Guerre civile

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© Romaric Cazaux

Que faire ? Quel désastre ! Ce monde est fou. Ceux qui étaient ses frères hier sont ses ennemis aujourd’hui. Le monde est malade.

Il est fatigué de ne plus dormir, de regarder derrière lui comme devant pour se protéger. Ce n’est pas nouveau, il y a des siècles que ça dure, la religion divise, la religion tue.

Il tousse beaucoup

Le pays est à feu. L’épicier du coin ne veut plus le servir parce qu’il n’a pas les mêmes croyances que lui. Il a même dit qu’il aurait sa peau.

Faut-il dire la même chose que les autres pour survivre ? Il ne croit pas à ça. Il croit à la liberté, en l’individu.

Personne n’a fait de mal à personne et tout le monde veut faire du mal à tout le monde. Quelle drôle l’histoire !

Il tousse violemment, crache.

La fatigue, les femmes qui renchérissent tout ça n’est pas sain. Qu’est devenu son pays ? Que va-t-il arriver de pire ?

Il pensait partir, s’exiler pour vivre heureux. Mais pourquoi ? Il ne veut pas baisser les bras. Il doute d’être plus heureux ailleurs. Ses poumons s’étouffent. Pourquoi ? Mais pourquoi ?

Il tousse violemment et crache du sang. Sa gorge le brule comme s’il avait avalé du verre pilé. Il se plie en deux et crache encore. Son visage est rouge comme s’il manquait d’air.

Il a perdu sa fiancée, elle ne le voit plus. Comme lui elle voulait ignorer ces conflits, leur différence, mais sa famille ne lui a pas laissé le choix. Il est athée mais il aurait pu être chrétien et déjà mort.

Chaque fois qu’il ferme les paupières ça gratte comme s’il avait pris du sable dans les yeux. Il pleure, ses yeux le démangent. Il crache encore. Sa carotide est gonflée comme si elle allait exploser.

Il est triste, fatigué. Sa mère geint à l’hôpital parce qu’ils n’ont pas de médicaments pour la soigner. Elle n’a pu s’empêcher d’haranguer tout le monde et pour ça elle a pris un mauvais coup de couteau. Pas si grave mais la plaie au ventre peut s’infecter et cet accident qui serait sans conséquence dans une période de paix devient disproportionné aujourd’hui à cause du manque de médicaments.

Il lève la tête vers le ciel clair. Aucun avion. Personne. La rue est agitée comme chaque jour. Les gens hurlent, crient. Il se penche par la fenêtre. D’autres en bas toussent, hurlent, respirent avec difficulté.

Chacun se méfie, car certains profitent de cette guerre civile pour régler de vieux contentieux. L’homme n’est pas aussi bon que les écritures le disent. Est-ce qu’il mérite le Paradis ?

Il s’est remis à la cigarette alors qu’il avait arrêté de fumer. L’inquiétude, l’angoisse, la peur. Oui il a peur et c’est bien naturel. Ses yeux sont cernés par le manque de sommeil et rougis par le sable du désert, croit-il ! Depuis des jours il dort les yeux ouverts surveillant le vide. La trouille l’empêche de dormir pourtant il n’est pas sûr qu’il pourrait se défendre si on l’attaquait.

Il n’y a pas d’eau sinon il s’aspergerait les yeux. Il n’y a pas de vent pourquoi aurait-il du sable dans les yeux ? Il se relève, regarde en bas. Des corps affalés sur le macadam, quelques soubresauts. Ils expulsent une bave blanche. Un geyser.

Une cataracte. Du sang.

Qu’est-ce qu’il se passe ?

Ses joues se sont creusées. Il n’a pas mangé depuis trois jours, ni bu. Son estomac se contracte cherchant quelque chose à broyer. Ça fait mal. Combien de temps ça va durer ? Il est faible, affamé.

Sa raison s’égare. Il ferme son œil droit, trop douloureux, comme si un bœuf tirait une herse sur son globe oculaire. Un liquide chaud s’écoule de son oreille, glisse sur sa joue, le long de son cou et meurt sur le maillot blanc. Il passe sa main, du sang !

Son visage est déformé par l’angoisse. Le sang coule presque à flots maintenant. Il tousse violemment et chaque fois ses veines se gonflent comme si elles allaient éclater. Ses yeux sont fermés, purulents, il respire mal, vomit une bile saignante. Il urine dans son pantalon en gémissant tellement ça mal.

Il ne voit plus mais il comprend, il entend encore au travers de son tympan éclaté.

« Il a osé » hurle-t-il en sautant par la fenêtre.

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7 réflexions au sujet de « Guerre civile »

    1. La photo est tellement forte.
      Il serait intéressant parfois d’avoir le regard du photographe sur nos textes. Une photo de rue étant faite pour capturer un instant de vie, sûrement que Kot et Romaric seraient surpris des résultats.

      J'aime

    1. Je pense que le matraquage qui nous est fait est à l’origine de ce que j’écris. L’info n’est jamais gaie ou tout au moins ce que les journaleux transmettent n’est jamais jouissif. Les gens dans la rue ne sourient pas. Le boulot ne m’apporte plus aucune satisfaction intellectuelle.
      Si j’avais quelques déséquilibres, si ma façon d’écrire ne me permettait pas d’expulser la violence qui nous est donnée en pâture, je crois qu’il y a longtemps que je ne serai plus de ce monde.
      Mais j’écris !

      J'aime

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