Du sable et des regrets

desertDu sable, rien que du sable depuis huit jours. Je suis habillé de la sorte, pour me cacher du soleil, pour me cacher d’elle. J’expie.

Je pensais que l’exil me ferait du bien, me permettrait de réfléchir, de faire le point. Ah que nenni ! Je ressasse. Je tourne mes actes en boucle. Je réfléchis. Je n’explique rien. Je ne comprends rien.

J’ai du sable jusqu’au fond de la gorge, ça me gratte comme une mauvaise toux. Je crève de chaud le jour, de froid la nuit. Je bois de l’eau, je ne pisse pas tellement je transpire.

J’en ai marre. Mais qu’ai-je fait ? Pourquoi me suis-je conduit aussi bêtement ? Je veux bien m’excuser auprès d’elle, qu’elle me gifle, qu’elle me batte. Qu’elle me fasse souffrir comme je l’ai fait mais je ne veux pas de ce jugement. Je refuse.

Ici c’est ma prison. Rien à faire. Rien à voir. Rien à dire. Pas un livre. Pas une télé. Ici l’on parle que lorsque c’est vital. On se regarde juste dans les yeux de l’autre.

J’ai beau me dire qu’après tout je suis libre. Libre de quoi ? Libre de sécher au soleil ? Libre de boire cette eau qui révulse mon corps ?

« Cesse de te plaindre ! » c’est ce que crie ma raison depuis huit jours. « Tu mérites pire que cela. Tu devrais être enfermé au fond d’une geôle sans voir le soleil. Tu n’es qu’un salaud. »

La chaleur, le vent assèche mes yeux. Je ne peux pas pleurer. J’ai honte. J’ai trop bu ce jour-là. J’ai cru qu’elle était d’accord.

La petite voix s’énerve : « Elle était d’accord et hurlait pour te faire cesser. De qui te moques-tu ? »

Je n’entendais pas. Je n’entendais rien. J’étais juste happé par mes pulsions. Les images me tournent en boucle dans la tête. Je ne la vois pas pleurer. Je ne la vois pas se débattre.

« Arrête ! hurle ma conscience. Tu ne voulais pas le voir, tu ne voulais pas l’entendre. Fais-toi soigner si tu es incapable de te contrôler. »

J’ai mal au ventre depuis quelques jours. Je me vide. Mes tripes se révulsent. J’ai d’affreuses douleurs. Je reste prostré en chien de fusil attendant la rémission.

« C’est bien fait, lâche la voix. Imagine sa douleur. Imagine ce que tu lui as pris. Imagine ce que tu lui as laissé à la place, pour toujours. »

Je me bouche les oreilles : « Tais-toi » implorai-je, dans un hurlement.

« L’as-tu écoutée elle ? »

«  Elle était d’accord. »

« C’est pour ça que tu as arraché ses vêtements ? C’est pour ça que tu lui as donné des coups de poings en pleine figure ? »

« Tais-toi, j’en peux plus. »

« Mon pauvre t’en peux plus ! C’est toi le martyr ? C’est à toi qu’on a volé la virginité. C’est ton sang qui coulait ? Tu n’es qu’une bête. Tu ne mérites pas de vivre ? Paye ton crime. »

Plus j’avais mal, plus je prenais conscience que je n’aurai jamais dû faire ça. J’invoquai son pardon.

« De qui t’espères la pardon ? C’est à elle que tu dois demander pardon, et tu dois le faire. Mais sache qu’elle ne te pardonnera jamais. La blessure est ancrée à jamais. »une photo quelques mots

Que faut-il que je fasse ?

Je suis rentré chez moi. Je me suis rendu à la police. J’ai été jugé. Je suis en prison depuis longtemps et pour longtemps encore. Elle n’a pas accepté mon pardon, je la comprends. Ma conscience me laisse tranquille. Les violences que je subis me rappellent chaque jour ce que j’ai fait. Je pense toujours à ce désert pour m’échapper de mon quotidien.

L’atelier d’écriture de bricabook nous propose une photo chaque semaine de Romaric Cazaux

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19 réflexions au sujet de « Du sable et des regrets »

  1. Hum ! Ce n’est pas ce que la photo inspire, mais tu as une imagination débordante ! Ce texte me met très mal à l’aise, et ses « regrets » fussent-ils éternels ne me touchent pas ! En tant que texte de fiction, c’est très bien écrit ! Bises♥

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  2. en effet tu cultives l’art du dérangement avec soin, toute les semaines, je me dit qu’est ce qu’il va nous trouver Jean Charles ce coup ci, et toutes les semaines je ne suis pas déçu de tant de sujets noirs, suicide, catastrophe naturel… le viol ce coup ci, point de vue intéressant et surprenant…

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  3. J’aime beaucoup – Lourd sujet certes mais chapeau pour avoir réussi à te mettre du côté du violeur et de sa pensée interne – Ce sale type semble vraiment éprouver du regret ce qui ne lui a pas permis d’être pardonné par sa victime – Le voilà enfermé et maltraité à son tour – J’ai envie de crier qu’il n’a que ce qu’il mérite !!!

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    1. Oui la morale est sauve et oui il y a un décalage mais j’écris l’idée que cette photo me dicte ou plutôt celle que j’ai envie qu’elle me dicte.
      Il n’y a pas que les voix du Seigneur qui sont impénétrables ! OHohohohOHohohoo..:-)

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  4. Partir pour fuir ou partir pour se fuir, c’est la certitude de trouver l’échec au bout de la route. Pour avoir vécu de nombreuses années à l’étranger hors Europe, j’ai vu les épaves tropicales se dissoudre petit à petit dans l’alcool et sous le soleil…

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  5. C’est étrange ce qu’une photo peut inspirer… 😉 Comme toujours ton texte est bien écrit et on plonge dedans à notre dépend. 😀 Ton talent nous capture jusqu’à la dernière ligne. 😀

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