A travers l’oeuvre de Duras

Écrire qu’était jaune le soleil n’était qu’une répétition malhabile même si les après-midi de monsieur Andesmas se passaient insouciantes au Jardin des Plantes à fixer le boa dans sa cage de verre, recroquevillé sur lui-même comme un cordage dans le port de Moderato Cantabile.

Accompagné de madame Dodin dans ses errements, ils évoquaient toujours ce meurtre passionnel dans cette ville portuaire en feuilletant, indifférents, les pages de la revue « Théâtre » et devisaient à propos de la vie matérielle jusqu’à parfois dix heures et demie du soir en été.

Ils oubliaient le passé et cette obsession de la maladie de la mort superbement décrite par Marguerite Duras. Ils étaient sensibles à l’histoire d’Abahn Sabana David ou même à celle d’Aurélia Steiner, dit Aurélia Melbourne ou Aurélia Vancouver suivant l’endroit du globe où elle se trouvait, cette femme continuellement en recherche de l’être aimé, en vain.

Marqués par le souvenir de l’homme assis dans le couloir, dont les mémoires étaient décrites dans les cahiers de guerre, madame Dodin et monsieur Andesmas n’étaient pas sans ignorer que la danse de la mort était commencée depuis bien longtemps et la vie tranquille finie depuis des lustres.

Regardant la mouette, venue sans aucun doute des viaducs de Seine-et-Oise et parcourant les eaux et forêts, ils se laissèrent bercer par la musica.

– Te rappelles-tu de Véra Baxter ? lui demanda-t-il

– Était-ce elle la dame aux yeux verts ? s’enquit-elle.

– Non. Elle c’était l’amante anglaise surnommée la pute de la côte normande

– Ah ! je me souviens, dit-elle, lui coupant la parole, sous la pluie d’été sa rencontre avec cet homme, comment s’appelait-il ? Je…ne me rappelle plus de son surnom. Fit-elle.

– N’était-ce pas l’homme atlantique ? lui demanda-t-il.

– Voilà c’est ça. L’homme qu’elle avait rencontré sur le navire night. Cet homme avec les yeux bleus, cheveux noirs qui l’a emmenée faire le tour du monde, qui lui a montré les petits chevaux de Tarquinia, qui l’a conduite jusqu’à la bête dans la jungle et a cherché avec elle, le Shaga de la connaissance spirituelle.

– Ah Ernesto se faisait-il appeler aussi ! l’interrompit-il. Il paraît même qu’il l’avait menée jusqu’à la femme du Gange baignée dans ces eaux boueuses à la poursuite de sa quête éternelle et même jusqu’en Amérique espérant un miracle en Alabama.

Le monde extérieur n’avait plus d’emprise sur leurs souvenirs. Ils marchaient maintenant silencieusement vers le square. Depuis bien longtemps la recherche de l’Eden n’alimentait plus leurs pensées. La douleur des corps devenus vieux par les ans, les perturbaient un peu.

L’été 80, ils avaient fait leur overdose de cinéma et avaient assisté une demie douzaine de fois à la projection d’Hiroshima mon amour. Tant et si bien que le gérant du « Home » le cinéma qu’ils fréquentaient, les invita pour la présentation d’India Song le film tourné à Savanah Bay avec Emily L et Nathalie Granger, les grandes vedettes de l’époque.

Ils étaient ravis après une aussi longue absence de retrouver l’intimité des salles obscures. Les souvenirs de mains égarées dans la pénombre rejaillissaient et les firent sourire, les impudents !

Bien plus tard, assise dans le fauteuil elle regardait à travers les rideaux blancs, le monde extérieur qui allait bien trop vite lorsque le camion de Césarée dans un bruit assourdissant passa sous les fenêtres.

Détruire, dit-elle.

– Hein ! Tu penses encore au dialogue de Rome ? l’interrogea-t-il.

Yes, peut-être répondit-elle dans un souffle.

Elle mit fin à la conversation, se dirigeant vers la bibliothèque dont elle aimait lire les titres, toucher les couvertures de l’index et les ouvrir, pour au hasard en lire des bribes, c’était son plaisir ; à ce moment elle porta la main sur le ravissement de Lola V. Stein, son esprit quelque peu déséquilibré par un amour déçu l’avait marqué. Elle eût soudain des tremblements comme si ses mains devenaient des mains négatives incapables de se soumettre à sa volonté.

Toute jeune, elle passait des journées entières dans les arbres. C’est là qu’elle découvrit Agatha et les lectures illimitées, perchée sur une branche :

Mais un homme est venu me voir, songea-t-elle tendrement.

Celui-la même qui était toujours auprès d’elle aujourd’hui.

Sauve qui peut la vie !

Publicités

12 réflexions au sujet de « A travers l’oeuvre de Duras »

  1. Ma seule expérience avec Duras, s’est soldée par un échec ; il s’agissait d’un recueil de textes courts intitulé  » la vie éternelle » , impossible de le lire.
    Peut être un jour je réessayerai avec un texte long.

    J'aime

  2. Bravo ! Tu aurais pu souligner le premier mot de ton texte : « Ecrire » puisque c’est aussi un titre de la dame ! J’ai du mal avec elle, je réessaierai dans quelques temps, justement j’ai Ecrire dans ma PAL….J’aime bien cet exercice où il faut introduire des titres !

    J'aime

      1. C’est ce que je fais quand j’ai pris du retard pour raisons indépendantes de ma volonté ! 😉 J’ai cherché hier dans mes mails (jusqu’à début août) et je n’ai pas eu la news pour ce billet ni pour d’Acier…alors que ce matin j’avais en double le « je me souviens » !!! WP aussi bugue de temps en temps !!! 😆

        J'aime

  3. Hé ho pas la peine de me sortir ta dentition verdâtre hein !!! Je n’étais pas moqueuse mais comme je sais que t’es miro, haaa !!! (là je me moque^^) !!! 🙄 Allez bonne nuit, j’ai assez bossé pour aujourd’hui, je vais lire ! Bises♥

    J'aime

À vous de jouer, quelques lignes pour vous exprimer :

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s