Un pas vers la folie

C’était la seule photo qu’elle avait laissée dans la maison. Je la détestais. Mais qui détestais-je le plus ?

Cette image avait une vie dans sa tête. Une vie que je n’avais pas partagée. Une vie d’avant moi, dont j’étais exclu et qu’elle m’avait imposée.

Face au lit, pendant ces trois années passées avec elle, j’avais dû m’endormir avec ce portrait qui me surveillait. Pire même, je le sentais regarder mes fesses lorsque nous faisions l’amour à tel point qu’il m’avait fait perdre tout contrôle quelquefois.

Je m’étais souvent demandé si lorsque je l’enlaçais ce n’était pas à lui qu’elle pensait. Notre vie affective avait rapidement pris une tournure épouvantable. Je cherchais une complicité ailleurs que dans notre chambre mais elle s’y refusait.  

Je ne comprenais pas. Je savais qu’elle était photographe lorsqu’on s’est connu. Je savais que cette photo avait une importance considérable. Elle n’en avait que trop parlé. Elle l’avait aimé ce cowboy de la pampa qui avait disparu du jour au lendemain.

Elle l’avait cherché, avait tout imaginé, du meilleur au pire. Si vivre dans l’incertitude était impossible, il lui fallait apprendre à faire son deuil. Pour l’aider, je l’avais laissée accrocher elle-même, ce cliché dans la chambre, pensant que comme n’importe quel disparu, le temps ferait son oubli.

Je n’avais pas prévu que cet homme où sa simple représentation allait bouleverser ma vie. Que c’était moi qui allais au fil du temps le haïr pour cette place qu’il prenait entre nous.

Hanté par cette photo, je devenais irascible, hargneux. Je me négligeais. Son fantôme me poursuivait, m’empêchait de dormir mais aussi de vivre. Lorsqu’elle eut un jour la stupidité de me dire  » tu ne te rases plus pour faire viril, pour lui ressembler » un instant je perdis les pédales. Pourtant je ne laissai pas la colère m’envahir, je compris l’espace d’une seconde, pourquoi on pouvait tuer quelqu’un.

Qu’elle ait eu peur de mon regard à cet instant, je le concevais. La pire des choses qu’elle pouvait faire, était de nous comparer. D’un coup elle venait de me jeter à la figure son existence. Il était bien trop tard pour le comprendre mais à l’évidence cette présence maléfique allait nous détruire.

Par faiblesse sans doute je me mis à boire. Par faiblesse sans doute je la battis. Je n’avais certainement pas le courage de la jeter dehors mais je voulais qu’elle parte. Je ne me reconnaissais plus. Cette méchanceté n’était pas mienne. En rage, j’avais lacéré cette photo.

Je vais mieux maintenant. Je prends moins de médicaments. Il est de plus en plus rare qu’on me mette la camisole de force sauf si un visiteur du dimanche prend une photo.

J’abomine les photos.

Sur une idée de Leiloona avec la complicité de Kot  (liens aussi sous chaque photos.

 

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18 réflexions au sujet de « Un pas vers la folie »

  1. Ouf ! tu ne l’as pas tuée celle-ci, cette fois !
    T’imagines avoir la photo de son ancien mec sous le nez ou face à autre chose, d’ailleurs, dans la vraie vie ? ça rend cinglé, ça c’est sûr !
    C’est encore un peu dur ton histoire…
    Bises

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    1. Non je ne tue pas à tous les coups tu t’es trompée de blog ma chère, c’est le petit Wens qu’est glock avec son surin. 😛 😛
      Mais j’aime bien les histoires difficiles c’est sans doute plus facile à écrire.
      Bisous.

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      1. Je comprends pourquoi tu ne viens plus chez moi !
        Ce n’est pas la première fois (ni la dernière) que je mélange les blogs… j’deviens un peu vieille !
        Tu veux bien me pardonner, Jean-Charles.
        Pour ma peine, en plus de ma punition, je réciterai 20 Je vous salue Marie 😆
        @ demain chez Miss Aspho
        Bisous d’O

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  2. Ce n’est pas un pas vers la folie que tu nous as proposé mais un vrai partage au sein de la folie. Bravo ! Demande à ce que l’on serre d’un cran de plus ta camisole..il ne faudrait pas tu puisses t’en échapper…

    Coincoins attachés

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    1. Non non ça va mieux tant que tu ne sors pas ton appareil photo, sinon je te lacère. mais je vois que tu commences à avoir le trouillomètre à zéro 😀 /D J’aime bien…
      Allez ne t’inquiète pas j’ai des moufles…
      Coins coins palmés. 😛 non, non je ne copierai plus 😛

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  3. Très bien ce texte, je savais que t’avais un grain donc je ne suis pas surprise du tout 😆 Bon allez tant que tu as ta camisole… Très bien trouvé l’usage de la photo !!!^^ (je dois dire qu’elle ne m’aurait pas inspirée non plus mais je ne l’avais pas vue ! oups !)

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    1. roooooooh ! Je ne dirai rien parce que c’est toi mais je suis mort de rire 😀 😀 😀 J’ai un grain, je l’assume et tu vas voir jusqu’à quel point je suis frapadingue. Le texte que je vais déposer chez toi demain matin est encore une intrusion dans un milieu que je ne connais pas. Mes choix de lecture, de films en dvd, sont à l’origine de mes débordements. Bisous Dame Aspho.

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