Chapter 1

Angelo était hagard. Il la regardait baigner dans son sang, l’œil vitreux. Il pensait qu’elle l’avait bien cherché. L’humeur carmin barbouillait son tee-shirt blanc. Nina gisait au milieu de la chambre. Les yeux ouverts. Ces jolis yeux bleus qui ne regarderont plus personne.

Le colt 45 qu’il tenait à la main avait fait un trou noir entre ses seins, juste au dessus de la baleine du soutien gorge. Le sang bouillonnait, giclait à flots discontinus comme un volcan en éruption.

Il ne savait même pas comment cela avait pu se produire.

Il était 4 heures, c’est ce que revendiquaient les cloches de l’église. Huit coups répétés, deux fois quatre à la suite. Angelo et Nina s’étaient battus violemment alors qu’il tentait de lui confisquer son flingue. Des conneries elle en avait fait assez et Angelo voulait l’empêcher de continuer. Son sac trainait par terre, grand-ouvert, des comprimés bleus et les doses de poudre, qu’elle revendait, s’étalaient sur le sol. C’était pour cette raison qu’elle était armée.

Sans cette combine pourrie elle n’aurait pas eu ces escarpins Chie Mihara ni ce jean Jefferson qui la moulait comme une seconde peau et encore moins ce sac Gucci

Il savait qu’il l’avait perdue le jour ou il avait découvert son trafic. Depuis ils s’engueulaient régulièrement pour ne se réconcilier qu’en faisant l’amour, furieusement. Il allait la gifler lorsqu’elle lui plaqua le flingue sous le menton. Surpris, sa main resta en suspend sous la pression du métal froid sur la peau.

« Ce que je veux c’est du fric, peu importe les moyens. T’es pas foutu de m’en trouver alors je me débrouille. » Elle était hors d’elle en crachant cela.

À l’évidence même un canon sous la tête, il ne put contenir sa colère :

« Mais tu fais n’importe quoi, c’est complètement con. Tu vas te retrouver derrière les barreaux avec tes conneries.

— Et alors, qu’est-ce que ça peut te foutre, c’est moi qui irais pas toi !

— Quel argument de poids !

— On fait ce qu’on peut, t’es pas content tu dégages. »

Après coup, ce dialogue lui trottait dans la tête alors qu’elle gisait à ses pieds, immobile. Le t-shirt à l’effigie d’AC/DC n’avait plus rien de blanc. Le sang laissait des traces foncées ainsi qu’une odeur ferrugineuse. Il cherchait ce que cela lui rappelait. Son bras pendait le long de son corps, l’arme serrée dans la main. « Quel désastre. » Il ne réalisait pas tout à fait qu’elle était morte. Le chemin entre l’œil et le cerveau suivait parfois ses propres étapes.

Ils s’étaient battus. Angelo lui avait arraché l’arme des mains et consciemment ou pas il avait appuyé sur la gâchette. Ce n’était qu’un accident.

Il détourna la tête du cadavre figé. À travers le jean de la jeune fille, la poche s’éclaira, son téléphone mobile sonnait. Quelqu’un la cherchait. Ça le contrariait. Accoudé à la fenêtre, il scrutait l’horizon comme si, dans le ciel couchant des réponses devaient s’afficher. Il ne risquait rien dans cette maison, elle lui appartenait. Ses grands-parents lui avaient légué. Personne ne viendrait fouiller là. Si Nina avait été suivie aujourd’hui ou les autres jours, il s’en serait aperçu.

Son bras tremblait tout à coup comme si l’arme devenait encombrante, lourde. Il la changea de main, la souleva, s’enfonça le canon dans la bouche. « Bang ! » dit-il lorsqu’il le retira.

Quelle étrange sensation !

Il ne savait pas si l’arme était encore chargée, si Nina s’en était déjà servie pour faire fuir des vautours. Un goût de graisse et de fer lui emplit la bouche. Il cracha sur le carrelage. L’arme au bout de son bras lui donnait une impression de puissance. Il sentit son désir s’éveiller. Il glissa le 45 dans la ceinture de son pantalon.

Dehors le soleil s’inclinait résolu à céder sa place à la lune. La terre était sèche, l’herbe brulée. La nature réclamait des orages qui se faisaient attendre. Hormis quelques arbres clairsemés autour de la maison, le coin était désert. La poussière se soulevait sous chaque pas. Aucun véhicule ne pouvait s’aventurer sans être aussitôt remarqué.

Personne ne viendrait la chercher là. Agenouillé près d’elle, il présuma qu’elle était encore chaude. Cette pensée l’étonna. Il était triste pour elle, il l’aimait mais elle l’avait provoqué en le menaçant. Elle le regardait fixement. L’envie de déposer un baiser sur les lèvres ourlées, peintes en rouge rubis, le surprit mais Il l’embrassa. Hormis la texture du rouge à lèvres et son manque de réactivité, il ne remarqua pas de changement particulier.

Il caressa les seins alanguis sur le torse, la sensation était la même qu’auparavant à un détail près, que dans son pantalon le colt et sa virilité entrèrent en collision. Il se sentit idiot. La décharge d’adrénaline le laissa pantois. Il réfléchit et admit que c’était l’arme qui l’excitait plus que ce corps sans vie. Il n’avait aucune passion pour la nécrophilie. Quant à l’arme, il allait la conserver.

Nina était terriblement belle. Ses cheveux noirs étalés sur le parquet, encadraient son visage sans défaut. Sa peau cuivrée de Latina avait presque le goût de caramel, il salivait en y pensant. Il avait eu bien du mal à la séduire, ses copains lui disaient qu’elle n’était pas pour lui, qu’il n’avait pas les moyens de ses prétentions. Eh voilà !

Une larme qu’il ne put retenir s’écoula sur sa joue rêche.

« Quelle conne ! » pensa-t-il.

Angelo fouilla le sac ouvert à la recherche des clefs du Nexus 300, un scooter nerveux qu’elle conduisait sans permis. Même sous les doses, les comprimés, les billets de vingt soigneusement pliés, aucune trace de la clef. Quand l’I-Phone sonna de nouveau, il eut un geste de panique, comme pris en flagrant délit, il regardait la poche s’illuminer. La clef était dans une poche fermée, ainsi qu’une Visa Premier et un papier sur lequel était noté un numéro de téléphone et ’un code alphanumérique.

Pour le moment il devait cacher le scooter, le sous-sol ferait l’affaire avant de trouver une solution mieux appropriée. Cependant les questions se bousculaient les unes après les autres. Devait-il se livrer à la police ? Qu’allait-t-il faire du corps ? Et le plus surprenante : Pourquoi était-elle morte cette imbécile ?

La question semblait incongrue. Un trou. Une balle. Du sang.

Et c’était bien lui qui avait eu le doigt sur la gâchette.

Chaque chose en son temps. Le scooter démarra au quart de tour il était tout neuf. Il n’aimait pas le bruit métallique. Visiblement l’engin était boosté car l’accélération le fit décoller de la selle. Un nuage de poussière s’envola à son passage. Il fit le tour de la maison, gara le deux-roues au sous-sol. Pour le reste il réfléchirait. Il cacha l’arme, après l’avoir essuyée, derrière les étagères à outils, ôtant la grosse pierre du mur comme son grand-père lui avait montré.

« Putain c’est quoi ça ! » Dans la main il tenait une liasse de billets de 500 euros qu’il compta. Un, deux, trois… il y en a 20 par liasse. Et 20 liasses. Un rapide calcul, il y a là 200 000 €.

« Merde ! C’est quoi ce fric ? »

Pris d’un doute il se demanda si Nina avait connaissance de cette planque. Impossible, il n’en avait jamais parlé. Qu’elle trouva l’endroit seule était improbable. Le butin semblait appartenir à son grand-père et déposé là, à son intention.

« Pépé, c’est quoi ce fric ? »

La question rebondit sur les murs et revint vers lui comme un boomerang, sans réponse. Que de changements dans cette seule journée. Les jambes coupées Angelo s’assit dans le rocking-chair poussiéreux du grand-père. L’amalgame lui vint naturellement à l’esprit. Impossible pourtant. Il ne put imaginer son grand-père se livrer à ce genre de trafic.

Il tripota l’argent, inconscient des sensations qu’il lui procurait puis rangea le tout, posa le flingue dessus, repoussa la pierre, remit les étagères en place, s’assura que la porte extérieure était fermée et grimpa l’escalier intérieur quatre à quatre.

Nina était toujours là mais une impression bizarre le fit frissonner, comme si elle avait bougé. Il lui semblait qu’elle était allongée perpendiculairement à la porte d’entrée et non de trois-quarts. L’inquiétude le gagna aussitôt. Il fut nerveux, s’interrogea.

S’agenouillant près d’elle, il tâta sous le sein gauche à la recherche d’éventuels battements de cœur. Ses doigts furent couverts de sang. La texture l’étonna, épais comme de l’huile de vidange, gras, d’un rouge presque noir. Cependant il porta l’index à sa bouche, comme un rite funèbre, pour goûter. C’était âcre, surprenant, dégueulasse.

Son cœur ne battait plus. Elle était morte. Inéluctablement.

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18 réflexions au sujet de « Chapter 1 »

  1. Voilà ce que c’est que d’avoir la tête trop près du bonnet…
    On tue d’abord, et après on réfléchit avec le neurone qui reste.
    Histoire haletante, un peu trop sanguinolente pour moi, mais menée de main de maître.
    L’image du cadavre de Nina est prégnante.

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    1. Je pensais que personne n’irait jusqu’au bout , vu la longueur, comme quoi.
      Sanguinolent ! Je te donnerai des noms d’auteurs de polars à éviter. 😛
      Je trouve ce chapitre assez bien écrit, je travaille dessus depuis 6 mois. 😛

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        1. Mais non tu n’as pas dit le contraire….Je trouve que mon texte est nickel, particulièrement bien écrit et j’en suis fier.
          Concernant la longueur je voulais juste dire que parfois lire un texte long n’est pas si facile . Bisous dirlo. 😀

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  2. Quelle histoire qui m’a à nouveau tenue sur le bout de ma chaise 😉 Évidemment que maintenant on attend la suite avec impatience!
    Fan de AC/DC Jean-Charles?
    J’aimerais bien trouver tout ce fric derrière une vieille brique chez moi!
    Bonne jooooooooooooouuuuuurnée 🙂

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    1. Et tu n’es pas tombée de la chaise ! 😀
      Tout ce fric mais qu’en ferais-tu ? Il parait que ça rend pas plus heureux.
      Pas fan de AC/DC oas vraiment j’aime le rock progressif comme Dream Theater, Toto et Maurice Chevallier !
      Pour la suite, nous verrons ! 😉

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      1. Semblerait que ça ne rend pas plus heureux, non, ce doit même être le contraire, on ne sait plus quoi en faire! Sauf que je ferais bien un petit voyage ou deux aux pays de mes rêves… 🙂

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  3. C’est un excellent premier chapter 1. On rentre immédiatement dans l’histoire. Le suspens ne faiblit pas. Le style nerveux colle bien avec l’ambiance. C’est un projet plus vaste ou une première étape pour tester ?

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