Un Farang à Patong

« Ce n’est pas par la satisfaction du désir que s’obtient la liberté mais par la destruction du désir. »

Épictète.

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Homme ou femme ?

Je déambulais dans Soi Paradise les yeux grands-ouverts. J’étais à deux doigts de réaliser mon plus grand fantasme et mes jambes commençaient à trembler.

Arrivé trois jours plus tôt à Bangkok je dormis 24 heures d’affilée pour récupérer du décalage horaire avant de mettre le cap sur l’île de Phuket, endroit démoniaque où toutes les dérives étaient autorisées.

Une seule chose m’importait dans ce pays, rencontrer un katoey et faire avec lui les plus mémorables acrobaties pour combler ma libido. Je ne pouvais nier que ma présence ici n’était liée qu’au tourisme sexuel et dévouée tout autant à mon plaisir sensoriel. Une envie irrépressible de me livrer à un numéro d’équilibriste avec un ladyboy asiatique m’obsédait. Le troisième sexe m’obnubilait. J’avais pour ambition de croiser la personne qui ferait vibrer mes sens au-delà de mes espérances.

Je m’étais longtemps interrogé avant d’entreprendre un tel voyage. Je remis en cause ma légitimité à être un mâle. Je m’interrogeais bien évidemment, car invariablement dès que j’abordais le sujet des katoeys avec les copains, la discussion s’envenimait. Chaque fois ils me traitaient d’incorrigible homosexuel qui s’ignorait. Par défi ou pour me rassurer, je fréquentai les bars gays du Marais. Dans un de ces estaminets lorsqu’un éphèbe m’embrassa à pleine bouche frottant sur les miennes ses joues mal rasées aux effluves de « Fleur de mâle » je me laissais faire. Je me laissais faire également lorsqu’on me tripota sans vergogne par-dessus mon pantalon au comptoir comme sur la piste de danse où quelques jongleurs malsains étaient censés stimuler l’imagination. Et je me laissais faire encore lorsqu’on me manipula l’appendice dans les urinoirs, caresse qui d’ordinaire me réjouissait mais qui malgré la bonne volonté du ganymède à mes pieds ne réussit à faire sortir mon corps de la torpeur mollassonne dans laquelle il se complaisait. Quoi qu’en disent mes amis je n’étais pas celui qu’ils prétendaient j’avais lutté contre mes convictions pour m’en assurer.

Aussi, avant de partir je me frottai aux prostituées asiatiques de l’arrondissement pour tester mon comportement auprès de la gente féminine. À vrai dire, prendre une jeune femme à califourchon dans les caves d’un vieil immeuble contribuait largement à mon trouble. Je récidivais, tout à la joie de constater que j’étais conforme à la majorité des hommes et que mon attirance pour le sexe dit faible n’était pas à discuter. J’étais en effet capable, et quelles que soient les circonstances, de déclencher des orgasmes jubilatoires à celles qui partageaient mes moments intimes.

Femme ou homme ?
Femme ou homme ?

Je me sentais rassuré et fier. Quant à ma fascination pour le troisième sexe, je pouvais l’exaucer sans avoir à remettre en cause mon profil psychologique

En tout cas j’étais à soi Paradise au Point Bar et la charmante créature à l’entrée m’invita à pénétrer dans l’antre du diable. Il faut dire que son sourire foudroyant eut un effet dévastateur qu’elle ne put ignorer. Le clignement de ses faux cils ainsi que les mots interdits que ses lèvres murmuraient, provoquèrent sur moi la même touffeur que si j’avais avalé malencontreusement le piment rouge au milieu d’un plat de kaeng phanaeng.

Je transpirai. Accoudé au comptoir j’eus aussitôt autour de moi une nuée de ladyboys papotant, souriant, me défiant du regard, pareils à un essaim de moustiques prêts à m’inoculer le paludisme. Le sato que je venais d’avaler me brula tellement la gorge que je toussai violemment déclenchant les explosions de rire de mes nouvelles amies. Des mains affleuraient mes épaules, mes fesses et d’autres parties de mon individu tant et si bien que je détournais mon regard du bouddha trônant dans un angle de la pièce.

Communiquer fut difficile, peu parlaient l’anglais et je ne connaissais pas le moindre mot de thaï mais chacun savait pourquoi l’autre était là. J’étais troublé, elles me transmettaient une espèce de lascivité loin de m’engourdir. Les déhanchements des deux danseurs sur leur trapèze au dessus de nos têtes monopolisaient l’attention, la musique électronique hurlait dans mes oreilles. Je cherchais dans les bikinis les preuves d’une virilité dissimulée tandis que les spots lumineux crachant leurs lumières jouaient en ombres et lumières sur leurs corps ambrés.

J’étais ivre, ivre d’alcool et de désir. Je me laissais conduire à l’hôtel de passe de l’autre côté de la rue, par deux officiantes. Une fois nu, l’excitation retombée, je regardais incrédule ces deux corps, mi-homme mi-femme, qui tentaient de m’emmener dans une histoire d’amour que j’étais incapable de partager. Malgré leurs tentatives je restais indifférent.

Au petit matin je quittais l’endroit précipitamment, décidé à entamer une longue marche, persuadé que c’était là la manière la plus propice à la réflexion. Je n’étais pas fier de mes péripéties mais je savais que c’était le seul moyen de tourner la page aller jusqu’au bout qu’elles qu’en soient les conséquences.

Lexique :

  1. Farang : étranger
  2. Patong : quartier chaud de Phuket
  3. Soi : ruelles
  4. Katoey : ladyboy, shemale, transsexuelle
  5. kaeng phanaeng : plat de poulet ou de porc avec crevettes, graines de coriandre, piments et basilic.
  6. Sato : alcool thaïlandais

Texte rédigé pour l’atelier d’écriture des mots, une histoire chez Olivia

desmots, unehistoire

Les mots qu’il fallait utiliser : orgasmesensorielstimulerimaginationhistoirecomportementtroubledémoniaque – (à) califourchonacrobatietrapèzeéquilibristejongleur – large

Réponse : Sur les deux photos ce sont des katoeys.

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17 réflexions au sujet de « Un Farang à Patong »

  1. Ce n’est pas aussi hot et casse gueule que le début du texte pourrait le faire penser. C’est vrai qu’il a la santé quand même ton personnage pour passer des hommes aux femmes puis des femmes aux katoeys.
    L’histoire est fluide et rythmée, pourquoi pas , la Thaïlande fait fantasmer pas mal de personnes, je n’en fais pas partie et même pour simplement visiter le pays, elle ne m’attire pas…mais j’ai apprécié ton texte du jour.

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    1. Le texte fait suite à une lecture récente ; de plus mon fils et ma belle-fille partent dans 8 jours en Thaïlande pour quelques mois, retrouver d’autres amis et d’autres les rejoindront.
      Les écrits partent de petits riens, lectures ou vécus, et les mots incitaient à ce genre de texte.
      Effectivement ce n’est pas hot et ça se lit aisément. Merci MTG pour l’appréciation. 🙂

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  2. Ce n’est pas hot ??? Hé ben dis donc, je ne sais pas ce qu’il vous faut ? 🙄 Le début est carrément glauque mais bon on te reconnaît bien là choupinet, avec ta dignité en bandoulière malgré la partie fine (pour ne pas dire autre chose)!!! pour info, Patong est une petite ville à part entière et pas seulement un quartier chaud de Phuket, j’y ai passé des vacances deux ans de suite alors je connais bien le coin !!! 😉 Mais pas pour les mêmes raisons que ton héros libidineux ! 😆

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    1. Non c’est pas hot sœur Asphodèle, tu nous joues les vierges effarouchées. 😀 Bon Patong est une ville à part entière, c’est pas très grave et ça ne change rien. 😛
      Quand aux raisons qui t’ont poussée à fréquenter l’endroit deux années de suite tu te défends trop vite pour qu’elles soient aussi honnêtes que ça 🙂

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    1. Je ne connais pas l’Asie, je me suis contenté de parler de la particularité thaïlandaise qu’est le troisième sexe. Je ne fais pas non plus l’apanage de ce type de tourisme. Je comprends cependant que ce texte dérange mais c’est là ma singularité
      🙂

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