L’air du tant

Cette semaine la liste des mots choisis ressemblent à cela. Asphodèle nous invite à écrire quelques lignes autour de ces quelques mots : rococo – récolte – rivage – rigolo – râler – (se) rebeller – roucouler – rature – rumeur – ruban – regrets – russe – rodéo – rose – rage – rubicond – rasoir – ragondin – rouleau. J’ai imaginé le texte suivant.

Elle pleure, il se moque. Une fois de plus leur vidéocam se termine ainsi. C’est fini le temps où ils roucoulaient, insouciants. Ils ne parlent plus le même langage et se comprennent difficilement. C’est le manque qui génère ces sensations. Ils se voient beaucoup moins qu’ils le voudraient. Si elle râle, si elle éprouve parfois l’envie de le gifler c’est parce qu’elle ne le trouve pas assez belliqueux. Elle l’aime, mais ne supporte pas son défaitisme chronique. Ils convolent, discrètement, par delà l’écran de leur ordinateur, ils se font des promesses enflammées, ils découvrent leur corps, sans pudeur. Ils s’excitent. En secret.

Leurs conjonctions ont toujours lieu dans cette maison rococo du bord de mer. Deux fois par an aux vacances de printemps puis celles d’été. Ils ne sont jamais seuls. Il crève d’envie de la serrer dans ses bras, de lui montrer au grand jour, comment son corps se rebelle. Les promenades romantiques au clair de lune, elle y songe, la main dans la main au bord du rivage, ébauchant de leurs doigts des cœurs imparfaits, ou inscrivant des « je t’aime » que la mer efface au fur et à mesure. Ils regardent d’un même œil le ruban de mousse laissé par les vagues se reformer inlassablement, avec l’espoir que leurs sentiments soient aussi inaltérables.

Il espère, cette année la voir entièrement nue pour la première fois. Elle est sûre qu’il lui ôtera son maillot de bains rose. Elle pardonnera son indélicatesse tellement il est urgent de lui proposer son corps. Ils s’imaginent une étreinte passionnée, troublante, pleine de la violence de leur jeune âge.

Au club des ragondins, ils regardent les enfants jouer aux montagnes russes sur le sable fin. D’autres se grimpent sur le dos pour inventer des rodéos avec des « toros » de pacotille. Un enfant, le visage rubicond pleure dans son coin. Elle et lui, observent, se rappellent qu’il n’y a pas si longtemps, ils étaient là aussi. Elle se souvient de cette rumeur qu’elle avait fait courir simplement parce qu’il ne s’occupait pas assez d’elle, à son goût.

La récolte des coquillages est d’une importance capitale. Chaque fois, il repère les plus beaux, les plus rigolos, pour les lui offrir. Rien n’est assez beau pour elle. Elle les accepte, ravie et le remercie plus qu’il n’en faut.

Pour faire plus viril, il s’est passé le rasoir autour des lèvres, prévoyant qu’elle remarque ses poils naissants. Sans regrets, il contemple ses jeunes années qui lui tournent le dos. Il est curieux et avide de ces prochaines journées.

Elle aussi passe ses années écoulées au rouleau compresseur. Dans son journal intime, elle écrit encore et encore des « je t’aime » qu’elle rature aussitôt. Elle rage de cet amour impossible mais elle sera à lui, elle l’a promis.

« Les enfants à table » crient leurs jumelles de mères en même temps. Elle et lui sortent de leur chambre de concert, se bousculent dans l’escalier, chahutent, échangent des coups et des caresses furtives, rient, crient puis s’installent à leur place devant leur pochette de serviette de table sur laquelle est brodé respectivement : cousin ou cousine.

27 réflexions au sujet de « L’air du tant »

  1. Encore un amour incestueux !!! Mais dis donc tu n’as pas franchi « l’Oedipe » avec ta cousine ou quoi ??? 🙄 La nostalgie qui se dégage de ton texte est très juste, mais cousin-cousine euh… 🙂

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  2. J’aime beaucoup ton texte…on comprend vers le milieu que c’est un amour impossible sans savoir pourquoi. Après, tant qu’ils font pas d’enfants, il n’ y a pas de soucis…il faut bien que jeunesse se passe et puis ça rente en famille…mais vraiment je trouve ton texte très réussi: bravo!

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  3. Ahhhh, et ben…
    moi aussi j’ai joué « au docteur » quand j’étais petite, voui, c’est vrai 😆
    Mais pas avec mon cousin, hein, tout d’même 😳
    Faut vraiment que je te fasse un lavage de cerveau 😆
    Bon dimanche et bisous d’O.

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