Skoda de Olivier Sillig

Où et pourquoi ça n’a pas d’importance, ce qui est sûr c’est que c’est la guerre. « Stjepan a perdu connaissance qu’un instant minuscule, insignifiant. Malgré ça, il ne se souvient de rien. Ni d’un sifflement ni d’une explosion. »

Si tous ses camarades sont morts, ils ne sont pas les seuls. « À peine plus loin, il y a une voiture. Elle est arrêtée. Une portière est ouverte. (..) Des jambes de femme en dépassent. Elles sont nues. Ces jambes de femme nues et blanches mettent tout à coup Stjepan en colère. (..) Il a envie de demander un peu de décence. (..) Elle est morte, elle aussi. Elle aussi, comme Dragan, Milivoj, Ivan et Ljubo. Elle était en train de nourrir son bébé. »

Mais l’enfant dort sur le sein de sa mère, Stjepan ne s’en rend pas compte immédiatement. S’il décide dans un premier temps de laisser le nourrisson à la charge de la troupe qui passera sûrement, sa conscience le harcèle.

C’est ainsi que Stjepan et ce bébé de trois mois qu’il a sans doute sauvé de la mort, traversent ce pays en guerre. Si l’enfant s’appelle Skoda, c’est parce que Stjepan lui donne le nom de la voiture dans laquelle sa famille est morte. La guerre est la guerre. Pour survivre et trouver un peu de lait pour ce bébé Stjepan devra payer de sa personne, violenté par un douanier ou par une nymphomane. Il survit.

Cet enfant qu’il sauve d’une mort certaine, il l’aime.

« Stjepan n’a que vingt ans mais déjà il pressent qu’on décide rarement. En général les évènements s’en chargent. »

Olivier Sillig, l’auteur, en quelques mots, nous plonge dans l’atmosphère éprouvante de ce petit livre. On sent le poids de la guerre à chaque page tellement c’est pesant, tellement c’est écrasant. Il décrit des scènes éprouvantes, d’autres qui, si elles sont érotiques, ne sont là que pour étayer la violence de cette guerre.

À chaque page, on se demande jusqu’où, l’homme et l’enfant, vont poursuivre leur chemin en se persuadant qu’il ne peut rien leur arriver parce que ce serait immoral et injuste. À chaque page on espère un dénouement heureux. Mais la fin arrive, violente comme le début.

Sur la couverture : Un homme reprend conscience. Autour de lui, ses camarades d’infortune gisent. Tous sont morts. L’histoire se passe aujourd’hui dans un pays qui n’est pas nommé. L’homme s’éloigne. A quelques mètres, une voiture, une Skoda, est à l’arrêt. Elle aussi était dans la cible du raid aérien. Un homme et une femme sont affalés à l’intérieur. Morts. Seul un tout petit bébé respire encore. Après quelques hésitations, l’homme prend l’enfant avec lui et part sur la route. Une fable sur la guerre dans notre monde. En Europe ou ailleurs. L’absurdité et l’horreur du quotidien. Contrebalancées par la beauté du lien qui se crée entre l’homme et l’enfant. La vie contre la mort.

Sur l’auteur : Né en 1951, Olivier Sillig est romancier et cinéaste. A publié plusieurs romans, dont Bzjeurd, (Folio SF). Il vit à Lausanne.

C’est un petit livre de quelques 101 pages qui se lit un peu trop vite. C’est un livre « voyageur » que j’ai trouvé chez Leiloona et que je conseille de lire bien entendu.

5 réflexions au sujet de « Skoda de Olivier Sillig »

  1. Il a l’air intéressant, et il se lit vite visiblement ! Si j’en avais pas tant je l’aurais demandé mais ça friserait l’inconscience !!! 🙂 (La Skoda et l’ambiance de ton billet me rappellent -sans la guerre- Courlande de J.P. Kaufhman…

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  2. Courlande est beaucoup plus soft, Aspho … Ici l’écriture aussi mime l’urgence de vivre … ou de mourir !

    Je t’envoie l’adresse de la prochaine, Jean-Charles … J’suis un piol débordée et toujours avec une connexion de bippppp sur mon pc …

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