Bejisa

ST-Denis de la RéunionLe vent sifflait dans mes oreilles, j’étais obligé de me protéger. La pluie cognait sur le toit en tôle. J’étais dans un coin de la chambre, la tête entre mes jambes, les mains dans le cou, recroquevillée, tentant de me protéger du bruit, de mes frayeurs.

C’était ce que ma fille me raconta. D’ici j’essayais de suivre sur les sites d’information en continu, la progression du cyclone.

Son dernier message disait : « Papa, y a plus d’électricité. » Ce fut comme si mon écran était devenu noir à son tour. Je ne pus empêcher mes larmes de couler. Le lien s’était rompu d’un coup.

Je regardais les vidéos postées par les internautes. Les palmiers qui ployaient sous la force du vent. La pluie qui redoublait et martelait les toits de et j’entendais des cris, ces appels au secours, desquels je n’étais que spectateur.

J’enrageais. J’avais beau me boucher les oreilles, le dernier message de ma fille résonnait dans ma tête. « Papa, y a plus d’électricité » J’imaginais dans quel désarroi elle pouvait se trouver ou du moins j’essayais.

Je zappais, je cherchais. J’envoyais des textos. J’appelais sur le téléphone fixe. J’avais honte. J’avais honte d’être là, assis dans mon fauteuil, pendant qu’elle vivait ce que jamais je ne vivrai. J’avais honte de ne pouvoir la rassurer. J’avais honte d’être une fois encore, absent.

Les battements de mon cœur s’accéléraient, j’étais oppressé. Des cris naissaient au plus profond de mon corps mais ne franchissaient pas mes lèvres. Et elle, que pouvait-elle vivre de bien plus dur, de bien plus réel que ce sang d’encre que mon corps m’imposait ?

En fermant les yeux, je la voyais ballottée par une énorme vague, je voyais la case s’écrouler tandis que l’eau, la pluie, le vent, se déchainaient. Cette main qui sortait des flots, qu’elle me tendait et que je n’arrivais à prendre, comme dans6188869-9247465 un mauvais film de série B que j’inventais mais tellement plein de vraisemblance.

Des cyclones elle en avait essuyé depuis des années qu’elle vivait là-bas mais celui-ci plus que les autres était violent. Je me torturais pour elle, m’empêchant de dormir parce que peut-être elle avait besoin de moi jusqu’à ce qu’un message me rassure enfin. Elle disait simplement « J’ai dormi, je n’avais rien d’autre à faire. C’est la désolation ici, les arbres sont sur les routes, les bateaux aussi. Les poteaux électriques sont à terre. Il pleut et la mer est démontée. Je vais bien. Je t’aime papa. »

Les images sont ont été empruntées sur le site Zinfos974.com/  qui m’a permis de suivre l’évolution de cette catastrophe en direct, merci à eux.

Publicités

14 réflexions au sujet de « Bejisa »

    1. Je pense que j’ai eu bien plus peur qu’elle mais c’est toujours comme ça la responsabilité d’être parent autorise à se faire un sang d’encre. 😀
      Je ne suis pas certains de répondre à ton tag simplement parce qu’il me sera difficile de trouver 10 personnes, ma mise en retrait de la blogosphère depuis quelques mois à pour conséquence une fréquentation du blog quasi nulle. Je réfléchirai. 😛

      J'aime

À vous de jouer, quelques lignes pour vous exprimer :

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s