Le Hérisson (9)

Voici une suite du Hérisson, mon flic. Histoire commencée il y a quelques temps. Vous trouverez  les différents épisodes là sous l’architecture : catégories nouvelles, séries, le Hérisson. (en cliquant dessus tous les épisodes s’affichent.)

Pour mémoire, Cesare Liricio dit le Hérisson, flic véreux, muté en province à disparu de la circulation. Sans laisser de trace, sans indice. Évènement suspect aux yeux de Luisa sa compagne, flic aussi.

À la fin du dernier épisode, le fils Luigi qui arrive avec sa nurse Graziella, demande à sa mère : « on va voir papa samedi ? »    

À la question de Luigi, elle ne savait que répondre. Lui dire la vérité était au dessus de ses forces. Elle mentit pour retarder le moment décisif. Comment dire à un enfant de sept ans que son père est mort ?

— Il ne sera pas disponible samedi, lui dit-elle un tremblement dans la voix. Il planque sur une affaire importante.

Le gamin tourna les talons déçu et partit se refugier dans sa chambre. Graziella comprenant son désarroi, demanda :

— Vous voulez que je lui dise ?

— Non, c’est mon affaire ! cria Luisa en ouvrant la porte-fenêtre du balcon pour aller fumer une cigarette. Aussitôt la cacophonie assourdissante des klaxons se fit entendre.

Accoudée sur la balustrade, elle regardait la circulation dense, les cyclistes empruntaient les trottoirs pour se faufiler, les piétons s’écartaient contraints de laisser le passage. La vie continuait. Pour les autres.

Elle pensa subito aux mots que sa défunte grand-mère au printemps dernier, avant de rendre l’âme, lui avait murmurés dans un dernier souffle :

— Fais attention à la jettatura ma petite.

L’extravagance du propos l’avait déconcertée sur le moment. La nonna mourut sans en dire plus. Maintenant ses mots prenaient une dimension surprenante. Qu’avait-elle voulu dire ? Une profonde lassitude s’abattit sur ses frêles épaules. Refermant la fenêtre du balcon, Luisa s’installa dans le fauteuil préféré du Hérisson, épuisée. Elle songea à lui, Cesare, son homme, son amant, son flic adoré, le père de Luigi. Elle le connaissait si bien qu’elle ne voulait pas admettre sa mort. Il était bien trop malin pour se faire avoir, elle en était persuadée. Dans quel piège était-il tombé ? Personne n’avait retrouvé son corps Personne n’avait plus entendu parler de lui ses dernières semaines. Sa voiture était garée en bas de chez lui. Un mystère entachait cette disparition. Quant à lui, envolé !

Les larmes qui s’écoulaient sur ses joues la ramenèrent à la réalité. Surtout ne pas se laisser aller à ces moments d’égarement devant Luigi.

Quelqu’un grimpa les marches quatre à quatre, comme Liricio son homme. Le vieil escalier couinait sous le poids du quidam dans  sa cavalcade. Son cœur s’affola, à lui faire mal. Allait-il ouvrir la porte et apparaître dans l’encadrement ? Mais en entendant l’aboiement rauque du labrador à l’étage en dessous, elle comprit que ce n’était pas lui. La solitude commençait à lui peser. La tradition voulait qu’on entame le deuil dès l’instant où le corps reposait tranquillement dans le caveau. À ce moment elle pourrait faire ses dévotions et commencer à cicatriser ses blessures.

— Mais bon dieu, Liricio, où es-tu ?

Cette question ne franchit pas ses lèvres. Ne pas alarmer Luigi était son leitmotiv. Elle ne pouvait se résigner à cette disparation. Elle savait que ses petits trafics d’héroïne n’étaient que monnaie d’échange. Lui-même n’en consommait pas. Bien des fois il avait remis de la poudre dans le circuit pour remonter des filières mais rentrait bredouille, exténué et énervé. S’il était borderline, il était intègre.

Le bip du téléphone portable l’avertit de l’arrivée d’un message qu’elle lut aussitôt :     » Mobilisation générale le préfet à décidé d’organiser une cérémonie à la mémoire de Cesare une promotion au grade de commandant lui sera décernée à titre posthume. Jeff « 

C’était la signature et le style de son supérieur, texte écrit sans point ni virgule.

— Mais on s’en fout, putain, éructa-t-elle amère. Elle en aurait balancé son portable contre le mur si elle n’attendait pas un appel improbable.

Luigi était dans sa chambre, assis par terre en tailleur, fixant l’écran noir de son téléviseur. Il répétait les exercices de concentration que son père lui avait appris en psalmodiant ses mantras. Son visage était lisse, calme, détendu. Il avait atteint une phase de détente élevée que seul un long apprentissage permettait. Son père avait été initié à ces pratiques à Goa dans la brousse du Sonsogor lorsqu’après son baccalauréat il était parti en Inde pendant un an. Il lui avait transmis cet enseignement dès son plus jeune âge.

Graziella, la nurse, était enfermée dans la chambre qu’elle occupait juste à côté. Au travers de la porte le grésillement du diamant sur le disque de vinyle d’Éros Ramazzoti couvrait les soupirs de jouissance que l’olisbos d’ivoire lui arrachait. Elle copulait avec son artéfact. Assouvissant une envie naturelle, irrépressible.

Lorsque la sonnerie de l’entrée retentit, Luisa courut ouvrir.

— Toi ! hurla-t-elle, stupéfaite.

Liste des mots utilisés : cacophonie – grésillement – jettatura – aboiement – printemps – cycliste – blessure – amer – signature – mobilisation – promotion – tradition – balcon – héroïne – solitude – écran – tremblement – bredouille – égarement – dévotion – extravagance – copuler – lassitude – virgule – brousse – épuisée

Comme les règles l’autorisent j’ai laissé 2 mots en plan : cochon et oral.

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37 réflexions au sujet de « Le Hérisson (9) »

    1. J’y pensais depuis un petit moment à revenir vers cette série, surtout depuis que j’ai hiérarchisé mes catégories et voilà le moment est venu. Je prends des hallucinogènes pour écrire une suite..:D

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  1. Mais tu nous l’avais assassiné ton Hérisson, vite fait bien fait, si mes souvenirs sont bons! Et il serait encore vivant!! Ce que c’est d’être écrivain, on peut faire revenir les gens d’entre les morts! Moi aussi je crie : La suite au prochain numéro!

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  2. Je n’ai pas lu le début de l’histoire mais tu sais entretenir le suspens pour la suite.
    C’est très enlevé comme histoire.
    En plus je te remercie, jusqu’ici je n’arrivais pas à trouver une quelconque utilité à Ramazzoti mais là tout s’éclaire, ça coule de source….

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  3. C’est qui ce « toi » d’abord ??? Non mais ! Comment cela se fait-il que nous on peut pas savoir qui est sur le pas de la porte ? 😦 Vraiment pas juste… Ta plume, par contre, elle est vraiment juste…dans le rythme, dans le détail, dans l’émotion : quelle justesse ! Bravo !

    Coincoins sur le pas de la porte !

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    1. Merci !
      Si je te disais que je ne sais pas ce qui se passera la semaine prochaine… L’histoire avancera au fil des mots, de mon inspiration et puis surtout de l’envie de surprendre.
      À bientôt. 😉

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  4. Je suis contente de retrouver cette histoire. 😀 Le Hérisson me manquait, je craignais que tu ne l’ai abandonné à son bien triste sort. 😦 Le ton y est et on veut connaitre la suite. 😀

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