D’acier de Silvia Avallone

Piombino en Toscane, face à l’ile d’Elbe, dans les années 1960, La Luchini avec son dernier haut fourneau est le seul employeur dans cette petite ville de la côte. Deux adolescentes de treize ans, Anna et Francesca, l’une brune et l’autre blonde, filles d’ouvriers, amies d’enfance excitent la curiosité et la convoitise de la gent masculine qui les croise ou les regarde.

« Dans le cercle de la lentille, la silhouette bougeait à peine, sans tête.

Une portion de peau zoomée à contre-jour.

Ce corps, d’une année sur l’autre, avait changé, peu à peu sous les vêtements. Et maintenant il explosait, dans les jumelles, dans l’été. »

Les filles sont amies à la vie à la mort. Elles ont conscience que leur corps est un bâton de dynamite. Leur ambition est de quitter cette ville, d’être connues et adulées qu’elle qu’en soit la façon. Ensemble elles s’exhibent nues ou à moitié, devant la fenêtre de la salle de bain, alors que sur la plage elles s’habillent du maillot le plus petit, le plus transparent possible.

Les jeunes hommes comme les vieux travaillent à l’usine, s’usent, respirent la fonte de l’acier. Cette incandescence leur met, les sens à fleur de peau. Les jeunes se droguent à l’usine ou ailleurs, les plus âgés rentrent chez eux et se glissent les pieds sous la table.

Ces Hlm, en bord de mer, dégorgent la tristesse de ses occupants.

Dans l’Italie de 1960 les communistes se font encore entendre tandis qu’à l’opposé Berlusconi installe sa suprématie.

Les adolescentes flirtent entre elles puis avec les garçons. L’une est amoureuse de l’autre et exclusive, l’incursion des garçons et la perte précoce d’une virginité encombrante mettront à l’épreuve cette amitié. Anna et Francesca, la brune et la blonde, sauront-elles préserver ce lien qui les unit ?

Ce que j’en pense :

Ce livre est chaud comme la braise, les filles sont délurées et prêtes à foncer dans ce monde d’adulte. J’ai bien aimé cette unicité entre l’usine et la chaire, la lourdeur et la moiteur de cette industrie comme la chaleur du corps de ces adolescentes.

Un premier ouvrage un peu surprenant, à l’érotisme latent, écrit par une italienne qui maîtrise bien son art. Le livre est foisonnant, rebondissant et les 386 pages se lisent facilement même si parfois celles consacrées à l’usine, à la société sont un peu longues.

Un livre à lire en tout cas.

« Elles restèrent ainsi quelques instants : leurs grands yeux ouverts l’une sur l’autre, leurs cheveux mêlés (..) Les narines pleines de l’odeur de l’autre (..) Anna se pencha sur le visage de son amie, posa à peine sa bouche sur la sienne (..) Et rien ni personne ne pouvait changer cela.

Francesca ferma les yeux.

« On ne peut pas, dit Anna sans s’éloigner, ce n’est pas bien. »

La couverture : « Il y a la Méditerranée, la lumière, l’île d’Elbe au loin. Mais ce n’est pas un lieu de vacances. C’est une terre sur laquelle ont poussé brutalement les usines et les barres de béton. Depuis les balcons uniformes, on a vue sur la mer, sur les jeux des enfants qui ont fait de la plage leur cour de récréation. La plage, une scène idéale pour la jeunesse de Piombino. Entre drague et petites combines, les garçons se rêvent en chefs de bandes, les filles en starlettes de la télévision. De quoi oublier les conditions de travail à l’aciérie, les mères accablées, les pères démissionnaires, le délitement environnant… Anna et Francesca, bientôt quatorze ans, sont les souveraines de ce royaume cabossé. Ensemble, elles jouent de leur éclatante beauté, rêvent d’évasion et parient sur une amitié inconditionnelle pour s’emparer de l’avenir. »

L’auteure : Silvia Avallone, avant d’étudier la philosophie à Bologne, a vécu en Toscane, à Piombino, la ville industrielle qui sert de toile de fond à D’acier. A 25 ans à peine, ce premier roman la propulse en tête des meilleures ventes en Italie (350 000 exemplaires). Célébré par la critique, traduit dans 12 pays. en cours d’adaptation au cinéma. D’acier a été finaliste du prix Strega et couronné par le prix Campiello Opera Prima.

Publicités

13 réflexions au sujet de « D’acier de Silvia Avallone »

  1. Hello Jean-Charles
    Me voilà lisant un de tes billets d’il y a 3 ans 😉
    Il y a le lien chez Valentyne qui vient de lire D’Acier.
    J’ai attaqué cette lecture également mais j’ai du mal, tu me connais, ces mélanges de vies me dérangent…
    Bon lundi 19 octobre 2015 😆
    On va se retrouver avec un réel plaisir chez Miss Aspho pour le retour de ses Plumes à thème
    Gros bisous

    J'aime

    1. Bonjour Soene, C’est marrant je ne t’imagine pas lire ce livre cependant on se fait des idées parfois. Il semble que Val ait eu quelques réserves face à ce livre moi j’ai bien aimé. Ce même livre écrit par un mec aurait une tout autre audience.
      Bises et à bientôt.

      J'aime

À vous de jouer, quelques lignes pour vous exprimer :

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s