Instant karma’s gonna get you…

coffret – sexualité – moutarde – carrière – punaise – rôle – va-nu-pieds – invisible – irréel – présence – espion – élégance – prédateur – malfrat – vermillon – quelconque – boum – sucer – sitelle (torchepot) – zythium – mirabelle – brevet

« — C’est ahurissant cette succession de mots que chacun dépose. On imagine facilement une connotation et ensuite d’aucuns me feront un procès si je dérive et que mon texte est tendancieux.

— Faut dire qu’il n’y a pas à te titiller beaucoup pour que tu détournes les mots de leur sens primitif. »

Elles se regardent toutes les deux, expirant leurs fumées bleutées. Le cannabis qu’elles cultivent dans leur serre est une d’une qualité exceptionnelle et leur donne des hallucinations extraordinaires. C’est avec élégance qu’elles se délectent de ce narcotique et profitent de leurs expériences karmiques. Féminines jusqu’au bout des ongles, elles vivent leur sexualité pleinement comme deux épicuriennes inassouvies.

« — Punaise, dit Cassilda, tu as vu c’est notre gone qui nous a placé le mot : zythium. Je n’ai même aucune idée de ce que c’est.

— Tu crois qu’elle est tombée sur une carrière de zyt… je ne sais quoi lors de ces pérégrinations drômoises et qu’elle nous met à l’épreuve ?

— Je l’ignore. Peut-être a-t-elle cherché ce vocable dans une encyclopédie d’un autre siècle. En tout cas, je comprends pourquoi elle était invisible ces derniers jours. »

Mathilde cligne des yeux en fixant sa compagne. Myope, elle n’aime pas porter ses lunettes estimant que celles-ci nuisent à son charme. Elle est belle, elle a une carnation lumineuse, diaphane et provoque le désir de tous ceux qui croisent sa route. Elle est gorgée de soleil comme une mirabelle, et lorsque Cassilda suce ses tétons, elle en extrait les sucs essentiels à sa libido démesurée. Ces vestales sont sensuelles au possible, éclatantes, royales dans leur don d’elle. Leurs bacchanales sont des feux d’artifice qui les troublent chaque fois un peu plus.

« — Je t’aime », avoue Mathilde une fois de plus, tentant d’égarer une main fureteuse sous la robe moutarde de sa compagne tandis que celle-ci recule devant l’assaut espion.

L’autre est tout émoi, pourtant, ne sachant résister à sa légitime. Leur amour, s’il dérange, est polisson et  impudique. Elle n’a jamais pu lutter devant le charme de sa Sagan qui glisse ses ongles vermillon sur sa cuisse dénudée. Elle regarde les doigts monter et descendre inlassablement sur ses dim-up, piqueter ici et là, comme une sittelle sur un tronc d’arbre, elle s’en repaît. Dans son corps l’afflux de sang grimpe inlassablement comme une accélération à la sortie d’une chicane sur un circuit automobile, et lui assure des fourmillements incontrôlables. Elle résiste de moins en moins aux doigts prédateurs qui s’infiltrent au-delà de la décence, griffant le denier soyeux de sensuels attouchements. Cassilda ruisselle, s’épanche, craque, plie, alors qu’en fond sonore Higelin murmure : « mon cœur fait boum, boum »  de l’éternel Trenet.

L’instant est irréel comme la rencontre de la lune et du soleil. Elles s’aiment sans vergogne dans un pantomime inlassable, tour à tour, chacune dans son rôle d’amante ou de maîtresse.

L’instant est magique, Cassilda lui tendant un coffret en laque de Chine, chuchote

« — Voilà pour toi.

— Qu’ai-je fait pour mériter cela ? » l’interroge la galante la couvant d’une œillade de feu.

Mathilde se précipite, s’agenouille aux pieds du fauteuil empire, arrache plus qu’elle ne prend le présent des mains de la sybarite. Elle caresse la cassette pour en saisir toute la délicatesse puis impatiente l’ouvre : .« Oh ! » fait-elle, découvrant l’olisbos de jade.

L’objet est oblong, d’un vert d’eau propre à cette pierre d’Asie, l’enveloppant de ses mains elle en éprouve la dureté puis accrochant le regard de sa bien-aimée elle est toute reconnaissante, la valeur de ce cadeau est inestimable. Comme l’en atteste le brevet rédigé en anglais, la pierre est authentique. Celle-ci est symbole d’amour et de pouvoir dans la philosophie bouddhiste..

Dans l’une quelconque de leurs vies antérieures, elles s’aimaient déjà et cette vie n’est que le prolongement d’une autre. Qu’elles se fussent disputées comme des malfrats dans une vie antérieure et aujourd’hui elles seraient d’authentiques adversaires.

Si le jade est lisse et doux au toucher, il reste désespérément froid dans les mains de Mathilde mais c’est aux joues que la chaleur s’installe, et dans le reste du corps également.

Cassilda la contemple amoureusement tandis que le livre sur la révolte des va-nu-pieds lui échappe des mains. Elle n’a pas la présence d’esprit de le rattraper et l’ouvrage s’étale sur le plancher. En d’autres temps, elle en fut peinée mais ce qu’elle partage avec Mathilde a bien plus d’importance qu’autre chose.

   

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26 réflexions au sujet de « Instant karma’s gonna get you… »

  1. Ton coup d’œil est impudique, mais les mots sont si subtilement dévoilés que ton texte est magnifique. 😀 Tu parviens à nous emporter dans ton texte avec une facilité déconcertante. 😀 En fait, tu cultives les mots et il en sort de superbes fleurs. 😀

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  2. Bah dis donc, tu étais inspiré là hein ??? J’ai passé mon tour aujourd’hui… Hé ho c’est pas parce qu’on aime Sagan que… voilà !!! 🙄 Tu nous as fait ça avec élégance, tu es pardonné ! 🙂

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    1. D’habitude je bâcle ? 😆 Sagan était pour toi et tout cet érotisme latent aussi. Je savais bien que le nom de la dame te ferait réagir.
      J’ai vu que tu n’avais pas participé. C’est comme on peut n’est-ce pas !
      Bisous Asphodèle.

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      1. J’ai dit que tu étais inspiré, je n’ai pas parlé de bâclage !!! Merci pour Sagan, j’avais compris ! (La gone aussi va se reconnaître :roll:) mais je te rappelle que nous n’avons pas forcément les mêmes « pratique » hein !!!! Nanmého… 😆

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          1. Alors arrête de répondre à côté, haaan !!! 😆 Pour le rayon de soleil entrevu aujourd’hui je ne m’affole pas, il repart demain… Et pas besoin de manger du lion, c’est naturel, hé ho !!! 😀

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  3. Ooooooooh… Jean-Charles, franchement, t’as pas pitié de mes zyeux, hein ! Jésus-Marie-Joseph, quelles pensées t’assaillent mon pauv’ garçon…
    Et me mêler à ces jeux interdits, tout d’même… 😳
    A part le sujet, ton texte est fort plaisant 😆
    On sent que tu t’es bien m…é les méninges. Ca rend bien !
    Bon dimanche et bisous d’O.

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    1. Ah bon, ça t’a dérangée ! J’en avais marre de la parité alors j’ai changé me disant justement que la gone serait moins ennuyée.
      M…… malmené ? avec un A comme agité, un B comme…non non je ne l’écrirai pas. Un E comme esbigné. …. 😆

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