Le départ en vacances

Romaric Cazaux
Romaric Cazaux

À peine fini le travail, à peine dormi qu’il faut déjà partir destination : soleil.

Les enfants sont calmes pour le moment, installés sur le siège arrière, les « Quand est-ce qu’on arrive ? » ou « Y a encore combien de kilomètres ? » ils n’y pensent pas encore. Quitter l’île de France n’est pas toujours évident malgré l’heure matinale mais ça roule d’un bon train.

— Papa pipi !

C’est Eric le dernier qui vient de dire ça. Il me fixe dans le rétro, le nin-nin coincé dans la bouche.

— Tu peux pas attendre une petite heure ? l’interroge sa mère s’extirpant de son sommeil.

— Non j’vais faire dans ma culotte, dit-il en se tortillant sur le siège et réveillant sa sœur aînée.

Je soupire sans rien dire. Au fond de moi, je me dis que ça va encore être une journée éprouvante. Que je vais devoir supporter les embouteillages, les enfants alors que ce matin je serais bien resté au lit pour récupérer.

— Je ne peux pas m’arrêter comme ça, dis-je. Serre les fesses.

Inévitablement il se met à geindre, bouge plus que de raison sur le siège et sa sœur finit par le houspiller puis le repousser vers sa place. Les pleurs se déclenchent.

— Elle m’a battu, hurle-t-il entre deux sanglots.

— Menteur, renchérit Nina.

— Ça suffit tous les deux ? Je vais coller une baffe à chacun et on n’en parlera plus.

Nina fait la moue, se renfrogne et tourne la tête vers la portière.

— J’ai fait pipi dans ma culotte maman, pleure le garçon, papa n’a pas voulu s’arrêter.

— Merde, merde, merde ! dit sa mère en regardant l’auréole s’étendre sur le short bleu ciel du gamin.

— Salaud, tonne Nina.

La main de sa mère lui cingle la joue, la fillette ne l’a pas vue venir.

Maintenant ça pleure derrière. La circulation est encore plus dense, ça roule très vite. Le ciel se voile, le soleil, lui aussi tente une offensive pour rester couché et se voile la face derrière les nuages.

— Tu t’arrêtes dans combien de temps ? questionne sèchement leur mère.

Je ne réponds pas. J’essaie de garder mon calme. Je savais qu’elle allait s’en prendre à moi pourtant je n’ai encore rien dit. Je sens son regard me fixer, lourd de reproche. Je la connais, elle est prévisible, je sais exactement ce qu’elle va dire comme à chaque fois. J’ai toujours su à l’avance.

La bonne chose dans tout ça, c’est que j’ai appris à me dominer. Rester calme, au moins ce coaching anti-stress auquel a participé l’équipe dirigeante de chez Instru Mental, le laboratoire médical dans lequel je travaille, m’aura servi à quelque chose. Le coach, ou plutôt la coach était une sacrée belle femme avec un corps…

— Pourquoi tu rigoles ? À quoi tu penses ?

Les questions fusent, autant répondre de suite, n’importe quelle connerie fera l’affaire.

— Je rêvais à ce soir, les doigts de pieds en éventail, un pastaga glacé dans les mains.

— Oh tu pues la pisse, lance Nina à son frère tandis que je mets mon clignotant pour me diriger vers l’aire de repos.

Beaucoup de véhicules sont déjà à l’arrêt, la première place que je trouve pour me garer est bien loin des sanitaires. Je sais déjà ce que Claire va dire et je lui cloue le bec en le disant  pour elle : «  Tu aurais dû te garer plus loin encore ! »

Elle sort et claque la porte de rage. Je ne peux dissimuler le sourire qui m’envahit. Je l’aime bien ma femme mais dieu qu’elle a changé en dix ans.

Je vais me dégourdir les jambes et fumer une cigarette. J’arrêterai de fumer dès demain pensai-je en avalant ma première bouffée qui me brûle les poumons.

Eric changé, le siège-auto nettoyé, les ceintures attachées, je demande à ma petite famille : « Prêt à décoller ? »

Le voyage est abominable, des kilomètres et des kilomètres de bouchon, les enfants agités, la mère excédée, les cris, les pleurs, les claques, le climat est électrique dans l’habitacle. Moins d’une heure après le premier arrêt la sempiternelle question résonne dans l’habitacle :

— C’est encore loin ?

Ou encore :

— On arrive à quelle heure ?

— J’ai faim.

— J’ai envie de faire caca !

Lorsque nous sommes partis ce matin le soleil se levait, maintenant il se couche sur la mer. Il était jaune brillant, il est d’un rouge orangé. Dans une vingtaine de minutes nous arriverons. Je suis exténué. Comme le dit chaque année le patron : les vacances  se méritent.

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texte écrit pour l’atelier d’écriture : une photo quelques mots. (cliquer sur la photo)

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13 réflexions au sujet de « Le départ en vacances »

  1. J’ai beaucoup aimé la manière dont tu décris ses pensées, la circonstances extérieures. Les deux mondes qui se rencontrent très bien dans le petit espace fermé de la voiture. Bonne journée à toi !

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  2. L’ambiance électrique est très bien rendue et on n’a pas du tout envie d’être à la place du conducteur… Finalement, je suis bien contente d’être rentrée de vacances moi ! 🙂
    Au fait, serait-ce une pub pour les préservatifs ? Ne faites pas des enfants, sinon voilà à quoi vous vous exposez, voilà ce que sera votre vie au quotidien.
    Le prochain épisode : les courses au supermarché en famille… 🙂

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