Un nouveau départ ?

Elle te laisse des traces cette vie de noctambule. Ton miroir est impitoyable et te renvoie une image de toi sans concession, le cheveu hirsute, l’œil cerné et les rides de tes nuits sans sommeil incrustées dans ta peau fatiguée.

Ton maquillage coule sur tes joues trop fardées et tes yeux rouges aux vaisseaux éclatés par les néons et l’alcool, sont arides comme un désert depuis trop longtemps desséché.

Il y a des lustres que tu te détruis pourtant tu t‘es fait ta place dans ce monde interlope dans lequel comme un naufragé tu cabotes d’hommes en hommes à la recherche de réconfort, à la recherche de ta féminité.

Tes parents t’ont renié parce qu’ils t’ont jugé anormal, parce que depuis ta plus tendre enfance tu veux faire la part belle à cette nana que tu sens vivre dans ton corps.

Tu sais qu’ils sont sans nuance parce qu’ils ont mis au monde un garçon et te voir refuser cet état les bouleverse. Malgré ta thérapie, tu récuses leur violent nenni, tu espérais à en crever leur soutien mais… Tu ne prétends pas que c’est leur faute, tu assumes mais tu aurais tellement aimé poser ta tête de blonde oxygénée sur l’épaule de ta mère et pleurer tout ton soûl. Qui est responsable de tout ça ? Y a-t-il un Dieu, une justice divine ? 

Les prothèses qu’on t’a implantées tant dans la poitrine que dans les fesses pour te donner les formes que les hormones se refusent de développer, t’irritent, te grattent, t’inquiètent. Les nouvelles à ce propos sont angoissantes, des nécroses notoires font jour et t’effraient.

Cependant tu veux être femme même au prix de ta vie, c’est ton but, l’ultime peut-être. Femme au sens noble du terme. Pour l’instant, perché sur tes hauts talons, tu n’attends qu’une chose : cette opération qui fera enfin de toi un être neuf. Tu l’espères cette émasculation. Tu regardes avec dégoût cet organe que la nature t’a donné, ce sexe sans intérêt que tu abhorres. Tu sais bien que si la médecine reste neutre à tes prières tu feras ce qu’il faut, seul.

Tu vis sur ton nuage depuis si longtemps mais le bout du tunnel est encore loin. Ce transformisme au quotidien qui t’a servi de nirvana pendant de nombreuses années te pèse, tu n’en peux plus.

Ce soir penché sur ton assiette de nouilles, tu regardes la table sans la voir, ton éternel fromage aux noix posé à ta gauche avec le sempiternel nougat que tu t’octroies chaque fin de semaine. Dans l’étang les nymphéas ont perdus de leur éclat qu’ils retrouveront à la belle saison. Alors ton pinceau sur la toile retrouvera toute sa vivacité. Le nitrate d’amyle que tu utilises pour doper ta libido te fait, à chaque printemps, imaginer un mélange de couleur que l’on ne retrouve même pas dans un pantone.

Pour l’heure tu es triste, tes pensées s’envolent vers ton père. Tu l’aimais beaucoup malgré les noises entre vous, il n’a jamais voulu admettre, t’admettre. Soit, il ne te traitera plus de nigaud mais tu espérais toujours le convaincre de t’aimer. A-t-il préféré mourir sans comprendre ?

Toi tu sais que tu vas devoir vivre avec cette incertitude.

Ta décision est prise depuis longtemps et tu l’attends ce dimanche dans l’Est. Ton premier vol en ballon, le dernier, et ton premier saut à l’élastique, l’ultime, depuis la nacelle. La lame de ton coupe-choux est parfaitement aiguisée prête à l’usage.   

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Les autres textes sont → Les livres du jardin d’Asphodèle 

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26 réflexions au sujet de « Un nouveau départ ? »

    1. Ce que je vois ou lis n’est jamais étranger aux textes qui s’ensuivent.
      Quant aux mots, je les ai rayés sous word sans savoir qu’après importation, je ne pourrai pas changer cela. Tu sais tout. lol… Merci et Bisous aussi. ♥

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  1. Ben moi j’aime pas du tout : je m’explique !
    Ton texte n’est pas en cause, c’est ton idée… c’est moche. C’est vrai, ça existe mais pourquoi, bon sang ?… Faut-il les plaindre ou les blâmer ?…
    Tu te doutais de mon commentaire, n’est-ce-pas ? tu aimes me faire râler et tu le fais si bien 🙂
    Franchement, je préfère 100 fois penser à Valentine 😆
    Bon we et bisous d’O

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    1. Tu as le droit de ne pas aimer Soène. Ce texte est effectivement dérangeant mais il s’est imposé à moi, dans ce cas j’écris ce que sens même si ça ne doit pas plaire. Je pense que ces gens sont plus à plaindre qu’à blâmer, si tu veux mon avis.
      Je savais que cela ne te plairait pas, certes ! 😀
      Aux petits petons ? 😀
      Il fait bon en haut de ta tour ?
      Bisous ♥

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  2. Quel exercice cela a du être de se mettre dans la peau de cette personne. J’ai trouvé cela très beau. Ton texte n’est pas dérangeant pour moi, cette fiction met à l’esprit les pensées, les troubles et les maux que d’autres personnes ressentent. Merci de nous avoir ouvert cette porte virtuelle.

    Coincoins différents

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    1. Je crois que je me glisse facilement dans la peau d’un(e) autre mais je ne suis pas pour autant un bon acteur. Le plus dur est de glisser les mots imposés mais « neutre » est resté sur la touche. Peut être pas aussi étonnant que ça ! 😛

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  3. J’ai bien aimé ton texte, comme toi, je pense que les gens qui sont mal dans leur identité sont plus à plaindre qu’autre chose et je trouve que tu transcris bien les doutes, la culpabilité, la douleur qui accompagnent cet état… Par contre, après tous ces efforts, pourquoi l’envie d’un dernier saut? C’est peut-être prématuré… 😕

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    1. Merci Gwen… Trois raisons à cette fin prématurée la première il me faut une chute. La seconde, il vit mal de n’avoir pas su s’expliquer avec son père. et la troisième que je survole rapidement « Tu sais bien que si la médecine reste neutre à tes prières tu feras ce qu’il faut, seul. »
      Voilà ! 😛 À bientôt.

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  4. Je suis surpris par la fin mais tu as choisi une chute un peu définitive.
    Sans aller jusqu’à changer de sexe je crois que chacun de nous à une part importante de l’autre sexe en soi…on le découvre petit à petit.
    Ton texte est fort !

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    1. Je me le demande aussi mais mes enfants sont adultes et je suis à l’abri de cela. Je suis content pour eux qu’ils aient assumer le sexe que la nature leur a donné. Je ne sais pas si on doit ou pourquoi on devrait culpabiliser face à cet énorme problème qui à mon avis n’est pas dû à l’éducation qu’on dispense. La vie est quelquefois « hors-limite »

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  5. J’aime beaucoup la sensibilité avec laquelle tu abordes ce délicat problème de la transsexualité. mais il y a une chose que je ne comprends pas. Il espère l’opération qui le transformera en « elle » et en même temps il projette de se suicider? J’ai pensé que ce serait son plan B si l’opération ratait…J’ai bon?

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    1. Hello Celestine tu as tout bon 😀
      Je laisse planer le doute quant à l’intervention de la médecine en écrivant ces mots : »Tu sais bien que si la médecine reste neutre à tes prières tu feras ce qu’il faut, seul. »
      Par ailleurs les prothèses qu’il s’est fait implanter se nécrosent…
      Et La mort de son père l’a abattu, il quêtait son assentiment.
      Pour toutes ces raisons …
      A bientôt.

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