Les cahiers de Lulu

L’atelier d’écriture chez Olivia avec la liste de mots de la semaine :

apaiser – front – tranchée – décision – dilemme – torture – douleur – âme – divin – damnation – effroi – dresser – combattre – chagrin

La bataille de la Somme
La bataille de la Somme

Les tranchées, la gadoue, la pluie. Les bombes qui pleuvent, les balles qui sifflent. La fange, l’odeur du sang partout sur les visages. La peur au ventre. Les compagnons, les frères, les amis qui s’écroulent autour. L’horreur et l’effroi ressenties lorsqu’une une baïonnette transperce un corps, que l’ennemi stoppe dans son élan, le visage ravagé par la douleur.

Combattre. Combattre sans réfléchir. Tuer pour échapper à la mort. Tuer pour défendre sa patrie. Tels sont les ordres, les devoirs dont on m’abreuve. Ni décision. Ni dilemme. Tuer pour éviter de me faire tuer.

Enfer et damnation !

Ces dix-huit mois au front furent une véritable souffrance pour moi. Un purgatoire comme si j’avais cédé mon âme au Diable.

Combien de fois je me réveillai en pleine nuit en proie aux hallucinations, au chagrin. Un cauchemar récurrent me hantait : cet homme torse nu attaché sur une chaise se débattant sous la torture, des électrodes lui brulant la peau ; le corps secoué, désarticulé, les cheveux dressés sur la tête, qui succombe sans trahir.

Je le vécus, je hurlai, révolté. Le capitaine me promit le peloton d’exécution mais il mourut sous les balles avant moi. D’autres se putréfièrent dans ces tranchées sépulcrales, divins festins pour les rats.

Je tentai d’oublier tout ça. Après ma démobilisation, incapable de me regarder dans une glace, je bus chaque jour un peu plus espérant ainsi apaiser mes souffrances, pleurant sur mes jambes perdues au Champ d’Honneur.

Quelques fois lorsque j’étais plus ivre que de coutume, mes souvenirs revenaient avec violence. Je n’oubliai jamais les horreurs que j’infligeai, rien que pour obéir aux ordres, rien que pour sauver ma peau.

Pauvres hères jetés dans des combats sanglants.

Extrait des cahiers de Lulu. Paris 1927

   desmots, unehistoire

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29 réflexions au sujet de « Les cahiers de Lulu »

  1. Un très beau texte qui dit bien l’horreur des tranchées et le retour à la « normale » qui n’a jamais pu être normal pour certains hommes ! Comment après de telles visions de cauchemars ? J’avais commencé un texte qui se passait dans une tranchée, c’est rigolo mais avec le jeudi-poésie, pas eu le temps de finaliser : Trop court le vendredi pour moi ! Là tu nous a gâtés ! 😀

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  2. Hello Jean-Charles,
    Référence commune avec la Pierrot 😆 Oh !
    Référence commune pour la Grande Guerre avec la So’N 😆 Ah !
    Si, on pouvait en parler sans tomber dans la violence… Je l’ai fait 😉
    Les mots de cette collecte nous renvoyaient tout droit dans cette période noire de l’Histoire.
    Bonne fin de semaine et gros bisous d’O.♥
    J’ai fait l’atelier de Leiloona 😆 on va encore se croiser lundi !

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    1. Hihi So’N Les mots nous plongeaient tout droit vers cette époque. Il y avait manière et manière d’en parler et j’ai penché vers celle qui m’est chère !
      Je sèche sur la photo de Leiloona pour le moment.
      Bon week-end gone.

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  3. Tres violent mais tellemnt realiste, comment se relever d horreurs pareilles , mais tu as raison il n y a pas que dans cette guerre que les hommes sont revenus blesses en leur âme et ce n’est pas encore terminé malheureusement

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  4. Que d’horreur cette guerre, et toutes les guerres, où les hommes ne sont que de la « chair à canon ». Pour envoyer ces hommes se faire tuer, il ne faut plus les considérer comme des êtres humains… Et après, quelle vie attend cet homme mutilé, aux nuits emplies de cauchemars ? Un beau gâchis, que tu as rendu avec beaucoup de force.

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  5. Bien-sûr qu’il n’y a pas de guerre juste a posteriori, mais ce qui est révoltant, c’est l’acharnement d’un état-major autiste à la souffrance des hommes. De plus le traité de Versailles portait en lui les prémices de la seconde boucherie. Heureusement depuis le Vietnam, les appelés se laissent moins massacrer sans réagir…

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  6. Très beau texte, qui fait une synthèse de toutes ces guerres abjectes.J’ai connu 40 hélas !.Mon ex-mari est parti tuer des hommes à 19 ans (tireur d’élite , sans appel…).Il a été objecteur de conscience, allant s’enfermer en cellule, las de ces carnages, ces charniers, en frappant des supérieurs… .Pour refuser le combat, en défilant le fusil à l’envers.
    Il est rentré , » différent à jamais! », comme beaucoup de mes amis. Je l’ai attendu 28 mois en le soutenant moralement (1500 lettres).mais , il n’oubliera pas. Ce drame a fini par nous séparer.
    Merci pour ce texte , qui exprime parfaitement ce que ces jeunes ont ressenti, dans leurs cœurs, leurs corps et leurs âmes. Et pour ceux qui y sont restés… .
    Dan

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    1. J’ai eu des oncles revenus d’Indochine, prostrés sur leur siège le verre à la main et qui parlaient peu, marqués par les moments difficiles qu’ils avaient vécus.
      Je crois que chaque guerre est une sale guerre et certes les hommes qui ont subi ces épreuves peuvent être abimés pour toujours.
      Beaucoup d’anciens combattants du Vietnam, aux Usa, vivent comme des clochards parce que leur réinsertion est impossible.
      J’eus sûrement été déserteur s’il eut fallu que je vive des périodes troubles.

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