Mahal Kita Mahal ko

A l’atelier d’écriture d’Asphodèle, voici les mots proposés par les participants et j’en étranglerai bien un ou deux d’ailleurs : Temps – taillader – thétriturer– titillertortuetalentueux – touchertransfigurertémointotemtableturbulencetransfertterre – tomate – tonneau – terminer.

« Mahal kita mahal ko » le vent murmure ces mots à mes oreilles. « Mahal kita mahal ko » je ne comprends pas encore ce que cela signifie mais je l’imagine déjà.

Étendu sur une plage de Boracay avec le soleil et les palmiers pour seul horizon, je réfléchis. Le temps qui passe n’a aucune importance, la mer impose son rythme. Les rayons de l’astre brulant me chauffent la peau tandis que le clapotis des vagues me répète inlassablement les mêmes mots « Mahal kita mahal ko. » J’entends cette litanie, sans l’écouter, mais son pouvoir érotique réveille ma libido. Je suis soudain impudique alors que mon corps s’échappe de mon caleçon de bains, j’essaie un inutile transfert d’idées vers des choses moins agréables, sans succès.   

Sortir de cette torpeur sensuelle qui m’engourdit devient ma seule obsession. Je lève la tête à la recherche d’un témoin de mes hallucinations, mais je suis seul face aux turbulences de mon cerveau. J’ai tracé, du bout des doigts, sur le sable blanc cette tirade qui m’obsède « Mahal kita mahal ko, mahal kita mahal ko, mahal kita mahal ko. » 

La tête me tourne, je deviens fou. Suis-je envoûté par ce refrain où bien me suis-je noyé dans un tonneau de rootbeer, trop fort pour moi ? Je fus un clown talentueux mais ne suis maintenant qu’un clown triste avec une grosse tomate, en guise de nez rouge, tailladée par l’érosion du temps.

Je quitte Boracay le cerveau embrumé, alors que des volées de « Mahal ko » m’entraînent dans une danse entêtante. Sur l’île d’Apo j’espère croiser quelques tortues, mais je m’ennuie rapidement à contempler ces reptiles à carapace. Mes yeux s’accrochent sur des « Pinay » se baignant tout habillées, pour soustraire leurs corps au regard des autres. Toutes mouillées elles sont encore plus nues que nues. Vivre ici fait de moi un éternel excité. Je préfère enrouler ma serviette autour de mes reins, m’asseoir autour d’une table et boire un thé vert local pour me dégriser. Mieux vaut que je retourne à Manille.

Là, j’erre sur les trottoirs poursuivi par le petit vent qui me rabâche comme une prière « Mahal kita mahal ko. » comme un désir inassouvi.

Je ne sais comment garder ma dignité. Les filles sont belles, leur peau cuivrée fleure bon la vanille chauffée au soleil. D’un regard, d’un sourire, elles titillent mes sens mais mon corps camouflé dans un costume de citadin peut prendre ses aises, sans me terrifier.

Je comprends soudain que je ne suis dans ce pays que pour répondre à son appel, que ces « Mahal kita mahal ko » qu’elle me psalmodie ne sont là que pour m’attirer. Cette découverte me transfigure.

Insolent, je dévisage toutes celles qui croisent mon chemin. Je sais, je suis persuadé que je la reconnaîtrai avec son foulard de « mahal kita mahal ko » enroulé autour d’elle. Impossible de faire autrement.

Soudain, je l’aperçois. C’est elle, j’en suis sûr. Ce sourire m’est destiné. Ses yeux noirs profonds fixent les miens avec intensité. Elle passe une main dans ses longs cheveux.

Je la regarde figé comme un totem au milieu d’un campement indien. J’entends sa rengaine : « mahal kita mahal ko » alors que ses lèvres ébauchent un sourire étincelant.

Je suis tiraillé, entre l’envie de courir vers elle et celle de m’enfuir aussi loin que possible. Elle m’a ensorcelé. Je bourdonne à son intention un « Je t’aime mon amour » qui n’a pas la même sonorité qu’en tagalog et bien qu’elle ne me comprenne pas, son visage s’illumine.

 

Mon rêve s’est terminé brutalement. Tombé du lit, sans préavis, ma carcasse me fait souffrir. Je cherche vainement autour de moi celle qui vient de rendre ma nuit si agréable, je pleure de rage autant que de douleur face à ma sottise. La lumière verte de mon réveil affiche 3 : 45 heures. Je lâche un juron en comptant le peu de temps qu’il me reste à dormir.

 

 

Les Philippines comptent 7 107 îles, Boracay et Apo sont deux d’entre elles.

Pinay : fille des Philippines, terme un peu argotique, pinoy pour un gars.

Rootbeer : bière de racine titrant 7° d’alcool.

Mahal kita : je t’aime et Mahal ko : mon amour.

Le tagalog est la langue des Philippines bien que tous parlent l’anglais. (Bases américaines aux Philippines)

 

   

45 réflexions au sujet de « Mahal Kita Mahal ko »

  1. Au début je croyais que tu entendais de voix, je me suis dit « ça y est on le perd vraiment » !!! Mais finalement, aller errer sur les trottoirs de Manille (ça me rappelle une chanson) n’est plus un rêve mais un fantasme !!! Arrête de lire des livres qui se passent en Asie !!! 😆 Chassez le naturel…tu connais la suite !!! Ha la la je vais t’envoyer du bromure !!! 😀

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  2. Ca m’a fait penser au pauv’ Dominique… nique-nique 😆
    Ca te titille vraiment autant ?… 😆
    Le totem est ravageur 😆
    Ne vas pas chez Marlaguette alors, ça va encore recommencer 😆
    Merci pour les explications 😆
    Bon we et bisous d’O.

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    1. Je suis allé chez toi Marlaguette et j’ai mis un commentaire ce matin… Je ne sais pas pourquoi tu ne peux pas en laisser un ici !
      Les mystères de l’informatique et surtout des blogs me dépassent !

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  3. génial !!! alors là j’adore ! mais je ne suis plus étonnée car je pense aimer chacun de tes textes !!! en plus ça me fait penser au premier jeu d’écriture avec mots imposés que j’ai fait de ma vie lol il est sur mon blog mais ce n’était ni chez Olivia ni chez Aspho, c’est là si ça te dit :
    http://ciceroncpakre.blogspot.fr/2012/06/parce-que-viens-tu-vas-rire-enfin.html
    mais si tu vas le lire, ne me jette pas des pierres c’était mon premier mdr
    bravo bravo !!! bises et bon week-end Jean-Charles 🙂

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  4. un brin estival, un brin romantique je me suis dis il a changé de style…Mais non j’ai retrouvé le brin érotique et passionnel que je te connais et le texte est super… Maintenant c’est une bonne douche froide et au boulot..
    @ tantôt
    avec le sourire

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  5. « mon corps s’échappe de mon caleçon de bain », trop bien, quelle douce sensation, quel bonheur cela doit être, mais bon ! les chiffres verts ont parlé, et le temps qu’il reste en divisé en deux : celui pour dormir et celui pour se rendormir, tout un programme ….

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  6. Hello Jean-Charles,
    Et les U alors, ils ne te plaisaient pas ?
    C’est drôle, y’a un lien chez Miss Aspho 🙄
    Bonne semaine et bons baisers de Lyon 😆

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  7. Bonjour Jean-Charles!!!
    Je te remercie d’avoir pris la peine de venir lire mon récit et c’est avec beaucoup de plaisir que je suis venue lire le tien 😉
    Une fois de plus je t’ai lu très tôt ce matin, j’étais encore sous la couette 😉 J’aime ces moments matinaux où tout est encore calme tant chez moi que sur la toile pour lire vos histoires , poèmes ou récits.
    Celui-ci est très envoutant, on dirait même que tu t’es laissé mené par le bout du nez (oui j’ai bien dit du nez 😉
    J’aime beaucoup cet atelier d’Aspho où règne, convivialité, partage le tout dans la joie et la bonne-humeur!!!
    Je me suis abonnée à ta page afin de suivre ton actualité.
    Je te souhaite une belle fin d’après-midi et tâche de redescendre sur terre enfin avec plus de douceur, car tu vas y laisser des plumes (d’édredons) si tu continues hihi!!!
    Bisous
    Domi.

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    1. Domi je crois qu’un homme se laisse toujours toujours mener par le bout… mais chose étrange quel qu’il soit, il en sort toujours des humeurs. 😳 tu l’as cherché. 😀
      Les Philippines, peut-être un des endroits où je m’expatrierai pour vivre ma retraite pleinement… en tout cas Mahal kita, makal ko je trouve ces mots très beaux.
      Bon tu es tranquille… demain il n’y aura rien à lire, en ce qui me concerne.
      Bises et belle nuit.

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