L’amour en numérique (2)

J’ai écrit une suite avec le point de vue des jumelles, parce qu’on me l’a suggéré et que j’en avais très envie.

© Romaric Cazaux
© Romaric Cazaux

Elea, la plus jeune.

En fait je n‘aime pas ce que dit Elda à propos de papa même s’il est parti même s’il nous a laissées. Elle répète mots pour mots ce que maman dit. Je comprends que maman soit blessée et rien n’est pire pour elle que d’avoir été abandonnée.

Elda, mon aïnée, pense que c’est la faute de Chin, la nouvelle amie de papa, mais je n’en suis pas sûre. Je ne comprends rien à l’amour. Tout ce que je sais, c’est que plus mon cœur bat pour quelqu’un plus mes larmes coulent. J’en déduis que l’amour est quelque chose de douloureux et de ce fait je n’ai plus envie de tomber amoureuse.

Aujourd’hui maman ressemble a un zombie, elle a les yeux rouges et des sanglots dans la voix, preuve de beaucoup de chagrin. Ce que je trouve regrettable c’est qu’elle se laisse aller autant, elle a tort.

Chin a douze ans de moins que papa, l’âge d’être notre grande sœur, elle est belle, jeune, souriante, amoureuse, insouciante et toute mince mais évidemment elle n’a jamais eu d’enfant et contrairement à maman elle prend soin d’elle.

Je déteste la façon de parler de Chin, sa voix haut perchée, mais ça ne l’empêche pas d’être gentille avec nous deux. J’aime quand elle me serre dans ses bras et que je pose ma tête sur son épaule, c’est si bon et maman ne le fait plus depuis longtemps. Ça me manque tellement !

Depuis un an que papa est parti, maman pleure chaque soir, je l’entends au travers de la cloison. Un soir Elda et moi, nous nous sommes glissées dans son lit parce que nous voulions la consoler mais elle nous a repoussées.

J’ai passé des jours, folle de rage à pester contre elle. C’est sûr je l’aime mais elle n’a pas le droit de faire ça. Je suis sa fille. Je l’aime et j’aime mon père aussi même si je ne le vois pas souvent.

Quand on va à Toulouse, on va à la mer quand il fait beau ou faire du ski l’hiver mes copines à l’école sont jalouses quand je leur raconte. Elles disent tout le temps que j’ai de la chance que mes parents soient séparés.

Enfin, mon père il m’amuse à vouloir rester jeune, à essayer de faire du Hip-hop parce que Chin adore ça. Non seulement il n’est pas doué et en plus il est ridicule. Il devrait continuer à faire des photos pour ça, il est excellent.

J’aimerai bien vivre avec lui et Chin parce qu’au moins ce serait plus simple, eux ils rigolent tout le temps.

Elda l’aîné.

Je rage de voir maman si triste et papa si heureux. Le salaud – maman ne veut pas que je dise ces mots-là pourtant des fois elle ne se gêne pas– l’a abandonné pour une espèce d’asiatique qui a toujours l’air de se fiche du monde.

Je ne l’aime pas cette fille qui essaye de jouer les mamans avec nous, je n’ai pas besoin d’elle, j’en ai une maman même si elle se laisse aller depuis longtemps. J’aimerai qu’elle se reprenne, qu’elle l’oublie ce sale mec.

Je lui en veux tellement à lui. Il m’a lâchée moi aussi alors qu’il disait toujours Elea et toi je vous adore, je ne pourrai jamais vivre sans vous. J’ai eu mal, j’en ai pleuré mais je ne voulais pas que ma sœur et maman me voient alors je m’enfermais au wc où dans la salle de bains.

Dans cette histoire j’ai appris une chose, c’est qu’il ne faut jamais faire confiance à un garçon. Dans la cours de récréation Greg a essayé de m’embrasser, je l’ai repoussé violemment et il est tombé. J’ai été punie à cause de lui. Je déteste les garçons.

À la maison je me cache pour déchirer les photos sur lesquelles papa apparaît, je ne veux plus le voir. Il est méchant et ridicule, en fait, c’est un menteur !

Elea j’ai envie de lui taper dessus quand elle me parle de papa et de Chin, quand elle commence à compter les jours avant qu’on ne prenne l’avion pour Toulouse. Elle n’a pas compris que son père est pire que tout.

La première fois que nous sommes allés là-bas, avant qu’il n’essaye de me soulever dans ses bras pour me faire un câlin, je lui ai mis un coup de pieds dans le tibia, j’ai regardé son visage se crisper, ses traits blanchir, et j’ai murmuré entre mes dents : « c’est de la part de maman. » Il a grimacé mais n’a rien dit.

Mon père je l’aimais comme une folle et je ne peux pas lui pardonner d’ailleurs je n’en ai plus envie.

J’y vais à reculons le voir tellement je lui en veux et puis la famille n’est plus la même depuis, maman est triste, ma sœur et moi on ne s’entend plus, quels dégâts !

La prochaine fois pour le contrarier, je jetterai son ordinateur par terre comme ça il n’aura plus de photos de nous ; d’ailleurs je ne sais même pas si il en a encore parce qu’on ne voit plus que des photos de Chin, certaines toute nue, qu’il essaye de cacher vainement.

Bien fait, j’en souris à l’avance !

une photo quelques mots

Leiloona, je garde toujours ce logo parce que je le préfère à l’autre. Leiloona c’est ici

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12 réflexions au sujet de « L’amour en numérique (2) »

  1. Ce n’est pas facile d’être tiraillé entre son père et sa mère… prendre parti pour l’un ou l’autre est la pire des solutions, il en faudra des années pour apaiser les jumelles !
    bien vu Jean-Charles

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  2. La psychologie des filles n’a pas de secret pour toi. C’est remarquable et assez rare.
    Moi je dis respect. Certains passages sont tellement réels que les larmes affleurent. Mais ça , c’est personnel.

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  3. Les choses ne s’arrangent pas ! Tu as bien su te mettre dans la tête des filles. La première décrit les faits avec la cruauté de l’adolescence, l’autre n’est que boule de colère. C’est bien vu. On ne réagit pas de la même façon à la douleur.

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    1. Chacun à sa façon de percevoir les choses… J’ai essayé qu’elles aient une réaction différente mais je ne suis pas sûr qu’en réalité des jumelles puissent avoir des positions aussi éloignées. On parle souvent d’âmes jumelles.

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  4. J’ai trouvé le bouton pour commenter grâce à Célestine… Ouf! Ces deux textes mériteraient de faire une nouvelle, pourquoi pas? Le tiraillement est bien vu, c’est vrai. Je suis une fille de divorcés très tôt confrontée à ce tiraillement(le mot est faible) entre amour et haine, Papa et Maman, mais on finit par guérir.

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    1. On s’adapte à toutes les situations quelles qu’elles soient, bien ou mal c’est là le problème. Mes enfants sont des enfants de divorcés, je les sens en tout cas bien équilibrés ou pour le moins normalement.
      J’ai eu de gros problèmes avec mon aîné qui avait douze ans à l’époque et ça a duré douze ans pour que les choses rentrent dans l’ordre.

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