Drôle de surprise

@kotCette réunion des anciens de cette institution de prestige m’ennuyait et je m’y attendais. Fréquenter cette grande école de commerce lorsqu’on n’est pas fils de médecin, de ministre ou de président directeur général posait quelques problèmes d’intégration. Nous n’étions pas du même monde avec mes collatéraux et j’étais le seul boursier parmi eux, le vilain petit canard, fils d’un modeste rédacteur d’une compagnie d’assurances. Pour compenser ce handicap je travaillais et ma position de leader de la promotion ne facilitait pas nos rapports mais que je n’avais que ça à faire : apprendre, étudier, alors qu’eux s’employaient à séduire les filles et dépenser l’argent de poche généreusement distribué par leurs parents.

J’avais obtenu mon diplôme, juste récompense des efforts fournis et malgré cela je n’avais pas de travail. Je mis cela sur le manque de relations qui me faisait cruellement défaut.

Deux camarades de promo avaient insisté pour que je sois présent lors de cette petite fête et c’est à reculons que je m’y rendis.

L’une des deux, Charlène  une jolie brune, pas cadrée dans ce cliché, m’avait harcelé pour que je sois présent. Si elle réussit à me convaincre, c’était simplement parce que j’étais amoureux d’elle depuis trois longues années. Fille d’un dignitaire de l’état en poste en Afrique, elle semblait la moins ennuyée par nos différences. Assis à côté d’elle, j’avais le cœur comme un tambour. Rêvé d’elle faisait partie de mon quotidien et si à l’époque j’espérais la séduire, cette drôle d’idée n’avait jamais franchi le seuil de mes pensées.

Mon père était fier de moi et la confiance qu’il m’accordait n’avait pas de limite, intimement persuadé que j’allais trouver un emploi à la mesure de mes capacités, ça n’était, selon lui qu’une question de temps. Sa confiance était telle que j’aimais l’écouter et ainsi me remonter le moral. Avec lui le verre était toujours à moitié plein.

Comme je le pressentis, je m’ennuyai dans cette brasserie ! Mes camarades étaient heureux de se retrouver mais on ne partageait pas le même monde et certains me le rappelaient à mots couverts. Ils avaient tous bénéficiés de leur relation pour trouver un poste qui correspondait à leur formation. Leurs plaisanteries à mon égard fusaient et Charlène exaspérée par leurs sottises, leur fit comprendre avec loquacité qu’au lieu de se moquer ils pouvaient au contraire faire preuve de solidarité et m’aider, leur rappelant que j’avais été le leader de la promotion.

Les mouches volaient tout à coup. Le camouflet qu’elle venait de leur donner les laissait comme groggys. Je la remerciais de sa bienveillance.

Depuis un moment, je sentais la chaleur de sa jambe contre la mienne, j’essayais de ne pas y prêter attention, persuadé que l’étroitesse des lieux disposait à la promiscuité. Cependant dans mon corps c’était une vraie révolution comme si un astéroïde frôlait la terre et provoquait un déplacement d’air…

Je ne rêvais pas, la main qui m’effleurait la cuisse s’engouffra dans la mienne. J’avais le feu aux joues, je n’osais y croire.

Lorsque Charlène se serra contre moi, l’afflux d’adrénaline me fit me crisper légèrement, mon corps était en éruption, sa main me brûla la peau mais il y a des brûlures auxquelles on ne souhaite pas se soustraire.

La baiser pudique qu’elle m’octroya s’il me fit voir mille étoiles dans le ciel laissa l’assemblée interdite. Vincent qui m’ignorait depuis trois ans, me décochant une bourrade dans le dos, me dit amicalement : « sacré toi ! »

Charlène en s’affichant ouvertement avec moi venait de m’ouvrir les portes d’une communauté. Thomas, Frédéric, Matthieu notèrent mon numéro de téléphone mobile. En moins de deux mois, je rencontrais plus d’employeurs que je n’en avais jamais rencontrés et une compagnie pétrolière m’offrit un poste.

Mon père m’encensa, me glorifia, sa joie était ma plus belle récompense. Charlène mit fin à nôtre relation aussitôt, m’expliquant qu’elle n’avait agi ainsi que pour m’aider, me souhaitant bon courage dans mes nouvelles fonctions.

Je ne savais pas si je devais en rire ou en pleurer !  

Pour  l’atelier d’écriture de Leiloona : une photo, quelques mots sur une photo de Kot

une photo quelques mots

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15 réflexions au sujet de « Drôle de surprise »

  1. Un baiser qui sert de sesame et met le feu au sens avant la douche froide !
    Les femmes sont surprenantes parfois mais je sais que certaines surprises ne sont pas forcément de très bon goût quand le coeur est enflammé !

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  2. Ouh là là ! Je reste baba … Par contre mon romantisme en prend 1 coup ! Je m’attendais à 1 mariage par la suite car elle me semblait sincère cette Charlène ! Quelle chute ! Merci et Bravo !

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  3. Ben, mon côté romantique et fleur bleue en a pris un coup mais mon côté cynique est ravi!!! Décidément, on peut dire que ces gens-là (Brel), on n’a pas les mêmes valeurs (Bordeau-Chesnel). Bravo pour ce texte.

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