolé en lisant ton commentaire. 😀 Pour la blonde j’ai plutôt l’impression que c’est elle qui a eu quelques égarements histoire de tester ses charmes.
      Pour Asphodèle et toi j’avais changé les noms au départ, puis me disant que ce n’était déjà que des des « surnoms » bloguesques je pouvais les utiliser et ainsi c’était plus drôle. Non ne rougis pas, tu as, tu as toujours de beaux yeux…:P
      Merci et tu me fais 😳 avec mon talent.
      Bises.

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    1. Tant mieux j’ai ri en l’écrivant aussi. 😀
      Merci Leil, j’avais l’impression de tenir mon Arsène Lupin avec cette photo et je n’avais pas l’intention de passer à côté.
      Je te remercie d’apprécier mon écriture mais sûrement que le fait qu’elle s’affine est le conséquence des ateliers auxquels je participe depuis quelques années.
      Je devrais donc te remercier à mon tour de nous donner la liberté de nous exprimer. 😉

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  2. Une bonne adresse cette rame de métro avec des usagers aux billets jaune dans les poches ce n’est pas dans le RER que je tombe dessus !
    Ah qui se fier si la rouquine blonde use de ses charme pour alpaguer :-)))
    super cette histoire

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  3. Oui, je suis d’accord, ton écriture s’affine, ta plume se fait plus légère et plus directe mais franchement ! 🙄 me prêter ces goûts de luxe dispendieux, diantre !!! Non ce n’est pas la Peau-d’Âne de Van Cleef que je veux mais l’alliance trois ors de Cartier, enfin tu devrais le savoir ! Sinon je pique la vodka de Célestine en même temps qu’une crise !!! 😆 Nous sommes dans le même harem on n’y verra que du feu !!! D’ailleurs pas jalouse mais pas pour la polygamie non plus alors c’est réglé : fiançailles rompues ! 🙄 Non mais ho !!! Warf, je rigole !!! 😆
    je t’envoie un MP pour les fôtes… Grrr !!! En tous cas j’ai bien ri !!! 😀
    P.S. : Arsène Lupin de pacotille, va !!! 😆

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    1. D’accord j’ai dévoilée devant tout le monde 🙄 tes gouts hors normes. Je savais que tu piquerais une crise 😀 mais j’aime bien te voir monter sur tes grands chevaux ( non t’es pas Val 😳 )
      Pourtant tu savais avant les fiançailles que j’étais polygame 😀
      Merci pour le mp t’as vu changé. 😉
      bises ma mie 😛

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  4. Sur le coup, j’ai pensé que la blonde avait utilisé ses seins pour détourner son attention et lui faire les poches, mais au fond, c’est encore pire, parce que là, c’est fini pour un moment les cigares à 1000 euros, les billets jaune, rose et les jolies brunes. Excellent texte!

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  5. Le texte est super sympa et la chute inattendue. J’ai ri en le lisant, je me demandais si tu ne bavais pas surtout sur les beaux magazines de Noël pleins de magnifiques produits et de superbes mannequins…

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    1. Tu les connais les deux poulettes, c’est pas de la tarte ! 😀 Le gentleman cambrioleur m’a fait penser à Arsène Lupin un mec sympa. J’ai lu tes billets ces derniers temps mais j’ai un peu la tête dans le cul ces derniers temps, je quitte mon appartement au 31/12

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