Chapter 3

Angelo n’arrivait pas à réfléchir correctement. Il était fébrile. Tout cet argent et Nina, qu’allait-il faire ? L’heure tournait, le ciel devenait rouge et l’aridité de l’endroit n’en ressortait que plus.

Il redescendit à la cave, brancha le congélateur, vérifia qu’il fonctionnait, le mit au maximum. Il se déshabilla complètement ; ce qui lui sembla étrange. Être nu dans la cave de son grand-père lui paraissait déplacé. Il en rougit.

Il grimpa l’escalier, regarda Nina une nouvelle fois. Il ne pouvait croire que c’était fini, qu’elle était morte. Son visage semblait calme, détendu, mais le trou était irréparable.

Il essaya de la soulever mais la rigidité cadavérique semblait déjà l’avoir gagnée. Impossible de la mettre sur son épaule comme il l’aurait fait en chahutant. Il allait devoir la prendre dans ses bras, face à lui et descendre les marches une à une.

L’idée l’ennuyait mais il n’avait pas le choix. Il fléchit sur ses jambes, l’attrapa sous les aisselles, la plaqua contre lui. La tête de Nina roula sur son épaule. Il eut l’impression qu’elle l’enlaçait et la relâcha presque violemment.

Il se mit à marcher, d’une pièce à l’autre, cherchant une solution. La nuit n’était pas encore là mais elle étalait lentement son long manteau sombre. Il ne voulait pas allumer la lumière, de peur d’être vu.

Les croûtes de sang avaient déteints sur lui. Il essaya de les enlever du bout des doigts mais les étala. Il avait toujours l’impression d’avoir le corps de Nina contre le sien, de sentir ses seins. Il se pencha de nouveau, la mit à plat-ventre, glissa les bras sous ses aisselles à nouveau et la souleva. Elle avait ses fesses dures qui reposaient à un endroit où elles n’auraient pas dû être et il la maintenait sous la poitrine. La position était inconfortable.

Il psalmodia des incantations étranges dans l’escalier, pourchassant un trouble qu’il ne contrôlait pas. Allonger Nina dans le congélateur fut délicat, il ne voulait pas l’abîmer. Il se souvenait, à la mort de son grand-père, de s’être battu avec les embaumeurs qui n’hésitèrent pas à tordre et à malmener un bras pour passer les vêtements du défunt.

Angelo avait tuée Nina malencontreusement mais il ne la haïssait pas, alors pourquoi lui briser un abatis, il devait la respecter. Il n’avait pas encore eu le temps de s’appesantir, d’évaluer les conséquences, de comprendre.

Il prit une douche à l’eau froide pour enlever les traces d’hémoglobine et chasser ses mauvaises pensées. Il enfila son jean puis son tee-shirt sans s’essuyer.

Il attrapa le sac de Nina pour prendre une Marlboro qu’il alluma. La première taffe le fit tousser comme un perdu, il cracha ses poumons mais s’entêta. Trois ans qu’il avait arrêté de fumer mais il sentait l’envie de repiquer au vice. Une brulure au thorax pour exulter, des gestes jamais oubliés pour le calmer.

Machinalement il attrapa l’Iphone de Nina, qu’il avait pris soin d’ôter de la poche du jean. Le vibreur se déclencha tant et si bien qu’il laissa choir l’appareil comme s’il venait de se brûler. Un nouveau message venait d’atterrir dans la messagerie. Ils étaient tous du même émetteur. Il ne les lut pas.

L’histoire sentait le roussi même si Nina était maintenant dans une chambre froide. Il ignorait les rapports qu’elle entretenait avec son mystérieux correspondant, certainement le pourvoyeur de la « cam » qu’elle revendait.

Il mit le paquet de Marlboro dans sa poche, rangea dans le sac le briquet en or dont il ne voulait pas s’encombrer et chercha un briquet plus ordinaire qu’il ne trouva pas.

Angelo fit le tour de la maison pour vérifier que tout était fermé soigneusement. Il fixa les barres de fer aux volets, descendit une nouvelle fois au garage, jeta le sac de Nina dans un vaste tiroir de l’établi. Il sortit son trial, une moto Sherco qu’il entretenait depuis qu’il avait l’âge de voter.

Après avoir refermé la porte du garage il descendit la grille blindée. Il avait fait installer des sirènes sur le toit qui se déclenchaient dès que quelqu’un forçait une porte où une fenêtre. Elles avaient sonné une fois et comme il avait enregistré le numéro de la gendarmerie, la maréchaussée s’était déplacée tambour battant. Auparavant, la maison fut visitée par deux fois et il ne souhaitait pas que cela se reproduise.

Surtout pas maintenant.

Le moteur de la Sherco tournait au ralenti. Le crépuscule s’installait petit à petit. Pas d’arbres, pas d’ombre ce qui permettait de voir assez loin, l’endroit était calme, désertique, sans habitation. La première maison était à 800 mètres à vol d’oiseau.

La moto, il pratiquait déjà quand il était petit. Son grand-père lui avait d’abord acheté une 50cc MRT d’occasion. Il roulait sur la route ou sur la terre, ça n’avait pas d’importance. Il connaissait chaque pierre, chaque caillou, chaque cactus qui avait été planté là mais qui avait péri sous les assauts de la froidure des hivers.

À la première chute, le genou copieusement écorché, le moteur brulant sur la cuisse, le grand-père avait dit simplement : « T’as qu’à faire attention. Si tu veux je remplace ta moto par une patinette. » Il n’avait que douze ans. Il avait retenu ses larmes, relevé l’engin et était reparti. Pepito, le vieux, était fier de son petit fils. Jamais il n’eut besoin de dire des paroles inutiles, ça n’était pas son truc. Pour les dix-huit ans du petit, il revendit la MRT pour lui offrir la 250cc Sherco qu’il conduisait toujours.

Ils en parcoururent des kilomètres ensemble, Pepito au volant d’une Jeep de l’armée et Angelo sur son Trial. Le petit-fils suivait l’évolution du grand-père dans son rétroviseur et ses cascades involontaires sur deux roues lorsqu’il prit de plein fouet des racines d’un vieux cactus. S’arrêter eut engendré les foudres de Pepito cependant Angelo décélérait prêt à intervenir, si besoin. En tout cas, il ne lui serait jamais venu à l’idée de se moquer de son grand-père qui lui avait tout appris. Ils se surveillaient l’un et l’autre au cas où.

Pour l’heure au loin, il aperçut les phares blancs d’une voiture. Il éteignit immédiatement celui de la moto. S’arrêta. Observa l’avancée du véhicule. Quelqu’un sur la route, dans ce coin perdu était exceptionnel. La plupart du temps, il s’agissait d’une erreur, quelqu’un qui s’était égaré, qui avait raté l’embranchement pour rattraper la route départementale.

Il remit le moteur en route. La nuit était tombée maintenant. Il roulait dans le noir doucement. La voiture allait vite, semblait être coutumière des méandres de la route. Elle soulevait des montagnes de poussière qui dessinaient des formes étranges derrière elle.

Au fur et à mesure qu’elle s’approchait, Angelo s’écartait. Il ne voulait ni être vu ni être reconnu. La grosse cylindrée, ne pouvait appartenir à l’une de ses connaissance et encore moins au peu de famille qu’il lui restait.

Elle stoppa trop rapidement devant l’entrée du garage dans un dérapage incontrôlé ; l’arrière vint s’écraser sur l’arrête du mur, les crissements de la pierre sur la tôle firent sourire Angelo. Dès que le chauffeur reprit le contrôle du véhicule et l’immobilisa le passager sortit du véhicule en hurlant. Furieux, il shoota dans le mur pour calmer ses nerfs.

Le chauffeur fusa de la Bmw aussi rapidement qu’un clown jaillit de sa boite. Les deux hommes se colletèrent. Angelo croisa les bras. Le spectacle l’amusait. L’empoignade virait au pugilat. Angelo se mordit la lèvre inférieure pour ne pas éclater de rire. Voilà ce qu’étaient ces petits truands : des sans-cervelles incapables de refréner leurs instincts.

Énervé, l’un des deux protagonistes frappa dans la grille du garage, aussitôt l’alarme retentit. Ils s’engouffrèrent dans la berline, virèrent sur la poussière, reprirent la route à grande vitesse, enclenchèrent les rapports un à un pour fuir l’endroit.

Angelo coupa l’alarme depuis son Smartphone. Puis fit rugir la Sherco qui se cabra, roue avant en l’air, il ralluma son phare puis il s’élança sur le route enclenchant les rapports un à un. Les lumières surpuissantes de la moto éclairaient l’asphalte recouvert de poussières. En plein milieu de la chaussée sa vitesse augmentait rapidement.

Il allait jouer à l’intimidation.

Dans la berline, le chauffeur mit sa main gauche en visière au dessus de ses yeux, pour se protéger de l’éblouissement. « J’vois rien » fut la dernière phrase qu’Angelo devina sur ses lèvres du conducteur.

Suite au coup de volant saccadé la voiture quitta la route, se baissa sur le côté droit avant d’enchaîner une série de tonneaux impressionnants avant de s’immobiliser sur le toit.

Lorsqu’il arrêta le Trial près de la voiture, un ronflement inhabituel le fit reculer. Soudain un retour de flamme émergea dans la nuit. Il aurait pu…mais ça ne le souciait pas.

Il enfourcha son deux roues, coupa par la plaine pour rentrer chez lui, toutes lumières éteintes. Il entendit loin derrière lui les sirènes de la police qui sssse rapprochaient.

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12 réflexions au sujet de « Chapter 3 »

  1. L’histoire se poursuit et c’est une question de temps, je vais tomber de ma chaise! 😉
    Nina dans le congélateur… Voyons Jean-Charles, elle va attraper froid la pauvre!
    Un mystérieux personnage, une voiture, des tonneaux, c’est un polar qui nous tient en haleine. C’est génial, mais à quand la suite? mdrrrr Vite!

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    1. Mais quelle idée de s’asseoir sur le bord de la chaise ! Si j’ai mis Nina au congélateur c’est pour qu’elle ait les idées au frais.
      La suite est dans le stylo et ça tombe bien l’encre n’est pas encore sèche. 😉
      bientôt.

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