Hard lives

Ce soir j’ai annoncé mon suicide en direct, sur les réseaux sociaux et un mariolle m’a répondu : « t’es pas cap. »

S’il savait cet abruti de quoi je suis capable, ce que je me suis déjà infligé, s’il avait vu mes cicatrices, Il se serait tu.

Qui est-il pour me défier ?

Je viens de vider une bouteille de whisky d’une seule traite comme les gangsters  des séries B. J’ai dépassé le stade de la raison. Je ne suis plus capable de réfléchir. Je sais seulement que sa provocation peut me pousser à l’impossible, au geste définitif, violent, qu’il est trop stupide pour imaginer.

Je ne lui en veux pas, il ne sait pas de quoi il parle. Les blessures de la vie lui sont étrangères. On l’a formaté mais il ne le sait pas. Sans doute, qu’il a son uniforme, Converse aux pieds, 512 sur les fesses et Lacoste sur la poitrine mais il n’est rien d’autre qu’un produit de consommation, programmé à sa naissance, ce qu’il ignore.

Il y a longtemps déjà. Ma chair…

Je me souviens encore qu’il regardait ces champs, cette porte sur demain, comme un échec, parce que lui aussi mettait sa vie en danger. Son jeu préféré : boire, boire sans délai, le plus vite possible et perdre les pédales pour être le héros. Il lui semblait que s’il relevait le pari, que s’il lui arrivait quelque chose d’excessif, il serait comme un demi-dieu. Mais il ne savait pas que la gloire était éphémère, que le martyr n’était qu’illusion.

Plus jeune au jeu du foulard serré autour de son cou, quand l’air s’était raréfié, l’image de ces vallons, de cette tranquillité, cette porte ouverte vers demain l’avait mené doucement vers l’asphyxie.

Il avait eu sa chance puis il l’avait perdue.

Putains de vallons, putains d’ubac, putain de vie !

À force de mettre sa vie à mort, il s’est éteint ! Mon sang. Suicidaire.

Cette photo m’obsède, c’est la dernière qu’il a prise, la seule sur son smartphone. Pourquoi ?

J’ai eu peur, trop tard. Quand j’ai appuyé sur la gâchette, quand j’ai compris que jamais plus…cette photo.

Le chien a percuté. La balle a sifflé.

Les mots sont importants, souvenez-vous-en !

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12 réflexions au sujet de « Hard lives »

  1. Certains textes illustrant cette photo sont décidemment bien sombres. Le tien remporte la palme ! J’ai beaucoup aimé, bien que j’ai vite envie de lire quelque chose de beaucoup plus gai maintenant. Et oui, les mots sont importants. Les morts, aussi.

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  2. @ À tous.
    Oui ce texte est violent, dérangeant… Et je ne sais pas ce que je pourrais répondre à cela hormis le fait qu’il est étonnant d’écrire ce genre de choses sur une simple photo qui inspire le calme.
    Comme quoi, un livre, un film, une pensée, une contrariété, une dispute où je ne sais quoi peuvent mener à écrire des choses curieuses. Heureusement l’inverse aussi est vrai.
    Merci. 😛 😀

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