Émois et passion

poledance 1Toute de noir vêtue son costume de scène laisse deviner ses formes sulfureuses. Elle danse comme une baladine aussi brillante qu’une étoile dans un ciel d’encre, la musique sublime son corps. Le plateau sur lequel elle s’exhibe, tourne lentement sur l’immense bar aménagé pour l’évènement, dévoilant tantôt l’endroit, tantôt l’envers d’une silhouette exceptionnelle. Je n’ai jamais éprouvé une telle passion, un tel désir pour quelqu’un que je ne connais pas ; pourtant je me sens comme enivrée, comme une collégienne face à son premier amour. Je la désire à en crever, chaque millimètre de mon épiderme réclame la caresse de ses lèvres ourlées, rouge-sang, provocantes, éclairées par la lumière purpurine.

Je suis folle, folle d’elle !

Depuis qu’elle est arrivée dans ce club, cette fille est mon obsession, j’ai perdu toute retenue, toute contenance. Je suis son esclave, je guette son regard, j’implore ses faveurs, mon corps est en fusion. Depuis une semaine je suis fidèle au rendez-vous nocturne qu’elle me fixe impérativement. Je rêve d’elle, avide de ses seins plantureux qu’elle m’offre comme deux fruits gorgés de sucs, débordant d’un bandeau qui s’efforce de les retenir. Je tends les mains pour les sustenter, les recevoir et leur accorder l’hommage qu’ils sollicitent.

Prise de vertige, troublée, brûlante d’amour, mon corps turbulent s’enflamme.

Présente chaque soir pour l’admirer, l’encourager, me repaître d’elle, remplir mon corps, mes yeux, mes rêves de son spectacle érotique qu’elle n’exécute rien que pour moi, ignorant la foule éméchée, l’acte d’amour qu’elle interprète m’est destinée. Elle et moi, sommes seules au monde, sybarites, gourmandes et débauchées. Enfiévrées, l’une espérant posséder l’autre et inversement, juste un instant, une nuit ou pour la vie, prêtes à succomber à un sentiment irrationnel. Elle se déhanche, se suspend par les pieds à cette barre de métal, phallus érigé en hommage à sa sensualité, qu’elle enserre de ses cuisses athlétiques. Je ne suis qu’un volcan en feu dont la lave s’écoule violement, mon corps n’est que braise, c’est aussi délicieux qu’insupportable.  

Ce calvaire que je m’inflige, me surprend, en d’autre temps mon éducation l’aurait rejeté mais sans aucun doute, j’aime me vautrer dans la fange. Un éclair, une pique et la moiteur de mon corps me ramène dans le gouffre charnel dans lequel je plonge sans réfléchir. La fulgurance de mes émois me terrasse chaque fois qu’elle ôte son string embué qu’elle expédie avec adresse sur mes cuisses et même si la lumière se voile, je devine son corps transi terrassé par la même vague de plaisir intense, incontrôlé qui secoue le mien.

Après ces moments d’égarement, j’étais scandalisée par mes faiblesses, jamais personne ne m’avait arraché autant d’émotions. Cette communion presque solennelle me perturbait mais j’oubliais aussi vite mes regrets.

Je regarde toujours ce film dans ma tête, celui qui précède mon opération, avant que je ne fasse enlever cet appendice pour révéler ma véritable nature. Ma ballerine sensuelle n’aimait pas les hommes et moi je n’aimais pas le corps dans lequel j’habitais. Aujourd’hui je danse avec elle dans un même élan fusionnel, les yeux dans les yeux, les corps en osmose, hédonistes, chacune recevant des blandices égarées avant de finir derrière la coulisse, dans les bras l’une de l’autre.     

Les plumes

Teste écrit dan sle cadre des plumes sur l blog d’Asphodèle

Les mots à utiliser :

Obsession – fruit – calvaire – égarement – film – érotique – feu – intense – gouffre – fusionnel – folie – rouge – vertige – fulgurance – danser – délicieux – dément

Glossaire :

  • Baladine : danseuse de théâtre ambulant mais aussi femme de mœurs légères.

  • Sybarite : Personne qui aime le luxe ne matière de plaisir. Le sybaritisme est la recherche de la jouissance, goût pour les plaisirs délicats…

  • Blandices : caresses, flatteries pour attirer.

Les définitions sont tirées du CNRTL (Centre Nationale de Ressources Textuelles et Lexicales).

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39 réflexions au sujet de « Émois et passion »

  1. Je trouve ton texte superbe car tout est dans la suggestion, c’est comme cela que j’aime 😉
    L’histoire est aussi très prenante et si réelle en plus ! Quelle délivrance pour cet homme…
    Une très belle écriture et j’aime bien que tu mettes les définitions à la fin, merci 🙂
    Bonne journée Jean-Charles 😀

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  2. Chaud mais bien écrit ! J’aime le premier paragraphe !!! Je ne savais pas pour « blandices », tu as bien fait de mettre un index !!! 😆 Et tu aimes bien t’égarer chez les saphistes j’ai remarqué, ce n’est pas la première fois choupinet, qu’est-ce que ça cache ??? Je vais demander à Mister Freud, tiens !!! 😆

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    1. Ma chère Isa tu sais bien depuis le temps, que j’aime quelque peu surprendre voire choquer. Disons que le sexe et ses « différences » me donne matière à écrire mais pas que ça… ;razz: 😆
      Et j’aime les déviances surtout lorsqu’elles interpellent. 😀
      Je ne sais pas si le saphisme m’attire plus que l’homo ou la transexualité, je parle de ce que j’ai lu des autres, car mon hétérosexualité est plus qu’ordinaire, tu le sais bien. 👿 😈

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  3. Bravo JC, ton texte est très beau et très sensuel…de l’érotisme classieux et hot juste comme il faut. Le dernier paragraphe est presque de trop, mais ce n’est que mon avis. Quand on est déjà dans un abime supposé, pas besoin de chute…

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  4. Dis donc, je suis nyctalope et je ne te permets pas d’en faire une insulte! (Sauf si tu t’ appelles Archibald Haddock…). 😉
    Tout comme MTG j’ai aimé le début mais j’aurais prefere que ce soit une  » vraie » fille et pas un transsexuel.j’aurais enlevé les deux derniers paragraphes…sans te vouloir te contrarier.
    Le plus beau paragraphe est sans conteste le premier.

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    1. Mais c’est bien du capitaine que j’ai tiré ces insultes ! 🙂
      Visiblement le premier paragraphe est de meilleure facture, certains partagent le même avis. Pourquoi un transexuel ? Parce que j’avais envie de plus qu’une vraie femme.
      Quand au dernier paragraphe Mind The Gap a le même avis.

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  5. j’ai lu deux fois ton texte, je ne trouve rien de scabreux. Il est très beau j’y trouve beaucoup de douceur, et de douleur qui confinent à la pudeur pour exprimer quelque chose qui certes pour n’être pas habituel n’est pas une tare ni une maladie. Pas si facile à assumer. Ton texte est courageux.. Reste le sensuel et là on est servi.
    avec le sourire

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    1. Trop servi ? 🙂
      J’ai essayé que ce texte soit lisible par tous et d’écrire comme à mon habitude un texte qui sort de l’ordinaire, tout ça avec mes mots et mon ressenti.
      Merci pour ce sympathique commentaire.

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