Etna

Ce texte fait suite à un autre texte publié ici : Sedna

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Il considère les dégâts. Relève la chaise. Ramasse les frites en mangeant celles du dessus. Il se regarde dans la glace puis s’interroge : « Quelle est cette colère, pourquoi cette réaction ? »
Il se contemple de haut, ne s’accordant aucune concession. Suspend sa veste trempée sur un cintre et se débarrasse du reste. Il se regarde nu faisant fi de ses imperfections, son corps lui convient.
S’il repense à Sylvia qui fut la dernière en date son corps s’éveille. S’il y superpose le visage de cette Sedna. c’est comme si l’Etna se réveillait.
Il fonce sous la douche. Ouvre l’eau froide. Se jette dessous en poussant des cris d’Homo-sapiens en rut. Il sent la chaleur le quitter mais son émoi persiste.
« Merde, merde, merde, se dit-il. » Pour se justifier il convient que son corps est bien plus entraîné à l’action que son cerveau à la réflexion. Pourtant cette pensée ne le satisfait pas.
Il saute dans un jeans, enfile un t-shirt et décide d’aller passer un moment à la Rhumerie, l’endroit est convivial, l’alcool coule et un verre ou deux facilitent les rencontres.
Il sait que le Planteur lui fait tourner la tête. Cependant il choisit de réduire à néant les pensées confuses qui le harcèlent, de les noyer dans les vertiges de l’alcool.
Assis en terrasse, il sirote le liquide qui lui descend dans la gorge. Il a exigé du barman un rhum à 62° qu’il sentira bruler dans ses entrailles.
Déjà le feu lui monte aux joues.
Il boit sans soif, pour oublier. Le goût de la cannelle lui caresse les papilles tandis que l’alcool de canne à sucre est comme la lave d’un volcan en effusion s’insinuant dans les méandres de ses viscères.
Le serveur s’approche, lui adresse un sourire condescendant fleurant bon le pourboire espéré. Il renouvèle la commande qu’il apporte cinq minutes plus tard Encaisse la consommation acquittée d’un billet de 100 qui le rend tout sourire,.
La petite brune en face de Vince croise et décroise les jambes en un ballet langoureux. Elle a même agité son index pour qu’il la rejoigne à sa table. Il n’a rien vu. Elle déteste qu’on l’ignore.
Elle s’impose, s’assoit face à lui en claquant son verre vide sur la table en marbre pour attirer son attention. Il baisse les yeux, sourit machinalement comme si la démarche était coutumière.
Puis il tourne de nouveau son regard à travers la baie vitrée. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’il se rend compte qu’elle lui caresse la main.
Il n’a pas envie de parler, elle non plus. Il lui propose néanmoins un verre qu’elle commande d’une voix volontaire au dessus du brouhaha de l’endroit.
La terrasse est pleine, le café est prisé. Elle lui dit s’appeler Catherine lorsqu’il pose son regard sur elle. Il n’avait pas encore remarqué ses yeux en amande. Soudain son intérêt décuple. Il essaie de tout voir d’un seul coup, presque, sans ostentation.
De la forme de son visage au galbe de ses hanches. Il tente d’épouser discrètement ses formes. Elle le laisse faire, recule la chaise pour montrer ses jambes qui dépassent d’un short en jeans. Elle dégrafe un bouton de son chemisier pour exhiber la dentelle d’un soutien-gorge blanc.
Il plonge les yeux dans l’invitation. D’un geste négligeant elle frôle l’échancrure de son corsage. Il suit le doigt comme il suivrait le balancier d’un pendule chez un psychothérapeute mais sans l’état hypnotique recherché.
Elle est jolie, mince et grande. Elle semble détenir toutes les promesses que le créateur a façonné pour que l’Homo-Erectus succombe à la tentation.
Elle prend sa main qu’elle guide sur les pans découverts de sa poitrine. La carnation, est douce, il murmure son plaisir. Elle est sans complexe, glisse la main de celui qu’elle convoite à l’intérieur de sa lingerie. Sous les doigts inconnus son corps exulte.
Il touche la peau. Il ne sait pas si le rhum annihile les sens mais il se sent lamentable. Pourtant il la suit quand elle l’entraîne dans les toilettes pour dames. Dès qu’elle referme la porte sur lui, il suffoque, panique, se débat contre des moulins imaginaires. Il la repousse sans ménagement. Ce que sa tête désire, son corps le refuse.
Il sort échevelé du réduit.
Dans la glace il a l’impression de se voir en Courbet, hagard, plein d’étonnement et de violence dans le mouvement.
Il se hait, glisse un billet sur le plateau du serveur qui le regarde d’un air concupiscent. Il s’enfuit du bistrot, presque en courant comme s’il devait éviter que la peste ne le rattrape.
Il pleut, il fait noir. Les gouttes le transpercent pour la seconde fois de la journée. Il courbe le dos, supporte l’orage d’été. Ses vêtements lui collent à la peau, Sur les pavés mouillés, dans la lumière du réverbère, ne se dessine que le visage de Sedna.
Il se sent perdu. Se signe même, présumant que ce gestuel le protège. Le désir l’assaille.
Son corps réclame ce que son éducation repousse.

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11 réflexions au sujet de « Etna »

  1. La mystérieuse Sedna le hante. Est-ce que son corps résistera à ce que son éducation repousse ? J’ai hâte de savoir ! De belles images dans ce texte. Douceur et sensualité aussi, colère, un coup de rhum à 62° (beurk !) pour faire passer le tout ha ha L’ « Homo-sapiens en rut » (mdr) trouvera-t-il sa belle ? Vite la suite ! Quel bon texte 🙂
    Bisous et bonne journée J-C

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    1. Je ne t’en dirais pas plus Nad puisque rien n’est écrit encore, tout dépendra du sens du vent 😀 C’est vrai qu’il est un peu « chaud » sans toutefois… mais les images sont là ! 😉
      Merci à toi et belle après-midi.

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  2. Bravo, ça se lit comme un planteur : tout seul et ça c’est vraiment chouette ! Sensualité mais pas vulgarité, donc c’est bien ! Chaud bouillant mais tu t’affines !!! 😆 (cela dit, je n’ai pas reçu la News pour ce texte alors que je viens de recevoir la dernière ! Chouette j’ai la suite de suite !!! (mais quand même 🙄 )…

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    1. OUi je n’avais pas envie de vulgarité en tout cas. Je n’ai eu qu’un commentaire samedi et je me suis dit t’es mort sur le net mais pas grave continue, fais-toi plaisir. 😀 mais bon je l’ai peut-être cherché. 😉

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      1. Tu connais les règles du blogging depuis le temps…alors tu sais, si tu ne commentes pas ailleurs, on ne viendra pas forcément commenter, hélas, je trouve ça dommage mais c’est comme ça ! 😉 Mais si ta News, en plus, n’arrive pas, c’est la totale !!! 😆

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