Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates

André Harrow est professeur au collège féminin de Catamount (Nouvelle Angleterre) en 1975, marié à Dorcas, une sculptrice, française, il anime un atelier de poésie pour lequel une dizaine de jeunes filles se battraient presque pour figurer parmi les élues.

À Catamount Collège il se passe des choses étranges, des incendies inexpliqués pour lesquels les autorités ne trouvent pas les coupables, des jeunes filles qui perdent la raison et disparaissent subitement. Et puis !

Et puis il y a Gillian qui comme toutes les autres est amoureuse d’André, elle perd tout ses moyens en sa présence, rougeur, gorge sèche. Délicieuses pourritures est l’un des poèmes de D.H. Lawrence que les jeunes filles étudient avec leur professeur. Nous sommes dans les années ou tout est permis, la libéralisation des mœurs est passée par là ; André en profite donc pour demander à chacune de se libérer, de mettre en poésie leurs aventures sexuelles, celles de leurs parents, leurs fantasmes au prétexte de se transcender pour mieux écrire.

Et il choisit sa préférée qu’il nommera assistante, pour pouvoir en user et en abuser à sa guise ainsi qu’à celle de Dorcas.

Ce livre commence comme il finit, au musée du Louvre à Paris mais avec un décalage de vingt cinq ans.

Écrit par Joyce Carol Oates, son talent et sa condition de femme lui permettent d’écrire un tel ouvrage qui serait vilipendé s’il fut l’œuvre d’un homme. En effet le sujet est sensible, un professeur se sert de ses étudiantes pour assouvir avec sa compagne leurs fantasmes, leurs déviances. Le sujet est malsain, l’homme, lui-même est quelconque ; Il n’a pour lui que l’aura de son statut, et sa compagne, sculptrice précolombienne, est un personnage adipeux, sale et bizarre.

Il y a matière à un thriller diabolique avec en toile de fond d’horribles figurines (c’est juste mon avis) des incendies, un perroquet complètement tordu, des étudiantes en chaleur ou effarouchées qu’Alfred Hitchcock aurait pu mettre en scène de façon magistrale.

Ma deuxième approche de l’écrivaine Joyce Carol Oates qui décidemment est un(e) auteur(e) surprenante. Après Viol, une histoire d’amour Et Délicieuses pourritures il est temps que je tourne vers Blonde pour explorer un univers différent.

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Quelques petites phrases :

« La conviction, ou peut-être la sensation, à laquelle je donnais le mot d’amour courrait dans mes veines comme un feu liquide. » page 17

« Vandaliser une œuvre d’art est une autre forme d’art. J’adore les insultes, elles sont toujours sincères. » page 25

« Je dormirai cette nuit-là le bras posé près de ma tête sur l’oreiller. Le visage près de mon poignet. Je rêverai de l’homme au visage lumineux et bon, dont la caresse, quoique légère, quoique nullement sexuelle ni avide, me pénétrait de joie. » page 57

« Il y a une règle cardinale dans mes ateliers : faire en sorte que je m’emmerde pas à mort avec vous. » page 79

« Les garçons que je connaissais étaient des intellectuels excitables et livresques comme moi. En proportion des imperfections de sa peau, un garçon est porté à l’ironie. Même lorsqu’ils n’étaient pas affligés de timidité physique, mes petits amis n’avaient pas l’assurance de l’expérience. Ils tentaient parfois un genre de rapports sexuels enthousiaste et maladroit, mais ce n’était pas des « amants ». Le plus souvent, nous parlions. Nous en savions trop et pourtant pas assez. » page 82

« Je vous aime pourries, délicieuses pourritures,

J’aime vous aspirer hors de votre peau

Toutes brunes et douces et de suave venue,

Toutes morbides…

Sorbes, nèfles aux couronnes mortes.

Je l’atteste, merveilleuses sont les sensations infernales,

Orphique, délicat,

Dionysos d’en bas.

Un baiser, un spasme d’adieu, un orgasme momentané de rupture

Puis seul, sur la route humide, jusqu’au prochain tournant,

Et là, un nouveau partenaire, à nouveau se quitter…

Une nouvelle ivresse de solitude parmi les feuilles périssantes glacées de gel. »

 

D.H. Lawrence -Néfles et sorbes- dans « Oiseaux, Bêtes et fleurs »-Poésie Gallimard.

Le livre fait 170 pages dans cette édition et se lit très facilement.

Lecture effectuée dans le cadre du challenge Joyce Carol Oates sur le blog les livres de George   

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5 réflexions au sujet de « Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates »

    1. Univers bien particulier en tout cas ! Les deux bouquins que j’ai lus de cette auteur ne peuvent laisser indifférent. Joyce Carol Oates semble être un Cassius Clay de la littérature avec ses livres coups de poings.

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