Je te hais. Je te déteste.

chirurgie_esthet_formatTrente ans de mariage et je ne sais pas encore comment j’ai pu me retenir de ne pas te pousser par la fenêtre. Je te hais, si tu savais mais je sais que tu me le rends bien.

Tu es devenue pédante et même mon fidèle ami commence à te détester.

Tu as décidé de rester éternellement belle, mais l’as-tu été une seule fois ? Je sais que tu payes très cher ton chirurgien esthétique mais ouvre les yeux !

Ah oui, j’oubliais ! Tu ne peux pas le faire sans que ça donne un rictus à la lèvre supérieure découvrant tes dents carnassières. Même ton caniche aboie quand tu rigoles.

Je te hais mais ça ne me fait plus sourire de te voir dans ce triste état. Tu aurais dû financer la recherche plutôt que ce jeune bellâtre dont tu t’es entichée. Tu es son laboratoire, son tube à essai.

Dans l’escalier j’ai entendu les voisins se moquer d’une madame Frankenstein, j’ai mis quelques temps à comprendre de qui il s’agissait. J’ai honte pour toi.

Je te hais et tu me fais pitié.

Je ne partage plus la chambre avec toi, heureusement parce que, même avec du Prozac, mes nuits seraient tourmentées. Tu t’es prise pour Mona Lisa ma pauvre mais elle est au musée, est-ce ce que tu souhaites ?

Je te déteste et tu n’imagines pas à quel point. Tu as voulu une poitrine à la Marilyn et mister Scalpel t’a greffé des obus de la guerre de 14. Au début rien qu’en y touchant j’avais peur que ça explose et maintenant ça crevasse comme les tranchées de Verdun.

Mais c’est pas sa faute dit-il.

À vouloir trop en faire tu le payes. Je vais jouer les curetons ma chère : on ne touche pas à ce dieu à créé. Je n’ai pas voulu dire l’œuvre de Dieu parce que déjà à l’origine tu étais ratée.

D’ailleurs ta mère aurait dû t’étouffer à la naissance.

Pourquoi je me suis marié avec toi ? Ma réponse va te surprendre : t’étais une bonne affaire. T’étais ma putain. Avec toi tout était permis. Je t’aimais pour ça.

Puis petit à petit c’est devenu attention à mes coutures. Non pas tout de suite le chirurgien ne veut pas. Mords pas mes implants tu vas les abimer. Touche pas.

Et avec ton visage de cire, inexpressif, sans ride mais sans attrait j’ai commencé à avoir peur.

J’avais raison.

Je t’entends pleurer la nuit au travers de la cloison. Je cherche depuis longtemps comment t’aider.

Je te hais.

Je te déteste mais je crois que je vais faire quelque chose pour toi, pour Noël je t’ai commandé un pistolet chez l’armurier.

Texte écrit ce matin pour l’atelier d’écriture skriban ici dont les consignes étaient :

  • soit, à la manière des « Je me souviens » de Pérec ou des « Je hais » de Dorothy Parker, je vous propose de faire une liste des choses, triviales ou pas, qui vous agacent,  vous exaspèrent, vous horripilent…
  • soit de choisir une personne, un objet, une situation qui vous met particulièrement en rogne et d’écrire un texte sur ce sujet particulier.

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8 réflexions au sujet de « Je te hais. Je te déteste. »

  1. Texte assez jouissif…ce genre de violence exprimée fait un bien fou à lire et en plus j’ai rigolé à plusieurs reprises…ceci dit il lui achète l’arme mais s’en servira t-elle…et qui aide t-il par ce geste??

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